topblog Ivoire blogs

03 mai 2011

Béatification de Jean-Paul II : Homélie de Benoît XVI


 ROME, Dimanche 1er mai 2011 - Nous publions ci-dessous le texte intégral de l'homélie que le pape Benoît XVI a prononcée durant la célébration de béatification de Jean-Paul II, place Saint-Pierre, ce dimanche matin.

·        Chers frères et sœurs !

Il y a six ans désormais, nous nous trouvions sur cette place pour célébrer les funérailles du Pape Jean-Paul II. La douleur causée par sa mort était profonde, mais supérieur était le sentiment qu'une immense grâce enveloppait Rome et le monde entier : la grâce qui était en quelque sorte le fruit de toute la vie de mon aimé Prédécesseur et, en particulier, de son témoignage dans la souffrance. Ce jour-là, nous sentions déjà flotter le parfum de sa sainteté, et le Peuple de Dieu a manifesté de nombreuses manières sa vénération pour lui. C'est pourquoi j'ai voulu, tout en respectant la réglementation en vigueur de l'Église, que sa cause de béatification puisse avancer avec une certaine célérité. Et voici que le jour tant attendu est arrivé ! Il est vite arrivé, car il en a plu ainsi au Seigneur : Jean-Paul II est
bienheureux !

 

Je désire adresser mes cordiales salutations à vous tous qui, pour cette heureuse circonstance, êtes venus si nombreux à Rome de toutes les régions du monde, Messieurs les Cardinaux, Patriarches des Églises Orientales Catholiques, Confrères dans l'Épiscopat et dans le sacerdoce, Délégations officielles, Ambassadeurs et Autorités, personnes consacrées et fidèles laïcs, ainsi qu'à tous ceux qui nous sont unis à travers la radio et la télévision.

 

Ce dimanche est le deuxième dimanche de Pâques, que le bienheureux Jean-Paul II a dédié à la Divine Miséricorde. C'est pourquoi ce joura été choisi pour la célébration d'aujourd'hui, car, par un dessein providentiel, mon prédécesseur a rendu l'esprit justement la veille au soir de cette fête. Aujourd'hui, de plus, c'est le premier jour du mois de mai, le mois de Marie, et c'est aussi la mémoire de saint Joseph travailleur. Ces éléments contribuent à enrichir notre prière et ils nous aident, nous qui sommes encore pèlerins dans le temps et dans l'espace, tandis qu'au Ciel, la fête parmi les Anges et les Saints est bien différente ! Toutefois unique est Dieu, et unique est le Christ Seigneur qui,
comme un pont, relie la terre et le Ciel, et nous, en ce moment, nous nous sentons plus que jamais proches, presque participants de la Liturgie céleste.

 

« Heureux ceux qui n'ont pas vu et qui ont cru. » (Jn 20,29). Dans l'Évangile d'aujourd'hui, Jésus prononce cette béatitude : la béatitude de la foi. Elle nous frappe de façon particulière parce que nous sommes justement réunis pour célébrer une béatification, et plus encore parce qu'aujourd'hui a été proclamé bienheureux un Pape, un Successeur de Pierre, appelé à confirmer ses frères dans la foi. Jean-Paul II est bienheureux pour sa foi, forte et généreuse, apostolique. Et, tout de suite, nous vient à l'esprit cette autre béatitude : « Tu es heureux, Simon fils de Jonas, car cette révélation t'est venue, non de la chair et du sang, mais de mon Père qui est dans les cieux » (Mt 16, 17). Qu'a donc révélé le Père céleste à Simon ? Que Jésus est le Christ, le Fils du Dieu vivant. Grâce
à cette foi, Simon devient « Pierre », le rocher sur lequel Jésus peut bâtir son Église. La béatitude éternelle de Jean-Paul II, qu'aujourd'hui l'Église a la joie de proclamer, réside entièrement dans ces paroles du Christ : « Tu es heureux, Simon » et « Heureux ceux qui n'ont pas vu et qui ont cru. ». La béatitude de la foi, que Jean-Paul II aussi a reçue en don de Dieu le Père, pour l'édification de l'Église du Christ.

