topblog Ivoire blogs

17 février 2017

De quoi la crise autour du Franc CFA est-elle le nom ?

(Crédits : LTA)
A sa création il y a plus de sept décennies, elle désignait le « Franc des Colonies Françaises en Afrique ». Elle a depuis troqué cette appellation pour «Franc de la communauté financière d’Afrique» en zone UEMOA ou «franc de la coopération financière en Afrique centrale» au sein de la CEMAC. Peu importe la signification réelle de l’acronyme FCFA, cette monnaie commune à 14 pays d’Afrique Francophone est devenue le symbole d’une ligne de fracture vivace entre ceux qui souhaitent la conserver au nom de la stabilité, et ceux qui veulent s’en affranchir, y voyant l’ultime avatar d’un néocolonialisme économique. Mais de quoi la crise grandissante autour du Franc CFA est-elle véritablement le nom ?

Il n'aura pas échappé à l'observateur que le débat autour du FCFA est en train de cristalliser. Pas une conversation sur l'avenir de l'Afrique Francophone sans que soutiens et détracteurs de la monnaie ne s'écharpent, brandissant tour à tour arguments techniques ou plaidoyers vibrants pour que le continent « mette à la retraite » le CFA, 60 ans après la vague d'indépendances africaines.

 Faut-il « mettre à la retraite » le CFA soixante ans après les indépendances africaines ?

 Et depuis trois mois, le débat s'est même internationalisé, un « front anti CFA » trouvant de plus en plus d'écho dans de grandes villes européennes telles Lausanne, Londres ou Paris. La pression est telle que même l'austère patronne du FMI, Christine Lagarde, a du effectuer une rarissime opération de communication de crise en décembre dernier, après que certains de ses propos relatifs à une possible dévaluation de la monnaie en Afrique centrale aient mis le feu aux poudres.

Il faut dire que le sujet a tout pour déchainer les passions. Les détracteurs de la monnaie unique y voient en effet un instrument qui favorise les multinationales européennes et un frein à l'ajustement par les pays de leurs politiques monétaires en fonction de la situation de leurs économies. De même, ils fustigent la gestion d'une part importante des réserves en devises du CFA par la Banque de France, afin de garantir la convertibilité de la monnaie. Pour eux, à l'instar du sénégalais Felwine Sarr, un régime de change flottant adossé à un panier de monnaies serait plus judicieux et plus efficace pour les économies de la zone.

Les partisans du maintien du CFA avancent quant à eux la crainte de voir certains dirigeants africains être tentés par l'utilisation de la « planche à billet »- argument paternaliste selon certains- entraînant inflation et dévaluation massive. Ils mettent également en avant  le fait que le CFA a été un moteur de l'intégration régionale en Afrique de l'Ouest et Centrale, favorisant les échanges et garantissant la stabilité macro-économique.

Les deux camps ont en partie raison. Mais là n'est pas l'essentiel

Les deux camps ont en partie raison, mais aucun des deux ne raconte l'histoire en entier. En effet, la crise autour du FCFA doit d'abord être examinée à l'aune des acteurs qui la composent, et appréhendée comme le signe d'une vitalité intellectuelle du continent.

En effet, à la faveur de cette polémique, l'on constate l'émergence d'une génération d'économistes africains qui mettent de côté le traditionnel discours anticolonial parfois mâtiné de théories conspirationnistes pour avancer un réel argumentaire technique. Gage de cette montée en puissance d'une production de connaissance africaine, la parution récente d'un ouvrage dédiée spécifiquement à ce sujet, intitulé « Sortir l'Afrique de la servitude monétaire. A qui profite le franc CFA? » rédigé par un collectif d'économistes dirigés par Kako Nubukpo.

Il faut supprimer le mot « Franc » du FCFA

Quel que soit le sort réservé au FCFA par les gouvernements concernés, une chose au moins devrait faire consensus et serait très simple à mettre en pratique : la suppression du mot « Franc » du CFA.

Dans un continent où les symboles sont extrêmement importants, faute d'indépendance monétaire, cela permettrait au moins l'indépendance lexicale et la réappropriation du nom de cette monnaie par les nations qui en ont l'usage. De fait, cela permettrait aussi de centrer le débat sur le terrain économique et d'en évacuer les discussions autour de la prévalence d'une post-colonisation économique, sujet qui mérite un débat séparé et à part entière.

