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19 juin 2016

Nigeria: le Benue, théâtre des rivalités meurtrières entre paysans et pasteurs

Elevage Pêche Nigeria.jpgPoussés par le changement climatique dans le nord du Nigeria, les bergers peuls et leurs troupeaux descendent vers le Sud à la recherche de pâturages et d'eau. Dans le Middle Belt du Nigeria, ils sont confrontés à de moins en moins d'espace disponible et à une hostilité croissante. Les fermiers locaux n'acceptent plus d'accueillir sur leurs terres des têtes de bétail toujours plus nombreuses. C'est la situation que vit L'Etat du Benue, où s'exercent des rivalités meurtrières entre paysans et pasteurs.

De notre envoyé spécial dans l’Etat du Benue,

Trois mois que Tor Tyav n'a pas remis les pieds à Mbathie, un des districts de Buruku à une cinquantaine de kilomètres de Markudi, la capitale de l'Etat de Benue. Après une riche carrière de technicien hospitalier, rare spécialiste au Nigeria des appareils de dialyse rénale, Tor Tyav pensait pouvoir profiter de sa retraite pour lancer le projet qui lui a toujours tenu à cœur : créer une structure de santé dans son village. Et soulager les fermiers des environs. Il faut parfois parcourir des kilomètres pour se soigner. Cette clinique aurait été un vrai plus pour Mbathie.

Il ne restait plus que la dernière étape avant l'ouverture. Le passage devant la commission d'homologation. Une étape reportée sine die. Tor Tyav est amer : « Il y a trop d'insécurité en ce moment à Mbathie. Il y a trois semaines, un groupe de pasteurs peuls faisaient encore régner sa loi. Aujourd'hui, ils se sont repliés ailleurs, mais peuvent revenir à tout moment ».

Mbathie s'est vidé de sa population et donne l'impression d'être une zone fantôme. L'intensité des heurts avec des groupes de pasteurs peuls a provoqué un exode massif. « Rien que sur Mbathie, nous avons recensé plus de 12 000 personnes déplacées », assure Tor Tyav, en tournant les feuillets de son classeur où il répertorie et compile toutes les informations possibles. « Certains fermiers viennent parfois en journée pour labourer leurs champs. Vous savez, nous sommes en pleine saison de culture du manioc, du millet et de l'igname. Mais le soir, personne ne reste dormir à Mbathie, c'est trop dangereux. Il n'y a pas de camps à proprement parler ». Lui-même a déserté les lieux et habite avec son épouse une petite maison à à peine cinq kilomètres de Mbathie. Il se raccroche à la présidence du comité pour la paix de Mbathie, pour ne pas sombrer dans la dépression. Car de fait, Tor Tyav est aussi un déplacé interne. « Mes enfants ne comprennent pas pourquoi ma compagne et moi nous restons en zone dangereuse. Ils préféraient nous savoir à Markudi. Mais, que voulez-vous, c'est plus fort que moi ».

« Le dialogue est impossible »

 

Des fermiers tivs de l'Etat de Bernue, Nigeria. © RFI/Moïse Gomis

En tant que président du comité, il sillonne avec son adjoint Asen Neer régulièrement tous les secteurs de Buruku, pour s'enquérir des nouvelles des uns, constater les dégâts sur l'habitat. Et surtout, les deux hommes apportent un réconfort psychologique à une communauté fermière, traumatisée de devoir abandonner ses terres, humiliée de ne pas être en capacité de pouvoir répondre aux rapports de forces instituées par des bergers peuls. A Mpaaben, non loin de Mbathie, Mbakorkaa Awase est revenu en pointillé dans sa maison. Il s'est calé sur la présence de l'armée, basée désormais aux portes de Buruku et filtrant les entrées du village avec des civils volontaires. Et se tient prêt à repartir au premier accrochage : « Si un berger pénètre avec son troupeau sur votre champ, vous aurez beau lui dire que vous êtes en train de cultiver, il vous rétorquera que pour lui c'est la brousse. Pour lui, ses vaches et bœufs mangent de l'herbe et des feuilles. Et que pour lui ces bêtes ne mangent que ça sur ce terrain-là. Bref il estimera, pourquoi lui contester le droit de nourrir ses animaux. Donc le dialogue est impossible ».