 

Cependant notre pensée va à une autre béatitude qui, dans l'Évangile, précède toutes les autres. C'est celle de la Vierge Marie, la Mère du Rédempteur. C'est à elle, qui vient à peine de concevoir Jésus dans son sein, que Sainte Élisabeth dit : « Bienheureuse celle qui a cru en l'accomplissement de ce qui lui a été dit de la part du Seigneur ! » (Lc 1, 45). La béatitude de la foi a son modèle en Marie et nous sommes tous heureux que la béatification de Jean-Paul II advienne le premier jour du mois marial, sous le regard maternel de Celle qui, par sa foi, soutient la foi des Apôtres et soutient sans cesse la foi de leurs successeurs, spécialement de ceux qui sont appelés à siéger sur la
chaire de Pierre. Marie n'apparaît pas dans les récits de la résurrection du Christ, mais sa présence est comme cachée partout : elle est la Mère, à qui Jésus a confié chacun des disciples et la communauté tout entière. En particulier, nous notons que la présence effective et maternelle de Marie est signalée par saint Jean et par saint Luc dans des contextes qui précèdent ceux de l'Évangile d'aujourd'hui et de la première Lecture : dans le récit de la mort de Jésus, où Marie apparaît au pied de la croix (Jn 19, 25) ; et au début des Actes des Apôtres, qui la montrent au milieu des disciples réunis en prière au Cénacle (Ac 1, 14).

 

La deuxième Lecture d'aujourd'hui nous parle aussi de la foi, et c'est justement saint Pierre qui écrit, plein d'enthousiasme spirituel, indiquant aux nouveaux baptisés les raisons de leur espérance et de leur joie. J'aime observer que dans ce passage, au début de saPremière Lettre, Pierre n'emploie pas le mode exhortatif, mais indicatif pour s'exprimer ; il écrit en effet : « Vous en tressaillez de joie », et il ajoute : « Sans l'avoir vu vous l'aimez ; sans le voir encore, mais en croyant, vous tressaillez d'une joie indicible et pleine de gloire, sûrsd'obtenir l'objet de votre foi : le salut des âmes. » (1 P 1, 6. 8-9). Tout est à l'indicatif, parce qu'existe une nouvelle réalité, engendrée par la résurrection du Christ, une réalité accessible à la foi.
« C'est là l'œuvre du Seigneur - dit le Psaume (118, 23) - ce fut une merveille à nos yeux », les yeux de la foi.

 

Chers frères et sœurs, aujourd'hui, resplendit à nos yeux, dans la pleine lumière spirituelle du Christ Ressuscité, la figure aimée et vénérée de Jean-Paul II. Aujourd'hui, son nom s'ajoute à la foule des saints et bienheureux qu'il a proclamés durant les presque 27 ans de son pontificat, rappelant avec force la vocation universelle à la dimension élevée de la vie chrétienne, à la sainteté, comme l'affirme la Constitution conciliaire Lumen gentium sur l'Église. Tous les membres du Peuple de Dieu - évêques, prêtres, diacres, fidèles laïcs, religieux, religieuses -, nous sommes en marche vers la patrie céleste, où nous a précédé la Vierge Marie, associée de manière particulière et
parfaite au mystère du Christ et de l'Église. Karol Wojtyła, d'abord comme Évêque Auxiliaire puis comme Archevêque de Cracovie, a participé au Concile Vatican II et il savait bien que consacrer à Marie le dernier chapitre du Document sur l'Église signifiait placer la Mère du Rédempteur comme image et modèle de sainteté pour chaque chrétien et pour l'Église entière. Cette vision théologique est celle que le bienheureux Jean-Paul II a découverte quand il était jeune et qu'il a ensuite conservée et approfondie toute sa vie. C'est une vision qui est synthétisée dans l'icône biblique du Christ sur la croix ayant auprès de lui Marie, sa mère. Icône qui se trouve dans l'Évangile de Jean (19, 25-27) et qui est résumée dans les armoiries épiscopales puis papales de Karol Wojtyła : une croix d'or, un « M » en bas à droite, et la
devise « Totus tuus », qui correspond à la célèbre expression de saint Louis Marie Grignion de Montfort, en laquelle Karol Wojtyła a trouvé un principe fondamental pour sa vie : « Totus tuus ego sum et omnia mea tua sunt. Accipio Te in mea omnia. Praebe mihi cor tuum, Maria - Je suis tout à toi et tout ce que j'ai est à toi. Sois mon guide en tout. Donnes-moi ton cœur, O Marie » (Traité de la vraie dévotion à Marie, nn. 233 et 266).

