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24 avril 2019

L'Afrique, un continent d'opportunités

De gauche à droite : Patrice Anato (député LREM), Olivier Mousson (Société d’Encouragement pour l’industrie nationale), Jean-Pierre Barral (Agence Française de Développement), Bruna Basini (JDD), Valérie Hoffenberg (CLC), Sahbi Othmani (Rouiba), Sylvain Sasse (Sogecaso), Philippe Solignac (CCI Paris Ile de France).
De gauche à droite : Patrice Anato (député LREM), Olivier Mousson (Société d’Encouragement pour l’industrie nationale), Jean-Pierre Barral (Agence Française de Développement), Bruna Basini (JDD), Valérie Hoffenberg (CLC), Sahbi Othmani (Rouiba), Sylvain Sasse (Sogecaso), Philippe Solignac (CCI Paris Ile de France). (Nicolas Marquès pour le JDD).

Forte d'une croissance économique solide, d'une population jeune appelée à doubler d'ici à 2050 et de ressources naturelles colossales, l'Afrique sera le continent de demain. "L'avenir du XXIe siècle s'y jouera en grande partie", prédit Olivier Mousson, président de la Société d'encouragement pour l'industrie nationale, hôte des Matins de l'économie consacrés à ce thème la semaine dernière. Dans ce contexte, il n'est pas étonnant que les entreprises et les États du monde entier rivalisent depuis des années pour se positionner sur le vaste continent.

Les grandes firmes du numérique telles que Microsoft, Google ou Orange y sont déjà implantées, la Chine y est très active. L'attractivité de l'Afrique s'explique par les atouts qu'offre le continent : "Le marché local et son potentiel de développement", résume Philippe Solignac, vice-président de la chambre de commerce et d'industrie Paris Île-de-France, qui accompagne les entreprises françaises dans la recherche de partenaires en Afrique.

Une économie portée par le numérique

Les initiatives locales associant économie circulaire et numérique se multiplient dans tous les domaines, à l'image du complexe Sun Plazza, financé par des fonds privés uniquement, qui devrait voir le jour fin 2020 au Togo. Sylvain Sasse, qui pilote le projet (lire ci-contre), décrit "un ensemble mêlant des commerces, un data center, un incubateur de start-up et une clinique". Une initiative qui doit permettre de rejaillir sur le tissu local en mettant en place "les conditions d'une économie circulaire pérenne" et en créant au moins un millier d'emplois dans la seconde ville du pays, Sokodé.

D'autres utilisent le numérique pour contourner les difficultés auxquelles font face les entrepreneurs africains. Sahbi Othmani, directeur général de NCA Rouiba, le leader algérien des jus de fruits, se lance également dans le digital. Il vient, par exemple, de créer une "bourse en ligne de la pièce de rechange" afin d'apporter une réponse au problème d'acheminement des pièces industrielles. "Le numérique nous permet de gagner en portabilité, mobilise moins de moyens et nous fait gagner du temps", poursuit Sahbi Othmani.

Les Africains ne souhaitent plus être aidés, subventionnés, ils veulent qu'on investisse chez eux

Le digital apporte également des réponses au problème de formation des jeunes : "Je crois beaucoup aux moocs [les cours en ligne], qui, avec un minimum de débit et d'équipement, vont permettre à des millions de jeunes Africains de suivre des études supérieures", estime Philippe Solignac. "Le smartphone va permettre aux jeunes de se former et d'acquérir des formations sans forcément avoir besoin de se déplacer dans les universités européennes", abonde le député LREM Patrice Anato, coprésident du groupe d'études diplomatie économique avec l'Afrique à l'Assemblée nationale.

Bonne nouvelle, le nombre de smartphones est en train d'exploser en Afrique et devrait dépasser les 600 millions. Le continent est d'ailleurs précurseur en matière de banque mobile, un modèle qui donne des raisons d'être optimiste.

La France tente évidemment de profiter de ce marché bouillonnant. "Les Africains ne souhaitent plus être aidés, subventionnés, ils veulent qu'on investisse chez eux", précise Jean-Pierre Barral, directeur du département transition énergétique et numérique de l'Agence française de développement. C'est ainsi que la France a lancé l'initiative ­Choose Africa fin mars, dont l'objectif est de consacrer 3 milliards d'euros au financement et à l'accompagnement de start-up et d'entreprises africaines ces trois prochaines ­années. L'AFD développe également l'initiative Digital Africa pour favoriser l'entrepreneuriat numérique en Afrique.

"Reconsolider la confiance avec l'Afrique"

"Nous travaillons à une relation ­rénovée avec l'Afrique, explique Patrice Anato. Nous voulons encourager les entreprises françaises à y trouver des opportunités et à créer des emplois ici et là-bas." Au-delà des perspectives économiques, le député de Seine-Saint-Denis y voit aussi un moyen de juguler l'émigration économique vers l'Europe en "donnant des perspectives réelles aux Africains de travailler chez eux".

Pour cela, la France et l'Europe doivent "reconsolider la confiance avec l'Afrique", estime Sahbi ­Othmani, pour qui "il faut changer la relation du donneur d'ordre et de receveur et regarder l'Afrique d'égal à égal, sans aucun complexe ni d'un côté ni de l'autre". Les intervenants ajoutent que la stabilité politique et monétaire du continent est un enjeu fondamental pour son développement. La sécurité aussi, et notamment la cybersécurité, tant elle peut freiner les investissements. "Je dois parfois rassurer des investisseurs français sur le Nigeria, rapporte Patrice Anato, qui préside le groupe d'amitié avec ce pays à l'Assemblée. On peut y nouer des affaires sans crainte."

"Sun Plazza, une première dans l'histoire de l'Afrique francophone"

Sylvain Sasse, directeur général de la Sogecaso

En quoi consiste le projet Sun Plazza que vous portez à Sokodé, au Togo?
Le projet s'articule autour de plusieurs aspects : la création d'un ensemble commercial, d'un data center qui gérera toute la vie ­numérique de Sokodé, deuxième ville du Togo, et d'une dizaine d'autres villes environnantes, d'un incubateur de start-up qui offrira des accompagnements à de jeunes entreprises et d'une microclinique ambulatoire dotée d'un scanner et de matériel ultramoderne.

Comment avez-vous financé cette initiative?
Il s'agit d'un projet citoyen et ­solidaire. C'est la première fois dans l'histoire de l'Afrique ­francophone que des citoyens – des locaux et des membres de la diaspora africaine – se sont ­cotisés, sans demander d'aide ni de ­subvention d'aucun organisme national ou international, pour monter une structure de ce genre. En septembre, nous organiserons la cérémonie de la première pierre et nous espérons que le projet sera abouti et opérationnel fin 2020.

Quelles seront les retombées locales?
Nous aurons un budget global de 17 millions d'euros qui doit ­évidemment profiter en partie à l'économie locale, à travers des ­activités connexes, pour augmenter le pouvoir d'achat des ­habitants. Le projet, qui créera entre 1 500 et 5 000 ­emplois directs non ­délocalisables, est amené à se multiplier dans les années à venir dans les villes ­secondaires des autres pays d'Afrique ­francophone.

Source: Le Journal du Dimanche

06:36 Publié dans Politique, Science, Société | Tags : afrique, continent, opportunités | Lien permanent | Commentaires (0) | |

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