Plus près de Markudi, la situation est moins tendue, même si les échos et rumeurs des frictions et ressentiments dans l'hinterland remontent en ricochet. Néanmoins, Peuls et Tivs conservent contre vents et marées des alliances dans certains villages. Locations de terrain, partages de point d'eau. La parenté à plaisanterie a préservé le lien unissant bergers nomades et fermiers sédentaires, un lien fragilisé par la récurrence de heurts, mais lien toujours vivant. C'est le cas par exemple à Daudu, où une communauté peule et musulmane a eu l'autorisation d'installer son campement permanent. Juste à proximité d'un édifice ouvert aux 4 vents et servant de lieu de culte chrétien, et d'où l'on aperçoit au bout du chemin les premiers toits en paille du principal hameau où résident les fermiers.

Cycles de violence

Daudu a connu une crise majeure en 2013, avec toujours comme toile de fond une compétition sans merci et acharnée pour l'accès aux pâturages et aux points d'eau. Venant du l'Etat de Kaduna, dans le nord du Nigeria, Alhaji Salimu était déjà là à l'époque avec son clan et son troupeau. Deux de ses frères sont tombés en conduisant le troupeau, victimes d'un guet-apens meurtrier tendu par des fermiers présumés. Alhaji Salimu reste marqué : « Vous savez quand en mars j'ai entendu parler des gros incidents à l'autre bout de l'Etat de Benue, à Agatu, j'ai pris peur. Pendant deux mois et demi, je n'ai plus mis les pieds à Markudi, car je sais suffisamment comment les choses se peuvent se passent ». Sur l'origine des violences attribuée à des bergers peuls armés, Alhaji n'a pas de réponse précise. Néanmoins, il reconnaît « que la violence n'est pas une solution ».

Ibrahim Hassan connait bien la communauté peule de Daudu, ainsi que leurs voisins Tiv. Ibrahim Hassan est médiateur au sein de Pastorale Resolve, une organisation non gouvernementale spécialisée dans la résolution de conflits en milieu rural. Il est intervenu avec un groupe de médiateurs parlant peul et tiv pour apaiser les tensions de Daudu post 2013. Pour Ibrahim Hassan, la résurgence des problèmes, ce sont « malheureusement des conflits qui étaient circonscrits à des localités, dégénérant en des proportions dramatiques. Ces groupes de bergers armés, je ne sais pas si ce sont des mercenaires, en tout cas attaquent des fermiers. Et ces fermiers victimes se vengent sur les bergers et leur troupeau vivant à proximité. Bien souvent des bergers qu'ils connaissent qu'ils fréquentent. Et on entre ainsi dans un cercle vicieux de vengeances sans fin et surtout indistinctes ».

Ces cycles de violence dans l'Etat du Benue, mais aussi ailleurs dans le Middle Belt du Nigeria sont un nouveau motif d'inquiétude pour les autorités fédérales, obnubilées jusque-là par l'insurrection dans le Nord-Est et le réveil de la rébellion dans le delta du Niger. Fin avril, le président Muhammadu Buhari est sorti de son silence et a donné l'ordre aux forces de défense et de police de restaurer la cohésion publique dans un certain nombre de localités frappées par des tueries entre bergers et fermiers. La stratégie du gouvernement fédéral étant de travailler en parallèle sur la mise en place de réserve de pâturage, et surtout d'espace de « ranching ». A Daudu, Alhaji Salimu attend que ces projets voient le jour, car il estime que « si le gouvernement fait ça, ça voudra dire qu'il y aura aussi la mise en place d'école pour nos enfants et de centres vétérinaires pour nos animaux. Ce jour-là, nous aurons une vraie reconnaissance ».

Par Moïse Gomis/RFI

03:25 Publié dans Economie | Tags : nigeria, agriculture, elévage | Lien permanent | Commentaires (0) | |  Facebook | | | Pin it! |

03 octobre 2010

Nigeria : la chasse à l'homme est lancée après l'attentat d'Abuja

 


Un pompier regarde la scène de l'attentat à la voiture piégée le long de la route à Abuja, le 01 octobre 2010

Un pompier regarde la scène de l'attentat à la voiture piégée le long de la route à Abuja, le 01 octobre 2010
REUTERS/Afolabi Sotunde


Par RFI

 

Au lendemain du double attentat qui a tué douze personnes lors des cérémonies du cinquantenaire de l'indépendance à Abuja, les autorités ont lancé une vaste chasse à l'homme dans la ville pour retrouver les auteurs de ces attaques. L'attentat a été revendiqué par le Mouvement d'émancipation du Delta du Niger, un groupe rebelle actif dans le Sud du pays, mais le président nigérian Goodluck Jonathan ne semble pas accréditer cette piste.