 

Dans son Testament, le nouveau bienheureux écrivait : « Lorsque, le jour du 16 octobre 1978, le conclave des Cardinaux choisit Jean-Paul II, le Primat de la Pologne, le Card. Stefan Wyszyński, me dit : "Le devoir du nouveau Pape sera d'introduire l'Église dans le Troisième Millénaire". Et il ajoutait : « Je désire encore une fois exprimer ma gratitude à l'Esprit Saint pour le grand don du Concile Vatican II, envers lequel je me sens débiteur avec l'Église tout entière - et surtout avec l'épiscopat tout entier -. Je suis convaincu qu'il sera encore donné aux nouvelles générations de puiser pendant longtemps aux richesses que ce Concile du XXème siècle nous a offertes. En tant qu'évêque qui a participé à l'événement conciliaire du premier
au dernier jour, je désire confier ce grand patrimoine à tous ceux qui sont et qui seront appelés à le réaliser à l'avenir. Pour ma part, je rends grâce au Pasteur éternel qui m'a permis de servir cette très grande cause au cours de toutes les années de mon pontificat ». Et quelle est cette « cause » ? Celle-là même que Jean-Paul II a formulée au cours de sa première Messe solennelle sur la place Saint-Pierre, par ces paroles mémorables : « N'ayez pas peur ! Ouvrez, ouvrez toutes grandes les portes au Christ ! ». Ce que le Pape nouvellement élu demandait à tous, il l'a fait lui-même le premier : il a ouvert au Christ la société, la culture, les systèmes politiques et économiques, en inversant avec une force de géant - force qui lui venait de Dieu - une tendance qui pouvait sembler irréversible. Par son témoignage de foi, d'amour et de courage apostolique,
accompagné d'une grande charge humaine, ce fils exemplaire de la nation polonaise a aidé les chrétiens du monde entier à ne pas avoir peur de se dire chrétiens, d'appartenir à l'Église, de parler de l'Évangile. En un mot : il nous a aidés à ne pas avoir peur de la vérité, car la vérité est garantie de liberté. De façon plus synthétique encore : il nous a redonné la force de croire au Christ, car le Christ est Redemptor hominis, le Rédempteur de l'homme : thème de sa première Encyclique et fil conducteur de toutes les autres.

 

Karol Wojtyła est monté sur le siège de Pierre, apportant avec lui sa profonde réflexion sur la confrontation, centrée sur l'homme, entre le marxisme et le christianisme. Son message a été celui-ci : l'homme est le chemin de l'Église, et Christ est le chemin de l'homme. Par ce message, qui est le grand héritage du Concile Vatican II et de son « timonier », le Serviteur de Dieu le Pape Paul VI, Jean-Paul II a conduit le Peuple de Dieu pour qu'il franchisse le seuil du Troisième Millénaire, qu'il a pu appeler, précisément grâce au Christ, le « seuil de l'espérance ». Oui, à travers le long chemin de préparation au Grand Jubilé, il a donné au Christianisme une orientation renouvelée vers l'avenir, l'avenir de Dieu, transcendant quant à l'histoire, mais qui, quoi qu'il en soit, a une influence sur l'histoire. Cette charge
d'espérance qui avait été cédée en quelque sorte au marxisme et à l'idéologie du progrès, il l'a légitimement revendiquée pour le Christianisme, en lui restituant la physionomie authentique de l'espérance, à vivre dans l'histoire avec un esprit d'« avent », dans une existence personnelle et communautaire orientée vers le Christ, plénitude de l'homme et accomplissement de ses attentes de justice et de paix.

