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23 mai 2017

Développement : 350 millions d’Africains font désormais partie de la classe moyenne

Concernant "la santé, l'éducation et le niveau de vie", un tiers des pays africains ont atteint des niveaux de développement "moyens ou élevés", selon un rapport publié lundi par la BAD, en partenariat avec l'OCDE et le Pnud.

Même si « les progrès sur le front du développement humain restent lents et inégaux », 18 pays africains sur les 54 que compte le continent atteignent désormais un « niveau de développement moyen ou élevé », selon les « Perspectives économiques en Afrique » publiées conjointement par la Banque africaine de développement (BAD), l’Organisation de coopération et de développement économiques (OCDE) et le Programme des Nations unies pour le développement (Pnud).

L’Afrique du Nord « affiche les niveaux les plus élevés, approchant de la moyenne mondiale, mais toutes les sous-régions ont enregistré des améliorations régulières » depuis le début du XXIe siècle, selon le document.

Cependant, « malgré les avancées obtenues depuis dix ans », 544 millions d’Africains (sur une population totale d’1,2 milliard) vivent toujours dans la pauvreté.

Lutte contre la pauvreté et couverture santé

Le Rwanda, suivi par le Ghana et le Liberia ont enregistré le plus de progrès dans la lutte contre la pauvreté depuis 2005. Le Rwanda notamment a mis en place un programme d’assurance maladie communautaire qui permet de couvrir près de 9 habitants sur 10.

En Afrique du Nord, l’Égypte et la Tunisie sont dotés de systèmes d’assurance-maladie couvrant respectivement 78% et 100% de la population.

Les dépenses dans l’éducation, cruciales pour le développement, sont supérieures à 6% du produit intérieur brut (PIB) en Afrique du Sud, au Ghana, au Maroc, au Mozambique et en Tunisie notamment. Cependant le Nigeria y consacre moins de 1% de son PIB.

Accès à l’énergie et l’assainissement

En tête des problèmes qui contribuent le plus à la pauvreté en Afrique figurent « le manque d’accès au combustible pour la cuisine, à l’électricité et à l’assainissement ». Ainsi en Afrique subsaharienne, 645 millions de personnes sont privées d’accès à l’électricité.

L’alimentation constitue un défi majeur pour l’Afrique de l’Est, tandis que le manque de scolarisation est le plus gros problème de l’Afrique de l’Ouest.

Cinq pays se distinguent sur le plan du respect de la parité hommes-femmes : au Botswana, en Namibie, au Rwanda, au Lesotho et à Maurice, « les femmes atteignent des niveaux de développement humain presque équivalents à ceux des hommes ».

La gravité du chômage des jeunes

La BAD pointe par ailleurs la gravité du phénomène du chômage des jeunes sur le continent : la moitié d’entre eux sont sans emploi et un tiers occupent des « emplois vulnérables ».

« S’ils veulent actionner le levier de sources de croissance plus stables pour stimuler le développement humain, les pays devront consentir davantage d’investissements dans le capital humain, santé, éducation et compétences », déclare le président du Groupe Banque africaine de développement, Akinwumi Ayodeji Adesina, cité dans le rapport.

Moteurs de croissance

Sur le plan économique, la croissance moyenne du continent, après 2,2% en 2016, devrait rebondir à 3,4 % en 2017, puis s’accélérer à 4,3% en 2018, sous réserve « de la poursuite du redressement des cours des matières premières, du renforcement de l’économie mondiale et de la consolidation des réformes macroéconomiques intérieures ».

L’Afrique de l’Est reste la zone la plus dynamique, grâce notamment au géant éthiopien, devant l’Afrique du Nord. L’Afrique est toujours « la deuxième région la plus dynamique du monde, derrière les pays en développement d’Asie ».

La demande intérieure, soutenue par l’accroissement démographique et la montée en puissance des classes moyennes, s’établit comme moteur de la croissance alors que les cours des ressources naturelles sont soumis aux aléas des marchés mondiaux.

La classe moyenne, que le rapport évalue à 350 millions de personnes, et dont « le pouvoir d’achat s’améliore constamment, recèle un immense potentiel en termes de prospérité ».

Par Jeune Afrique avec AFP

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19 mai 2017

En Afrique, 26 personnes meurent toutes les heures à cause d’un accident de la circulation

Le 21 avril, un accident de la circulation a coûté la vie à une vingtaine de personnes, dont 19 élèves, lorsque le minibus qui les transportait est entré en collision avec un camion à 70 km de Tshwane, en Afrique du Sud.

Au cours du seul week-end de Pâques, 251 décès ont été enregistrés sur les routes du pays, soit une augmentation de 51 % par rapport à la même période en 2016. Pendant les fêtes de fin d’année, en 2016, 1 714 personnes ont perdu la vie pour les mêmes raisons, alors que 9 175 autres ont été arrêtées ou verbalisées.