Les autorités nigérianes ont lancé une importante chasse à l'homme pour retrouver les auteurs du double attentat à la voiture piégée, le 1er octobre à Abuja, le jour du 50e anniversaire de l'indépendance. Le Mend, Mouvement d'émancipation du Delta du Niger, a revendiqué cette action qui a fait douze morts. Un ancien leader du Mend, Henry Okah, aurait été interpellé en Afrique du Sud. Dans la soirée du 2 octobre, le Mend a fait savoir que le double attentat était un acte ponctuel qui n'annonce pas une vague de violences.

Ces attentats sont les premiers du genre. « Cela n'a rien à voir avec le Delta du Niger », a jugé le président Goodluck Jonathan après avoir rendu visite à des blessés dans un hôpital d'Abuja. « Ce sont des terroristes » a-t-il ajouté, affirmant que le nom du Mend était utilisé pour camoufler la criminalité et le terrorisme.



















 

 


 

 


 



 

 

 

 

 

 

Pour le chercheur nigérian professeur à l'université de Lagos,Tundé Fatundé, à l’heure actuelle : « Il y a deux factions au Mend : la première faction se trouve en grande partie en camp de réhabilitation, et il ya un groupuscule qui refuse toujours de déposer les armes. C’est ce groupe qui selon les milieux bien informés a perpétré cet attentat ».

A l’approche de la prochaine présidentielle, constate le chercheur : « Ce groupuscule est actuellement devenu une espèce de mercenaires à la solde des politiciens ».

Cet attentat aurait non seulement « été commandité, mais financé par certains membres de la classe politique qui se disputent le siège de la présidentielle de 2011», affirme Tundé Fatundé, et selon le chercheur : « Pour l’instant, c'est la thèse la plus crédible ».







15:11 Publié dans Politique | Tags : nigeria, attentat, chasse à l'homme lancé | Lien permanent | Commentaires (0) | |  Facebook | | | Pin it! |

14 août 2010

Nigeria : Goodluck Jonathan encouragé à se porter candidat à la présidentielle de 2011

 Article publié le : samedi 14 août 2010 - Dernière modification le : samedi 14 août 2010


Le président nigérian Goodluck Jonathan (G) et Okwesilieze Nwodo (D), président du PDP, le 12 août 2010

Le président nigérian Goodluck Jonathan (G) et Okwesilieze Nwodo (D), président du PDP, le 12 août 2010
REUTERS/AFOLABI SOTUNDE


Par RFI

 

A moins de six mois de l’élection présidentielle au Nigeria, la course s’accélère, et le chef du Parti démocratique populaire, au pouvoir, a déclaré le 12 août que l’actuel chef de l’Etat Goodluck Jonathan avait le droit de se présenter à l'élection qui doit se tenir en janvier prochain. Jusque-là, l’intéressé ne s’est pas officiellement déclaré candidat.




 

Goodluck Jonathan peut se porter candidat comme n’importe qui d’autre, c’est en substance ce qu’a indiqué le 12 août 2010, Okwesilieze Nwodo, le président du PDP, le Parti démocratique du peuple. Cette déclaration vient confirmer une tendance qui régnait depuis plusieurs semaines dans les coulisses du parti au pouvoir.

 

Une  tendance, en faveur d’un assouplissement des règles de candidature alternée entre le Nord et le Sud, tous les huit ans. Selon ce principe non écrit, le candidat du scrutin de janvier 2011, devrait en effet être une personnalité du Nord musulman, Umaru Yar'Adua n’ayant en effet effectué qu’un seul mandat.

 

L’argument avancé par les instances dirigeantes du parti pour changer cette donne, est simple. Goodluck Jonathan ayant été élu comme vice-président sur le ticket Yar'Adua-Jonathan en 2007, il peut légitimement se présenter pour un second mandat, quoique chrétien du Sud.

 

Selon la presse nigériane, personne au sein du PDP ne se serait opposé à cette résolution, de quoi pousser un peu plus Goodluck Jonathan à se lancer officiellement dans la course à la présidentielle.






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