 

Je voudrais enfin rendre grâce à Dieu pour l'expérience personnelle qu'il m'a accordée, en collaborant pendant une longue période avec le bienheureux Pape Jean-Paul II. Auparavant, j'avais déjà eu la possibilité de le connaître et de l'estimer, mais à partir de 1982, quand il m'a appelé à Rome comme Préfet de la Congrégation pour la Doctrine de la Foi, j'ai pu lui être proche et vénérer toujours plus sa personne pendant 23 ans. Mon service a été soutenu par sa profondeur spirituelle, par la richesse de ses intuitions. L'exemple de sa prière m'a toujours frappé et édifié : il s'immergeait dans la rencontre avec Dieu, même au milieu des multiples
obligations de son ministère. Et puis son témoignage dans la souffrance : le Seigneur l'a dépouillé petit à petit de tout, mais il est resté toujours un « rocher », comme le Christ l'a voulu. Sa profonde humilité, enracinée dans son union intime au Christ, lui a permis de continuer à guider l'Église et à donner au monde un message encore plus éloquent précisément au moment où les forces physiques lui venaient à manquer. Il a réalisé ainsi, de manière extraordinaire, la vocation de tout prêtre et évêque : ne plus faire qu'un avec ce Jésus, qu'il reçoit et offre chaque jour dans l'Eucharistie.

 

Bienheureux es-tu, bien aimé Pape Jean-Paul II, parce que tu as cru ! Continue - nous t'en prions - de soutenir du Ciel la foi du Peuple de Dieu. [Puis, improvisant, Benoît XVI a ajouté :] Tu nous as béni si souvent depuis cette place. Saint-Père, aujourd'hui nous t'en prions, bénis-nous. Amen

 

Source : Zenit

19:03 Publié dans Education | Lien permanent | Commentaires (0) | |  Facebook | | | Pin it! |

Pour la première fois, la Web TV pour tous les sites catholiques



A l'occasion de la béatification de Jean-Paul II, un nouveau service est proposé aux pages web catholiques : la possibilité de créer, avec un simple clic, sa propre Web TV, avec des évènements en direct (comme la béatification de Jean-Paul II) et des vidéos on demand (nouvelles, interviews et reportages).

Il s'agit d'une nouvelle initiative gratuite lancée par le Centre de Télévision du Vatican, Radio Vatican et l'agence multimédia H2onews.

L'inscription y est immédiate, sans qu'il y ait besoin de compétences spécifiques pour pouvoir utiliser la Web TV, sur son propre site.

La Web TV pourra être téléchargée sous deux formats : maxi (760x420 pixels), idéal pour les sites Media ou Vidéo ; et mini (330x550 pixels), idéal pour les sites personnels, ou sites déjà denses de contenus.

Pour saisir le code gratuitement et télécharger la Web TV sur les sites catholiques, il est nécessaire de s'inscrire directement sur le portail d'h2onews, à l'adresse : www.h2onews.org.

18:40 Publié dans Education | Lien permanent | Commentaires (0) | |  Facebook | | | Pin it! |

08 novembre 2010

Etre saint, c'est « imprimer le Christ en soi », rappelle Benoît XVI

ROME, Lundi 1er novembre 2010 (ZENIT.org) - La sainteté, qui signifie « imprimer le Christ en soi », est le « but de la vie du chrétien », a rappelé le pape Benoît XVI, ce lundi 1er novembre, alors que l'Eglise célébrait la fête de la Toussaint.


