topblog Ivoire blogs

01 avril 2019

Côte d’Ivoire : « Picasso s’est inspiré de nous ! »

Des habitants de Fakaha, un village célèbre pour ses peintures sur coton, affirment que l’artiste espagnol leur a rendu visite en 1968.

Un artiste ivoirien montre une peinture sur coton qu’il attribue à Pablo Picasso, le 24 janvier 2019, à Fakaha.
Un artiste ivoirien montre une peinture sur coton qu’il attribue à Pablo Picasso, le 24 janvier 2019, à Fakaha. SIA KAMBOU / AFP

« Je suis sûr ! Je vous dis qu’il est venu, je l’ai vu ! », s’énerve Soro Navaghi, la soixantaine, quand on doute du passage de Pablo Picasso dans son petit village de Fakaha, célèbre pour ses peintures sur coton, dans le nord de la Côte d’Ivoire. Sur Internet ou sur des dépliants touristiques, il n’est pas rare de lire que Picasso s’est rendu à Fakaha. Le guide Le Petit Futé évoque ainsi les « toiles mondialement réputées » de ce village, des tentures sénoufo « qui auraient charmé un certain Picasso, alors en visite discrète dans la région au début du siècle ».

L’Afrique et Picasso, c’est tout un fantasme. Car si le peintre a une fois déclaré par boutade : « L’art nègre, connais pas ! », il en était un fervent admirateur et disposait d’une impressionnante collection d’art africain. Soulignant les similitudes entre des sculptures africaines et les œuvres de l’Espagnol, de nombreux critiques voient dans l’art africain une de ses sources d’inspiration. On cite souvent la ressemblance entre un masque grebo et un des visages des célèbres Demoiselles d’Avignon, mais il existe d’autres exemples.

Lire aussi  Arts visuels : la belle endormie ivoirienne se réveille

« Quand on insistait sur l’influence de l’art africain sur le développement de son œuvre, il haussait les épaules, agacé de se voir ainsi réduit : certes, il s’en est nourri dès 1906, date à laquelle il vit les premières sculptures » africaines, souligne un de ses biographes, Gilles Plazy (Picasso, éd. Folio) : « Picasso se nourrissait de tout ce qui passait à sa portée et l’intégrait dans le renouvellement constant de sa démarche d’artiste. Il ouvrit des voies nouvelles. »

Quant au « voyage à Fakaha, qu’il aurait visité en mage insufflant à l’art traditionnel local un souffle régénérateur, c’est là un conte magnifique qui lui aurait certainement plu, estime M. Plazy. Pablo Picasso est un personnage de légendes. Il court sur lui bien des histoires auxquelles il s’est souvent prêté lui-même avec humour ».

Panne de voiture

On rejoint le village de Fakaha en suivant une piste sur une quinzaine de kilomètres depuis l’axe goudronné menant à Korhogo. Quelques centaines d’habitants y vivent dans des maisons modestes autour d’une piste sablonneuse chauffée par un soleil brûlant.

Les artistes peignent à même le sol sur les toiles, dans des cases ouvertes. Leur dextérité fascine. Leurs gestes sont précis. Avec des couteaux en fer ou des baguettes de bois qu’ils trempent dans des bols de liquide, le coton blanc devient rapidement une œuvre d’art, figurant des animaux ou des personnages portant des masques. Il y a du Picasso là-dedans ! Hasard de la création ? Ressemblance fortuite ? Sans doute. Ou bien Picasso a-t-il vu des toiles de Fakaha ? « Je vous dis qu’il est venu. Il s’est inspiré de nous », répète Soro Navaghi.

Article réservé à nos abonnés Lire aussi  Dada, gaga d’Afrique

L’histoire vaut le détour. Picasso serait tombé en panne de voiture en allant à Korhogo. Il aurait alors parcouru la quinzaine de kilomètres à pied et serait arrivé « torse nu et sans chaussures », selon Soro Navaghi, qui assure l’avoir connu. Picasso serait resté quelques jours au village. Puisant dans l’imaginaire des villageois, il leur aurait aussi donné quelques conseils : « C’est lui qui nous a appris à nous servir des éponges et de la brosse à dents pour aller plus vite et être plus précis. Avant lui, on ne faisait pas de cadre, lui nous a conseillé de dessiner des cadres », explique Silue Naganki, un artisan qui dit tenir ses informations des anciens.

Soro Navaghi cherche dans sa maison la « preuve ultime » : une toile de Picasso ! On y voit, répété à plusieurs reprises sur le coton, un homme blanc et chauve, tantôt en short tantôt en tenue de raphia, tendant un crayon ou un pinceau, puis une sorte de branchage. Ce serait un autoportrait du maître ! Mais pas de doute, même pour le néophyte : ce n’est pas du Picasso…

Attachée à cette toile, une déclaration censée valider le passage historique : « Je soussigné Ashanty Kouadio Souleymane, agent de tourisme de la société des palaces de Cocody […], mandaté par l’agence Lagoona Tours, reconnais avoir reproduit la lettre témoin du passage de Pablo Picasso. Pour une meilleure conservation de la note dans les archives de Fakaha. […] Picasso est venu en 1968 à Fakaha en pieds nus. Il travaillait sans chemise sans vêtement. »

Un imposteur ?