En Afrique du Sud, 13 000 personnes meurent chaque année sur les routes. Le 8 mai, 35 passagers d’un car, dont 32 élèves de 12 à 14 ans, sont décédés dans le district de Karatu, à une centaine de kilomètres d’Arusha, en Tanzanie. Le chauffeur avait raté un virage. En mars 2015, dans le même pays, une collision entre un camion et un bus avait causé la mort de 42 personnes. Il ne sert à rien de faire le tour du continent pour mesurer l’ampleur du phénomène.

Selon un rapport de l’Organisation mondiale de la santé (OMS) publié en mars 2013, l’Afrique a le taux de mortalité routière le plus élevé au monde, soit 24,1 personnes tuées pour 100 000 habitants. C’est-à-dire deux fois et demie de plus qu’en Europe. Vingt-six personnes meurent toutes les heures sur notre continent à cause d’un accident de la circulation.

Vingt-six personnes meurent toutes les heures sur notre continent à cause d’un accident de la circulation.

Ces accidents sont la quatrième cause de mortalité des personnes âgées de 5 à 44 ans. Plus de 75 % des victimes ont entre 16 et 65 ans. Ironie du sort, le parc automobile du continent ne représente que… 2 % du parc automobile mondial ! L’OMS a dénombré 725 000 morts en 2000, soit l’équivalent de 7 % de l’ensemble des décès sur le continent. Coût de tous ces accidents : 7,3 milliards de dollars chaque année.

Comment expliquer ce paradoxe ? Encore une fois, c’est une question de gouvernance. La plupart des routes de notre continent sont délabrées et mal conçues par des ingénieurs du dimanche. La majorité des conducteurs ne connaît pas le code de la route pour n’avoir appris que la partie pratique. La signalisation est sommaire, quand elle existe. Le feu tricolore est un luxe. Les trottoirs réservés aux piétons sont tellement rares que les citoyens sont obligés de marcher sur la chaussée, mettant ainsi leur vie en danger.

Les Kinois connaissent bien le boulevard Lumumba, qui mène à l’aéroport de Ndjili. Chaque matin, ils voient des « sportifs » écervelés faire du footing en pleine chaussée, au nez et à la barbe de la police, qui reste indifférente.

La ceinture, c’est quoi encore, ça ? Je conduis depuis des années et je n’ai jamais eu d’accident. Pas question !

La limitation de la vitesse ? C’est la Formule 1 ! Le port obligatoire de la ceinture de sécurité ? Réponse de presque tous les chauffeurs : « C’est quoi encore, ça ? Je conduis depuis des années et je n’ai jamais eu d’accident. Pas question ! »

Le passager à côté de lui est dans le même état d’esprit. Pis, vous verrez, à Kinshasa, des receveurs de minibus accrochés à l’arrière des véhicules, je veux dire à l’extérieur, au grand mépris du code de la route, après avoir vendu leur place dans le véhicule à des passagers. Que dire de tous ces camions bringuebalants, surchargés de marchandises sur lesquelles des voyageurs sont assis, qui sillonnent le continent ?

Les passages piétons ? Ne rêvons pas, personne, ou presque, ne les respecte quand ils existent.

Les campagnes de prévention routière ? Rarissimes. Le rôle de la police chargée de la circulation automobile ? Racketter, au vu de tous, les conducteurs quels qu’ils soient. Les passages piétons ? Ne rêvons pas, personne, ou presque, ne les respecte quand ils existent. Le port obligatoire du casque pour les motocyclistes ? J’en ai parlé en 2002 à Cotonou, au Bénin, avec un ministre qui avait le secteur des transports dans ses attributions. Sa réponse m’avait sidéré : « Ce n’est pas la peine, personne ne se soumettra à cette réglementation. » Les maux sont connus : manque de volonté politique, laxisme, corruption, incompétence.

par Tshitenge Lubabu M.K.

Ancien journaliste à Jeune Afrique, spécialiste de la République démocratique du Congo, de l'Afrique centrale et de l'Histoire africaine, Tshitenge Lubabu écrit régulièrement des Post-scriptum depuis son pays natal.

10:46 Publié dans Société | Lien permanent | Commentaires (0) |  Facebook | | | |

18 mai 2017

Sécurité alimentaire : Un défi majeur d’aujourd’hui et de demain

SAM_0501.JPGAujourd’hui, près de 33% de la population de l’Afrique subsaharienne, soit environ 200 millions de personnes, est sous-alimentée, dont 60% dans des pays en conflit. Des situations de pénuries alimentaires engendrées, entre autres, par les conflits, le changement climatique, la rareté de l’eau, la croissance démographique et la volatilité des marchés. Il est ainsi apodictique d’agir durablement d’une part pour rendre les systèmes alimentaires plus efficaces, inclusifs et résilients, et d’autre part pour mettre un terme à la faim et à toutes les formes de malnutrition.