Avant la prière de l'Angélus, ce lundi, à midi, le pape à inviter les fidèles à « lever les yeux vers le Ciel et à méditer sur la plénitude de la vie divine qui nous attend ».

Citant les paroles de l'apôtre Jean, Benoît XVI a souligné que « nous sommes enfants de Dieu », que « notre lien profond avec Dieu est réel » et que nous avons reçu la « certitude de notre destin futur ».

« La sainteté, imprimer le Christ en soi, est le but de la vie du chrétien », a ajouté Benoît XVI.

Il a expliqué que « nous obtenons un avant-goût du don et de la beauté de la sainteté chaque fois que nous participons à la liturgie eucharistique, en communion avec la 'foule immense' des esprits bienheureux, qui au Ciel acclament sans fin le salut de Dieu et de l'Agneau ».

« Réconfortés par cette communion de la grande famille des saints, demain nous commémorerons tous les fidèles défunts », a poursuivi le pape.

Benoît XVI a souligné que la liturgie du 2 novembre nous rappelle que « la mort chrétienne fait partie du chemin d'assimilation à Dieu et disparaîtra quand Dieu sera tout en tous ».

« La séparation des affections terrestres est certes douloureuse mais nous ne devons pas en avoir peur car, accompagnée par la prière de suffrage de l'Eglise, celle-ci ne peut briser le lien profond qui nous unit dans le Christ », a-t-il ajouté.

Puis, citant son encyclique « Spe salvi », le pape a précisé que l'éternité n'est pas « une succession continue des jours du calendrier, mais quelque chose comme le moment rempli de satisfaction, dans lequel la totalité nous embrasse et dans lequel nous embrassons la totalité ».

Gisèle Plantec







15:37 Publié dans Education | Lien permanent | Commentaires (0) | |  Facebook | | | Pin it! |

30 octobre 2010

Toussaint, une fête de joie

1er novembre 2010 - Fête de la Toussaint : Solennité de tous les saints

Les références des textes

>> Cliquez pour lire ces lectures
Ap 7, 2-4.9-14
Psaume 23, 1-2, 3-4ab, 5-6
1 Jn 3, 1-3
Mt 5, 1-12a

Le commentaire des lectures bibliques
par Marcel Domergue, jésuite, rédacteur à Croire aujourd'hui

A lire le commentaire précédent, nous pourrions imaginer que le nombre de ceux qui trouvent la vraie joie dans la reconnaissance du don de Dieu, don totalement gratuit puisque sans « mérite » de notre part, est forcément restreint. La doctrine du « petit nombre des sauvés » a eu des partisans dans l’Église, et cela n’a pas contribué à donner à l’Évangile son visage de Bonne Nouvelle. La fête de la Toussaint vient s’inscrire en faux contre cette interprétation désastreuse de la foi chrétienne : nous voici invités à nous réjouir de la multitude des humains assumés et accueillis par Dieu. La première lecture (Apocalypse) insiste sur des nombres symboliques pour nous faire comprendre que « l’on ne peut compter cette foule immense ». Avec hésitation il est vrai, beaucoup pensent qu’il faut traduire ici « multitude » par « totalité ». L’Église n’a-t-elle pas refusé l’affirmation, tenue par certains, que Judas était « damné » ? La Toussaint est donc la célébration de la réussite de Dieu et de l’humanité entière. Une fête de joie, même si la proximité de la fête des défunts, d’ailleurs en général mal interprétée, et la météorologie souvent maussade d’un 1er novembre, ont fini par grever cette fête d’un certain poids de mélancolie. Ajoutons la chaleur de la solidarité à la joie de la prise de conscience de la surabondance de l’amour qui nous fait être : avec tous ces « saints » nous ne faisons qu’un seul corps.