1968 ? Picasso est décédé en 1973 à l’âge de 91 ans. Difficile d’imaginer la star mondiale de la peinture, alors âgée de 85 ou 86 ans, accomplir une balade de 15 km à pied, au hasard dans la brousse, et rester ensuite quelques jours dans un village africain sans eau ni électricité… Et que cela soit passé inaperçu. Et si Picasso a continué à produire jusqu’à sa mort, ce n’est certainement pas à partir de 1968 qu’on trouve des « inspirations » africaines dans son art.

Alors, comme le dit Le Petit Futé, est-il venu à Fakaha au début du siècle ? Si l’on ne trouve pas trace du voyage de Picasso, assure un jeune, c’est parce que celui-ci aurait tenu ce voyage secret pour ne pas dévoiler qu’il s’était inspiré de Fakaha. On est proche des accusations de plagiat… Il aurait alors fallu à Picasso se rendre en bateau à Abidjan, dans l’Afrique coloniale française, puis parcourir près de 1 000 km de piste pour rallier le nord de la Côte d’Ivoire. Une odyssée de plusieurs mois, presque digne d’un explorateur et qui, là aussi, serait probablement relatée dans une de ses biographies.

Lire aussi  La première exposition de Picasso en Afrique

Pourtant, l’affaire est plus complexe. L’AFP a contacté le musée Picasso, à Paris : impossible d’obtenir un commentaire. Elle a contacté des éditeurs. Et surprise : les biographes refusent d’être catégoriques, laissant la porte ouverte au voyage mystère souvent célébré par les autorités ivoiriennes lors de manifestations publiques.

Une autre théorie est avancée par des habitants de Korhogo : un faux Picasso – un homme cultivant sa ressemblance physique avec le maître – aurait berné les villageois et se serait fait passer pour lui. Mais dans ce cas, dans quel but ?

Le Monde avec AFP. Publié le lundi 1er avril 2019 à 10h56

16:57 Publié dans Culture | Lien permanent | Commentaires (0) | |

Énergies vertes : l’initiative africaine prend pied à Abidjan

AREI Abidjan.jpgUn timing parfait. C’est en ces termes que la Société financière international (SFI), la filiale de la Banque mondiale dédiée au secteur privé de la Banque mondiale, analyse la croissance des opportunités d’investissement dans les énergies propres en Afrique subsaharienne après la conclusion de l’accord de Paris le 12 décembre 2015.

« La zone représente 783 milliards de dollars d’opportunités d’investissements — tout particulièrement dans les énergies propres [les technologies solaires, éoliennes, hydrauliques et géothermiques, NDLR] en Côte d’Ivoire, au Kenya, au Nigeria et en Afrique du Sud », note le rapport, qui a passé au peigne fin les Plans nationaux d’adaptation au changement climatique soumis par 189 États. Le rapport anticipe également 68 milliards de dollars d’opportunités au Maroc.

Dans ce contexte, l’Initiative africaine pour les énergies renouvelables (Arei) — à laquelle 10 milliards de dollars avaient été promis durant le COP 21 — se met en ordre de marche. Mise sur pied à Paris, elle vise à doter le continent de 10 gigawatts (GW) supplémentaires de capacité de production électrique d’ici à 2020, en combinant les technologies solaires, éoliennes, hydrauliques et géothermiques.

Un accord de financement à Marrakech

À l’ouverture de la COP 22, « nous avons obtenu la signature d’un accord de financement de six millions d’euros pour le fonctionnement de l’unité de mise en œuvre de l’Arei, que je dirige et qui s’est installée au siège de la Banque africaine de développement à Abidjan en août », explique Youba Sokona, vice-président du Groupe d’experts intergouvernemental sur l’évolution du climat (Giec).

L’homme espère que l’accélération du déploiement des énergies vertes sur le continent se confirmera. Car le pari de l’Arei est ambitieux :  porter la production d’énergie verte à 300 GW alors que l’Afrique ne dispose guère que de 150 GW de capacité totale de production d’électricité. Elles reposent par ailleurs en grande partie sur des centrales alimentées par des combustibles fossiles, le charbon et le gaz notamment.

« Les recrutements vont commencer sous peu », indique encore Youba Sokona, qui estime à 442 le nombre de projets d’ores et déjà repérés par l’Arei. Leur financement sera soumis à des critères, tels que leur faisabilité avant l’échéance de 2020.

Récemment, plusieurs centrales solaires de grande échelle ont été inaugurées telle la centrale solaire Senergy II de Bokhol au Sénégal ou le parc solaire géant de Ouarzazate au Maroc. D’importants projets de centrales solaires géantes sont également en projet en Zambie.