 

Accroître la productivité et améliorer la sécurité alimentaire

Une réponse qui passe par l’augmentation de la production agricole, l’amélioration de la qualité des aliments et l’amélioration de la compétitivité des productions paysannes. L’agriculture revêt une importance essentielle pour les pays en développement. Le bon fonctionnement du secteur agricole est capital pour assurer la sécurité alimentaire. Il faut entre autres, améliorer la productivité agricole de manière durable afin de satisfaire à la demande croissante, et renforcer la résilience face aux crises de longue durée, aux catastrophes et aux conflits. Soulignons que les produits agricoles constituent une source majeure des revenus nationaux. Il faut produire plus avec moins, tout en préservant et en améliorant les moyens d'existence des petits exploitants agricoles et des agriculteurs familiaux, et d'assurer aux plus vulnérables un accès à l'alimentation. Afin d'augmenter de manière durable les activités rémunératrices des populations pauvres, l'on est invité à investir dans la protection sociale, à lutter contre la sous-alimentation et à investir en faveur des pauvres dans des activités productives, en particulier dans l'agriculture et au sein des économies rurales.

L’objectif est de promouvoir des investissements pour augmenter la production ; et la productivité agricole ; d’améliorer l’accès aux marchés.

Le concept de « sécurité alimentaire» a été défini lors du Sommet mondial de l’alimentation de 1996 : « La sécurité alimentaire est assurée quand toutes les personnes, en tout temps, ont économiquement, socialement et physiquement accès à une alimentation suffisante, sûre et nutritive qui satisfait leurs besoins nutritionnels et leurs préférences alimentaires pour leur permettre de mener une vie active et saine».

La sécurité alimentaire telle que définie par le Sommet mondial de l’alimentation de 1996 comporte quatre dimensions :i) la disponibilité physique des aliments, ii) l’accès économique et physique des aliments, iii) l’utilisation des aliments et iv) la stabilité des trois autres dimensions dans le temps.

 

L’insécurité alimentaire, un facteur qui pousse à se déplacer

Il ya un fossé entre l'utilisation de la terre et des ressources en eau dans le secteur agricole, les augmentations de production nécessaires d’une part et une hausse de la demande alimentaire d’autre part.

Au moins 40% des terres émergées de la planète sont menacées par la désertification et les Nations Unies soulignent que 40% des conflits dans le monde sont dus à des luttes pour les ressources naturelles.

Cette situation alimentaire, selon le Haut Commissariat des Nations unies pour les réfugiés, basé à Genève (HCR), est le résultat d'une multitude de facteurs comme le manque de fonds et des conflits qui provoquent des déplacements massifs de populations. Pour palier à cela, plusieurs pays émettent des réponses concomitantes aux situations de pénurie alimentaire engendrées, entre autres, par les conflits qui sévissent dans leurs territoires. C’est le cas des foires alimentaires comme une réponse d’urgence au déplacement des populations de l’est du Congo.

En 2016, l’Union européenne a alloué 165 millions pour assister les personnes frappées par la famine et par la sécheresse dans la Corne de l’Afrique, mais « l’insécurité alimentaire, a dit le vice-directeur général de la FAO, Daniel Gustafson, est un facteur qui pousse à se déplacer ou à migrer vers d’autres réalités ». L’on devrait développer les activités rémunératrices en zone rurale et lutter contre les causes de la migration.

L’on assiste des bouleversements importants qui touchent de plus en plus de communautés. Incorporer des pratiques durables dans l’agriculture semble dorénavant inévitable pour nourrir une population croissante sans détruire la planète. La durabilité est un enjeu incontournable de l’agroalimentaire de demain.

 

 

Environ 20 millions de personnes pourraient mourir de faim

« Il faut agir rapidement pour sauver la vie des populations frappées par la famine », dit José Graziano da Silva, Directeur général de la FAO. Elles souffrent en particulier « dans le nord-est du Nigéria, en Somalie, au Soudan du Sud et au Yémen », précise-t-il. Pour le patron de la FAO, « Si l’on ne fait rien rapidement, environ vingt millions de personnes pourraient mourir de faim dans les six prochains mois »

Dans de telles situations de famine, ce qui compte premièrement est de pouvoir fournir une assistance alimentaire dans l’immédiat.