Communauté des biens
Pas de limite à l’amour de Dieu, pas de limite à Dieu qui est amour. Pas de limite aux dimensions de ce corps que le Christ se donne en rassemblant les hommes de toute race, de toute langue, de tout niveau culturel. Et même de toute religion. Pour être moi, j’ai besoin de tous les autres. Comme le dit Paul en 1 Corinthiens 12 : « Il y a plusieurs membres et cependant un seul corps. L’oeil ne peut donc dire à la main “je n’ai pas besoin de toi”, ni la tête dire aux pieds “je n’ai pas besoin de vous”. » Jetons donc un regard nouveau sur cette multitude d’inconnus qui nous ont précédés : ce ne sont pas des étrangers mais en quelque sorte une part de nous-mêmes. C’est avec eux et par eux que nous sommes membres de l’unique corps du Christ. Je deviens héritier de la pauvreté vécue par François d’Assise et tant d’autres, crédité de toute la douceur de ceux qui ont passé leur vie à aider leur prochain, consolé pour toutes les larmes que d’autres ont versées. Bien sûr je ne peux pas, à moi seul, vivre toutes les béatitudes : être persécuté pour la justice ne dépend pas d’une décision de ma part. Autre le sort de Thérèse de Lisieux, autre le sort de François Xavier ou de saint Laurent brûlé vif, mais tout cela m’appartient. La communauté des biens pratiquée, semble-t-il, par l’Église primitive signifie le partage de toutes les valeurs spirituelles et humaines des membres du Corps. C’est pour cela que l’on parle, dans un langage un peu désuet, de la « communion des saints ».

Un nouveau regard sur les autres
Ce qui vient d’être dit ne concerne pas seulement notre lien avec les hommes du passé. Apprenons à porter aussi un regard nouveau sur tous ceux et toutes celles qui nous entourent, de loin ou de près. Mais peut-on les considérer tous comme des "saints" ? C’est là que nous devons bien nous entendre sur le sens du mot "sainteté". Si nous le prenons au sens de perfection morale, d’excellence en toutes vertus, il est évident que personne ne peut s’en prévaloir. Mais le mot a un autre sens : est saint ce qui appartient à Dieu. Nous sommes saints parce qu’assumés par Dieu et personne ne peut être exclu de sa miséricorde, d’un amour qui ne connaît pas de limite. Dieu voit l’homme le plus pervers à travers le visage de son Fils. Porter un jugement, quel qu’il soit, est en dehors de nos compétences. Peut-être découvrirons-nous un jour que ceux que nous prenions pour des méchants étaient en fait des malheureux, frustrés en quelque domaine, grevés d’un héritage familial désastreux. Peut-être constaterons-nous aussi que, privilégiés, nous n’avons guère profité des cartes que nous avions en mains. Heureusement, tous nous émargeons au trésor commun de la sainteté de Dieu. Les portes du Royaume s’ouvrent toutes grandes au tout-venant quand s’ouvre le tombeau du Christ. Plutôt que de parler de tous saints, il vaudrait mieux dire : tous sanctifiés.

 Marcel Domergue, sj

11:30 Publié dans Education | Tags : fête de la toussaint, solennité | Lien permanent | Commentaires (0) | |  Facebook | | | Pin it! |

En état de manque

31 octobre 2010 - 31ème dimanche du temps ordinaire - Année C

Les références des textes de ce dimanche

Sagesse 11,23 à 12,2
Psaume 144
2 Thessaloniciens 1,11 à 2,2
Luc 19,1-10

Le commentaire des lectures bibliques
par Marcel Domergue, jésuite, rédacteur à Croire aujourd'hui

