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19 mai 2019

Affrontements Communautaires à Béoumi dans le Centre de la Cote d’Ivoire

 

affrontements à Béoumi, kodeh, malinké, cote d'ivoire quick updates sur les affrontements communautaires ANALYSE DEMOGRAPHIQUE : BÉOUMI

o Population Totale : 73 475 (Recensement de 2014)

o Ville située au Centre de la Côte d’Ivoire, à 465 kms d’Abidjan, dans la région de GBEKE et est le Chef-lieu du département.

o Cette circonscription est composée de deux (2) cantons, seize (16) tribus et cent cinquante-cinq (155) villages.

o La population est majoritairement composée de Baoulé (Kôdêh et Goli) auxquels il convient d’ajouter une forte communauté Malinké et des ressortissants d’autres régions du pays et de la sous-région Ouest africaine.

o Transport: - Société de Transport UTB, Moto-taxis, Taxis –urbains, Mini-cars  Dynas et Massa.

 

PROFIL DES INCIDENTS

Dans la matinée du mercredi 15 mai 2019, la ville de Béoumi, située au centre de la Côte d’Ivoire, a été le théâtre de violents affrontements entre des communautés autochtones Baoulé-Kôdêh et allochtones Malinké.

En effet, une altercation entre un Malinké et un Kôdêh, respectivement chauffeur de véhicule de transport en commun et conducteur de moto-taxi, a viré à un conflit inter-communautaire.

Selon les sources sécuritaires, ces violences auraient été amplifiées par la rumeur de la mort du conducteur de moto-taxi qui aurait succombé à ses blessures causées par des coups de machettes du chauffeur de véhicule de transport en commun.

Informés, des membres de la communauté de la victime dont majoritairement des jeunes ont décidé de le venger en s’attaquant aux malinkés qui ont riposté. Le bilan des affrontements à la date du jeudi 16 mai, selon les autorités administratives, fait état de trois (03) morts, quarante (40) blessés et de nombreux dégâts matériels (plusieurs magasins, maquis, motos incendiés), plusieurs personnes déplacées dans les campements et dans la forêt. Un commissaire de police, deux (02) policiers et trois (03) gendarmes ont été blessés par balles de fusils artisanaux. Un véhicule des forces de l’ordre, venu de Bouaké, pour la sécurisation de la ville, a fait une sortie de route, occasionnant plusieurs blessés parmi les gendarmes et policiers. Enfin de maintenir l’ordre et la sécurité, un couvre- feu a été instauré de 18h à 6 heures du matin depuis le 16 Mai et du renfort sécuritaire venus de Bouaké, de Yamoussoukro et d’Abidjan a été déployé.

 

ANALYSE DES RISQUES :

Les violences communautaires sont de plus en plus récurrentes en Côte d’Ivoire. Au cours des deux derniers mois, le Système National d’Alerte Précoce de WANEP-CI (CI-NEWS), a enregistré plus de trois (03) incidents liés aux conflits communautaires. Le lundi 01 avril 2019 dans la localité de Bin-Houin (région du Tonkpi, Ouest), en représailles de la mort d’un jeune homme à la suite d’un accident de la circulation, les populations autochtones Guéré ont détruits des lieux de commerce des communautés allogènes Malinké. Le samedi 6 Avril 2019, une bagarre entre des élèves autochtones (Dida) et allogènes (Malinké) dans la localité de Lakota (Lôh Djiboua, Centre-Ouest) s’est transformée en un conflit communautaire, faisant plusieurs blessés (dont un gendarme et un agent de la police municipale) et de nombreux dégâts matériels. Au Sud- Est du pays, dans la région de l’Agneby Tiassa, précisément dans le département d’Agboville, le vendredi 12 avril 2019, une bagarre entre deux élèves d'ethnies différentes (Abbey et Malinké) a débouché sur des affrontements armés (aux gourdins et à la machette).

La similitude, entre ces différents conflits communautaires évoqués plus haut, réside dans le fait qu’ils mettent aux prises deux individus de communautés différentes (autochtones allochtones) pour s’étendre rapidement aux membres de leurs communautés. Les conséquences sont souvent déplorables car les populations sont de moins en moins tolérantes et elles ont tendance à se faire justice.

Ces conflits dénotent de l’omniprésence d’un sentiment de méfiance entre certaines communautés. Ce climat de méfiance pourrait servir si l’on n’y prend garde de terreau fertile

à une division plus approfondie. A l’approche de l’élection présidentielle 2020, toutes ces tensions sociales sont exacerbées par les discours politiques. En effet, depuis le début de l’année 2019, dans leurs activités pour remobiliser leurs militants, des acteurs politiques des différents bords tiennent des propos en lien avec l’appartenance ethnique qui pourraient mettre à mal la cohésion sociale. De même, la résolution de ces conflits semble, selon certaines analyses, s’attaquer seulement aux causes immédiates en négligeant les causes profondes ou structures qui continuent d’alimenter à moyen et long termes ces derniers. 

Ce dernier conflit en date doit interpeller tous les acteurs politiques, les autorités administratives, la société civile, les leaders communautaires, les membres des communautés dont en particulier les jeunes et les femmes afin que chacun, joue pleinement son rôle pour éviter que le pays ne sombre dans la violence. Il est urgent que les acteurs politiques restent dans la dynamique du processus de réconciliation nationale entamée depuis la fin de la crise post-électorale de 2011.

 

MECANISMES D’ADAPTATIONS :

 Les forces de sécurité ont été déployées pour ramener le calme et sécuriser la ville ;

 Un couvre-feu a été instauré de 18 heure à 06 heures par le Préfet de Région ;

 Une cellule de crise a été mise en place à la préfecture de Béoumi afin de résoudre ce conflit et porter assistance aux familles sinistrées ;

 Les blessés ont été pris en charge au Centre Hospitalier Universitaire de Bouaké ;

 Des appels aux calmes sont lancés á l’endroit des belligérants par les autorités et les cadres de la localité.

 

RECOMMANDATIONS :

Au Gouvernement :

 Accompagner le Médiateur de la République dans le processus d’installation des médiateurs régionaux afin d’appuyer les cellules de crise dans les régions pour le règlement des conflits fonciers ou intercommunautaires dans le pays ;

 Soutenir le Ministère de la Solidarité, de la Cohésion Sociale et de la Lutte contre la Pauvreté et les autorités locales à s’impliquer davantage dans la pacification du climat social dans la localité ;

 A travers le Ministère de la Justice, mener des enquêtes afin de trouver les auteurs des actes de violence ;

 Instaurer un cadre permanent de dialogue entre les populations autochtones et allogènes des zones sensibles pour la prévention et la résolution des Conflits.

 

A la société civile

 Sensibiliser les populations sur la cohésion sociale ;

 Augmenter et mieux organiser les activités de renforcement de la cohésion sociale;

 Dénoncer toutes les transgressions au sein des communautés ;

 Donner l’alerte si nécessaire aux autorités compétentes ;

 

 Aux populations

 Eviter de se faire justice en cas d’incompréhensions et se référer aux autorités compétentes tout en se pardonnant mutuellement.

 

                     Fait à Abidjan, le 16/05/2019

 

Produit par le programme d’Alerte Précoce et de prévention de conflits de WANEP-CÔTE D’IVOIRE

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