En ce domaine, il est utile de méditer les propos d'un ancien président français, Jacques Chirac, lequel indiquait dans une interview télévisée après son départ du pouvoir qu'une « grande partie  de l'argent qui est dans notre porte-monnaie vient de l'exploitation pendant des siècles de l'Afrique (...) il faut avoir un peu de bon sens, de justice pour rendre aux africains ce qu'on leur a pris, d'autant plus que c'est nécessaire si l'on veut éviter les pires convulsions ». Reste donc à ouvrir sans attendre et dans la sérénité cette conversation cruciale pour l'avenir du continent et de ses partenaires.

Abdelmalek Alaoui

20:15 Publié dans Economie, Politique | Lien permanent | Commentaires (0) |  Facebook | | | |

Agriculture : la BAD dresse un constat alarmant dans sa revue annuelle

(Crédits : Pixabay)
Environ 70% des Africains dépendent du secteur agricole pour leur emploi et leur subsistance. Cependant, les rendements agricoles, qui sont encore inférieurs à ceux des autres régions en développement, ont stagné pendant de nombreuses années, maintenant des millions d’agriculteurs africains dans une situation de précarité. C’est en substance le contenu de la revue de la Banque Africaine de Développement (BAD), édition 2016 sur l’efficacité du développement dans le domaine de l’agriculture. L’Afrique doit donc faire mieux mais comment ? Eléments de réponse.

L'Afrique est en perte de vitesse et de repères dans le domaine de l'agriculture. Le berceau de l'humanité produit peu mais consomme beaucoup. Au cours des dernières décennies, les échanges commerciaux de produits agricoles de l'Afrique n'ont représenté que 5% du total mondial, bien en deçà de son potentiel.

Une question se pose cependant : pourquoi ?  N'allez pas chercher très loin la réponse. Les agriculteurs africains disposent de peu de moyens pour s'adapter et devenir plus résilients face aux difficultés climatiques. L'efficacité d'une industrie agroalimentaire est l'autre défi majeur du continent.

Que faire maintenant ?

La revue de la BAD met l'accent sur deux axes majeurs. « La promotion de la prospérité du secteur agricole, ce qui implique l'insertion des agriculteurs et l'industrie agroalimentaire dans des chaînes de valeur efficaces en vue d'accroître la productivité ».

« Mettre en évidence l'importance de la promotion d'une agriculture durable dans le contexte de la réponse de l'Afrique au changement climatique et de la transition du continent vers une croissance verte ».

Une politique qui doit prendre également en compte l'insertion des petits exploitants agricoles dans des chaînes de valeur plus larges pour leur faciliter l'accès aux échanges au niveau local, régional et mondial.

Objectifs ambitieux mais...

Pourtant, ce ne sont pas les politiques qui manquent pour booster la production agricole africaine. En 2003, les chefs d'États et de gouvernements de l'Union Africaine ont adopté un programme détaillé pour le développement de l'agriculture en Afrique (PDDAA), par lequel ils s'engageaient sur une série d'initiatives et de priorités de dépenses visant à atteindre une croissance annuelle de 6% dans l'agriculture. Les dirigeants avaient convenu de consacrer 10% des budgets nationaux à l'agriculture à l'horizon 2008. Cependant, cet objectif s'est révélé trop ambitieux.

Dans la pratique, cette part de budget a fortement reculé au cours de la période, de 4,5% en 2001 à seulement 2,5% en 2012, dans un contexte de ressources rares. Seuls quelques pays ont réussi à atteindre cet objectif, notamment le Burkina Faso, la Guinée, le Malawi, le Mali, le Niger et le Sénégal.

En 2014, les pays africains ont consacré 12 milliards de $ à l'agriculture dans un environnement budgétaire restreint, ce qui est inférieur à l'objectif de 40 milliards de $ pour cette année. Cela démontre que le secteur privé doit compléter le financement public dans l'agriculture.

La Tribune Afrique

19:44 Publié dans Economie, Politique | Lien permanent | Commentaires (0) |  Facebook | | | |

Afrique : quels programmes américains d’aide au développement Donald Trump pourrait-il supprimer ?

Commerce (Agoa), santé (Pepfar), énergie (Power Africa Fund)… Les trois anciens présidents américains Bill Clinton, George W. Bush et Barack Obama ont tous lancé leur programme de développement à destination des pays les moins avancés. Mais le tout nouveau locataire de la Maison-Blanche, Donald Trump, menace, lui, de couper dans les budgets.

Tour d’horizon des trois grands plans dont la remise en question pourrait affecter le continent.

Michael Pauron, Jeune Afrique