A première vue, Zachée a tout pour lui. Certes, c’est un publicain, mais c’est un notable : il est « chef des collecteurs d’impôts » et il est riche. Que demander de plus ? Pourtant, il pressent qu’il lui manque quelque chose. Le texte insiste sur la vivacité de son désir de voir qui est Jésus : il court, il grimpe sur le sycomore, ce qui n’est pas très convenable pour un homme de son rang. Sans doute a-t-il entendu parler des paroles insolites prononcées par ce Galiléen et des prodiges qu’il a accomplis mais, semble-t-il, il ne s’agit pas ici de simple curiosité : il y a en lui une sorte de certitude que ce Jésus peut lui donner tout ce qui lui manque, sa « petite taille » étant sans doute symbolique. Bref, il manifeste par son comportement qu’il est habité par une foi naissante. C’est elle qui engendre son désir de « voir qui est Jésus ». Comme le publicain de la parabole précédente, il réalise qu’il n’est pas à la hauteur et que ce Jésus peut le conduire à son accomplissement. Comme souvent dans les évangiles, la foule joue un rôle d’obstacle et empêche la rencontre, comme dans le cas de l’aveugle en Marc 10,48. Pour trouver le Christ, il faut sortir d’une foule qui, on le verra à la Passion, se méprend sur ce que le Christ vient lui donner. Le déplacement de Zachée qui court et grimpe à l’arbre répond à un autre déplacement, prodigieux : celui du Verbe de Dieu venant habiter l’humanité enfermée dans ses illusions mortelles de recherche de pouvoir et d’accumulation de richesses (Zachée est « chef » et « riche »). Si Zachée va vers Jésus c’est parce que Jésus est d’abord venu vers Zachée.

 

La rencontre

Nous n’en avons pas fini avec les déplacements. Zachée doit maintenant descendre de son arbre pour recevoir Jésus. Il voulait voir Jésus, maintenant c’est Jésus qui lève les yeux vers lui et, de plus, lui adresse la parole. Celui qui voulait seulement « voir » va maintenant entendre une révélation stupéfiante : « Il faut que j’aille demeurer chez toi ». Tous les mots comptent : « Il faut », car c’est pour venir habiter avec les pécheurs et manger avec eux que le Christ est venu dans le monde. « Aujourd’hui », car les temps sont accomplis : on approche de Jérusalem où Jésus, solidaire et victime du péché du monde, sera cloué sur l’arbre de la Croix. « Demeurer », car le thème de la demeure de Dieu parmi les hommes est central dans la Bible : il s’agit avant tout du « Saint des Saints », espace vide au coeur du Temple. Désormais, la demeure de Dieu sera le coeur de l’homme (voir Jean 4,21-24). Le Christ, Dieu, se déplace pour venir nous habiter. Il va loger chez un pécheur, et les bien-pensants s’en indignent. Zachée prend la parole : « Je fais don aux pauvres de la moitié de mes biens ». Deux interprétations : ou bien Zachée dit ce qu’il pratique déjà, et ses paroles sont alors une réponse à ceux qui l’accusent d’être un « pécheur », ou bien il dit ce qu’il va faire à la suite de sa rencontre du Christ. De toute façon, Jésus conclut en disant qu’aujourd’hui (2e emploi de ce mot) le salut est arrivé en cette demeure.

 

Zachée, c’est nous

"Aujourd’hui, le salut est arrivé pour cette maison car lui aussi est un fils d’Abraham". Nous voici renvoyés à notre premier paragraphe. Qui en effet est "fils d’Abraham" ? Paul le répète en ses épîtres, par exemple en Galates 3,7 : la descendance d’Abraham n’est pas tributaire d’une hérédité charnelle, mais de la foi. Cette foi est en fin de compte foi en la Résurrection (Romains 4,16-25). On le voit, cet épisode de Zachée résume tout ce que nous apporte le Christ. Il s’agit de croire en ce Dieu qui vient chercher et sauver tout ce qui était perdu, comme le répète Jésus à la fin du récit. Nous sommes là au sommet de la foi. Mais n’oublions que si notre unité avec Dieu et notre salut trouvent leur origine dans ce "déplacement" de Dieu vers nous, il revient aux hommes d’y répondre en se déplaçant vers lui, de "courir" à sa rencontre. Nous voici invités, qui que nous soyons, à nous projeter dans le personnage de Zachée. Et cela depuis le commencement du récit, en donnant priorité au désir de connaître le Christ et en courant vers lui, jusqu’à la fin, en prenant en charge les plus démunis et en nous demandant si nous n’avons pas de dettes cachées envers bien d’autres. Mais l’essentiel reste notre accueil, l’ouverture de nos portes pour que Jésus puisse venir habiter chez nous. Il ne s’agit pas là d’un simple « sentiment spirituel » : Jésus peut venir nous trouver sous des visages multiples, à travers des gens que nous aurions souvent envie d’ignorer. Descendons, vite, de nos arbres religieusement corrects pour nous ouvrir en vérité à ceux qui frappent à nos portes. Projetons-nous aussi en Jésus, qui se déplace vers les "pécheurs".