Selon le dernier rapport produit conjointement par le Programme alimentaire mondial (PAM), la FAO et la Commission européenne sur les crises alimentaires, en seulement douze mois, de 2015 à 2016, les personnes qui souffrent de la faim à cause d’événements climatiques extrêmes, souvent dans des zones de conflit, ont augmenté de 80 à 108 millions. Il s’agit avant tout de la sécheresse dans la Corne de l’Afrique (Somalie, Djibouti, Éthiopie et Érythrée), en particulier en Éthiopie : elle frappe essentiellement des agriculteurs avec de petites activités sur des terrains à risque de désertification.

 

Des mesures urgentes s’imposent

Selon le rapport de la FAO, l'Avenir de l'alimentation et l'agriculture : Tendances et défis, bien que des progrès majeurs aient été réalisés en matière de réduction des souffrances liées à la faim à travers le monde ces 30 dernières années, «le fait d'augmenter la production alimentaire et la croissance économique a de lourdes répercussions sur l'environnement naturel». Le rapport révèle : «Presque la moitié des forêts sur cette terre ont maintenant disparu. Les sources en eau souterraines s'amenuisent rapidement et la biodiversité a été particulièrement affectée». La simple augmentation de la production ne sera pas suffisante. La FAO appelle ainsi à des « transformations majeures dans les systèmes agricoles, les économies rurales et la gestion des ressources naturelles ». Car nous devons répondre aux nombreux défis qui se présentent à nous et exploiter pleinement le potentiel de l'alimentation et de l'agriculture en vue d'assurer un avenir radieux à tout le monde sur cette planète.

Plus d’investissements agricoles, de recherche et de développement dans l’agriculture et les systèmes alimentaires, mais également une « gouvernance cohérente et efficace à l'échelle nationale et internationale », seront indispensables si l’on souhaite atteindre l’objectif visant à éradiquer la faim d’ici à 2030.

Pour préserver la sécurité alimentaire, chaque pays devrait avoir la liberté d’exercer sa propre souveraineté alimentaire, c’est à dire de définir ses politiques agricoles et d’assurer l’autosuffisance alimentaire pour les principales productions agricoles de base.

La souveraineté alimentaire est par essence politique dans la mesure où elle se traduit, selon ses initiateurs, par le droit pour un pays/peuple de mettre en place les politiques agricoles les mieux adaptées à leurs populations. L’autosuffisance alimentaire est la capacité de satisfaire tous les besoins alimentaires d’une population par la seule production nationale.

 Il faut nécessairement mettre en place des actions pouvant contribuer à créer une production alimentaire et agricole durable. L’on devrait se réorienter vers des systèmes alimentaires plus durables qui utiliseront de manière plus efficace la terre, l'eau et les autres intrants.

En plus d'augmenter la production et de renforcer la résilience, il conviendrait de créer des chaînes agroalimentaires capables de mieux connecter les agriculteurs des pays à faibles et moyens revenus aux marchés urbains et d'élaborer des mesures. Des mesures qui viseraient à garantir aux consommateurs un accès à une nourriture saine et nutritive.

Tous devraient s’employer à éradiquer l'extrême pauvreté et réduire les inégalités, et à répondre au besoin d'une gouvernance cohérente et efficace à l'échelle nationale et internationale.

« Ce que l’Afrique fait pour l’agriculture n’est pas seulement important pour elle, mais façonnera l’avenir de l’alimentation dans le monde » indique Akinwumi Adesina, ancien ministre nigérian de l’agriculture, devenu le président de la Banque africaine de développement (BAD) en mai 2015.

 

Perspectives

Si des efforts ne sont pas entrepris pour investir dans les systèmes alimentaires et les réorganiser, beaucoup trop de personnes souffriront de la faim en 2030, soit l'année limite fixée par les nouveaux Objectifs de développement durable (ODD) pour éradiquer l'insécurité alimentaire chronique et la malnutrition.

C’est à juste titre qu’indique David Nabarro, Conseiller spécial du Secrétaire général de l'ONU sur le Programme de développement durable à l’horizon 2030 «Éliminer la faim et la malnutrition sous toutes ses formes, transformer les systèmes alimentaires et agricoles de manière à autonomiser les petits exploitants et à préserver la planète est l'un des problèmes les plus épineux que pose le nouveau programme, et qui concerne tous les ODD».

Présent au 28e sommet de l’Union Africaine (UA) à Addis-Abeba, Akinwumi Adesina, président de la BAD estime que seuls des investissements conséquents dans le secteur agricole peuvent sortir de la pauvreté les 65 % d’Africains vivant en milieu rural.

Déjà présent dans la Déclaration sur les Droits de l’homme des Nations unies de 1948, le « droit à l’alimentation » est actuellement reconnu dans la Constitution de plus de 40 pays et, selon la FAO, il pourrait être un droit judiciaire dans quelques 54 pays. L’on devrait empêcher de nouvelles menaces transfrontalières sur l'agriculture et les systèmes alimentaires.

 

Patrice Kouakou