 

Source: Jeune Afrique

03:57 Publié dans Science | Lien permanent | Commentaires (0) | |

RDC: 20 millions de dollars pour des mini réseaux écologiques

Abidjan, Côte d’Ivoire, le 28 mars 2019  La Banque africaine de développement a approuvé l’octroi d’un prêt de 20 millions de dollars à la République démocratique du Congo (RDC), pour l’acquisition de mini-réseaux producteurs d’énergie renouvelable destinés aux villes d’Isiro, de Bumba et de Genema, qui ne sont pas connectées au réseau de distribution d’électricité du pays.

Ce programme de mini-réseaux écologiques de la RDC servira de projet pilote, dans une approche novatrice menée par le secteur privé et visant à installer des mini-réseaux capables de fournir de l’énergie renouvelable dans ce pays d’Afrique centrale. Le programme pourra fournir de l’énergie aux villes importantes, dont certaines peuplées de plusieurs centaines de milliers d’habitants et dépourvues d’accès à des formes modernes d’énergie.

Le réseau d’électricité couvre environ 10 % du territoire et beaucoup de Congolais se servent de kérosène et de diesel pour alimenter leurs lampes, leurs cuisinières et leurs générateurs électriques. Moins de 1 % des zones rurales et moins de 35 % des zones urbaines ont accès à l’électricité provenant du réseau national. En Afrique subsaharienne, la couverture électrique par un réseau central s’élève à 24,6 % en moyenne.

Le financement de la Banque vient compléter l’initiative Essor (Access to Electricity – A2E) du Département pour le développement international du Royaume-Uni (DFID), un programme d’assistance technique qui aide à l’acquisition par enchères de mini-réseaux et à la préparation de projets par le gouvernement. Le soutien du DFID promeut la multiplication de projets de mini-réseaux écologiques menés par le secteur privé en RDC.

La Banque fournira à la fois des ressources privées et concessionnelles – dont celles provenant du Fonds vert pour le climat et d’autres partenaires de développement – aux promoteurs et consortiums qui seront sélectionnés dans le cadre du processus d’enchères. Le Conseil du GCF a approuvé le décaissement de 21 millions de dollars pour le programme, lors de sa 21e réunion, en octobre 2018.

De son côté, la Banque mettra à disposition une subvention de 1 million de dollars provenant du Fonds des énergies durables pour l’Afrique (SEFA), destiné à fournir des services de conseil au gouvernement de la RDC pour l’acquisition de systèmes de mini- réseaux photovoltaïques solaires. Les services de conseil prévoient également l’élaboration d’un cadre réglementaire pour les mini-réseaux, des études de faisabilité de projets et une contribution importante au niveau des politiques et de la réglementation.

Une fois le projet opérationnel, les mini-réseaux – d’une capacité oscillant entre 3 et 10 MW – permettront de connecter directement 21 200 ménages et 2 100 PME et bâtiments publics, ce qui bénéficiera à 150 000 personnes au moins.

Le vice-président de la Banque pour l’Énergie, le changement climatique et la croissance verte, Amadou Hott, a déclaré que le soutien financier de la Banque au programme d’électricité hors réseau de la RDC allait transformer le secteur de l’énergie du pays et aurait un impact important sur son développement. Il a fait remarquer que, contribuant à éliminer l’utilisation du diesel dans les communautés ciblées, le programme favoriserait également la transition du pays vers une croissance à faible émission de carbone.

« Le plan novateur, qui s’inscrit dans le cadre de ce programme, devrait également permettre de démontrer la viabilité du financement des mini-réseaux par le secteur privé, ce qui ouvrira un marché pour les investissements dans le domaine des mini-réseaux en Afrique subsaharienne. Nous espérons dupliquer ce modèle une fois que le projet pilote aura démontré sa réussite », a déclaré Amadou Hott.

Selon le directeur intérimaire de la Banque pour les énergies renouvelables et l’efficacité énergétique, Daniel Schroth, « le financement à long terme et à des conditions concessionnelles fourni par la Banque et le GCF, et éventuellement par d’autres donateurs, permettra d’améliorer la viabilité commerciale des projets de mini-réseaux tout en garantissant des tarifs abordables. L’engagement important de la Banque, conforme à sa mission consistant à déployer des financements novateurs et bien structurés pour alimenter le continent en électricité, rassurera davantage les investisseurs ».

Le programme des mini-réseaux écologiques de la RDC s’inscrit dans le droit fil du New Deal pour l’énergie en Afrique, du Plan d’action de lutte contre le changement climatique et de la stratégie d’investissement à long terme. Ces priorités visent à élargir l’accès à l’énergie, à stimuler l’utilisation productive de l’énergie tout en affranchissant les individus et les entités publiques et privées de la production d’énergie à forte teneur en carbone. Ce programme répond également à la stratégie pays 2013-2020 de la Banque africaine de développement pour la République démocratique du Congo.

 

Top Visages

03:39 Publié dans Science | Tags : changement climatique, énergie durable, afrique subsaharienne | Lien permanent | Commentaires (0) | |