Père Marcel Domergue, jésuite
2010

11:20 Publié dans Education | Tags : 31ème dimanche temps ordinaire année c | Lien permanent | Commentaires (0) | |  Facebook | | | Pin it! |

Soyez prudents et simples

pat.jpgBouquet spirituel: «Soyez prudents comme des serpents, et simples comme des colombes.» Mt. 10, 16

SAINT PATRICE
Apôtre de l'Irlande
(373-464)

Saint Patrice naquit probablement près de Boulogne-sur-Mer; on croit qu'il était le neveu de saint Martin de Tours, du côté maternel. Quoi qu'il en soit, ses parents l'élevèrent dans une haute piété. Il avait seize ans, quand il fut enlevé par des brigands et conduit providentiellement dans le pays dont il devait être l'apôtre. Patrice profita des cinq ou six ans de sa dure captivité pour apprendre la langue et les usages de l'Irlande, tout en gardant des troupeaux.

Un jour qu'il vaquait à ses occupations ordinaires, un ange lui apparut sous la forme d'un jeune homme, lui ordonnant de creuser la terre, et le jeune esclave y trouva l'argent nécessaire au rachat de sa liberté. Il passa alors en France sur un navire et se rendit au monastère de Marmoutier, où il se prépara, par l'étude, la mortification et la prière, à la mission d'évangéliser l'Irlande. Quelques années plus tard, il alla, en effet, se mettre, dans ce but, à la disposition du Pape, qui l'ordonna évêque et l'envoya dans l'île que son zèle allait bientôt transformer.

Son apostolat fut une suite de merveilles. Le roi lutte en vain contre les progrès de l'Évangile; s'il lève son épée pour fendre la tête du Saint, sa main demeure paralysée; s'il envoie des émissaires pour l'assassiner dans ses courses apostoliques, Dieu le rend invisible, et il échappe à la mort; si on présente à Patrice une coupe empoisonnée, il la brise par le signe de la Croix.

La foi se répandait comme une flamme rapide dans ce pays, qui mérita plus tard d'être appelée l'île des saints. Patrice avait peu d'auxiliaires; il était l'âme de tout ce grand mouvement chrétien; il baptisait les convertis, guérissait les malades, prêchait sans cesse, visitait les rois pour les rendre favorables à son oeuvre, ne reculant devant aucune fatigue ni aucun péril.

La prière était sa force; il y passait les nuits comme les jours. Dans la première partie de la nuit, il récitait cent psaumes et faisait en même temps deux cents génuflexions; dans la seconde partie de la nuit, il se plongeait dans l'eau glacée, le coeur, les yeux, les mains tournés vers le Ciel, jusqu'à ce qu'il eût fini les cinquante derniers psaumes.

Il ne donnait au sommeil qu'un temps très court, étendu sur le rocher, avec une pierre pour oreiller, et couvert d'un cilice, pour macérer sa chair même en dormant. Est-il étonnant qu'au nom de la Sainte Trinité, il ait ressuscité trente-trois morts et fait tant d'autres prodiges? Il mourut plus que nonagénaire, malgré ses effrayantes pénitences.

Abbé L. Jaud, Vie des Saints pour tous les jours de l'année, Tours, Mame, 1950

11:08 Publié dans Education | Tags : religion, saint patrice | Lien permanent | Commentaires (0) | |  Facebook | | | Pin it! |