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19 mai 2017

En Afrique, 26 personnes meurent toutes les heures à cause d’un accident de la circulation

Le 21 avril, un accident de la circulation a coûté la vie à une vingtaine de personnes, dont 19 élèves, lorsque le minibus qui les transportait est entré en collision avec un camion à 70 km de Tshwane, en Afrique du Sud.

Au cours du seul week-end de Pâques, 251 décès ont été enregistrés sur les routes du pays, soit une augmentation de 51 % par rapport à la même période en 2016. Pendant les fêtes de fin d’année, en 2016, 1 714 personnes ont perdu la vie pour les mêmes raisons, alors que 9 175 autres ont été arrêtées ou verbalisées.

En Afrique du Sud, 13 000 personnes meurent chaque année sur les routes. Le 8 mai, 35 passagers d’un car, dont 32 élèves de 12 à 14 ans, sont décédés dans le district de Karatu, à une centaine de kilomètres d’Arusha, en Tanzanie. Le chauffeur avait raté un virage. En mars 2015, dans le même pays, une collision entre un camion et un bus avait causé la mort de 42 personnes. Il ne sert à rien de faire le tour du continent pour mesurer l’ampleur du phénomène.

Selon un rapport de l’Organisation mondiale de la santé (OMS) publié en mars 2013, l’Afrique a le taux de mortalité routière le plus élevé au monde, soit 24,1 personnes tuées pour 100 000 habitants. C’est-à-dire deux fois et demie de plus qu’en Europe. Vingt-six personnes meurent toutes les heures sur notre continent à cause d’un accident de la circulation.

Vingt-six personnes meurent toutes les heures sur notre continent à cause d’un accident de la circulation.

Ces accidents sont la quatrième cause de mortalité des personnes âgées de 5 à 44 ans. Plus de 75 % des victimes ont entre 16 et 65 ans. Ironie du sort, le parc automobile du continent ne représente que… 2 % du parc automobile mondial ! L’OMS a dénombré 725 000 morts en 2000, soit l’équivalent de 7 % de l’ensemble des décès sur le continent. Coût de tous ces accidents : 7,3 milliards de dollars chaque année.

Comment expliquer ce paradoxe ? Encore une fois, c’est une question de gouvernance. La plupart des routes de notre continent sont délabrées et mal conçues par des ingénieurs du dimanche. La majorité des conducteurs ne connaît pas le code de la route pour n’avoir appris que la partie pratique. La signalisation est sommaire, quand elle existe. Le feu tricolore est un luxe. Les trottoirs réservés aux piétons sont tellement rares que les citoyens sont obligés de marcher sur la chaussée, mettant ainsi leur vie en danger.

Les Kinois connaissent bien le boulevard Lumumba, qui mène à l’aéroport de Ndjili. Chaque matin, ils voient des « sportifs » écervelés faire du footing en pleine chaussée, au nez et à la barbe de la police, qui reste indifférente.

La ceinture, c’est quoi encore, ça ? Je conduis depuis des années et je n’ai jamais eu d’accident. Pas question !

La limitation de la vitesse ? C’est la Formule 1 ! Le port obligatoire de la ceinture de sécurité ? Réponse de presque tous les chauffeurs : « C’est quoi encore, ça ? Je conduis depuis des années et je n’ai jamais eu d’accident. Pas question ! »

Le passager à côté de lui est dans le même état d’esprit. Pis, vous verrez, à Kinshasa, des receveurs de minibus accrochés à l’arrière des véhicules, je veux dire à l’extérieur, au grand mépris du code de la route, après avoir vendu leur place dans le véhicule à des passagers. Que dire de tous ces camions bringuebalants, surchargés de marchandises sur lesquelles des voyageurs sont assis, qui sillonnent le continent ?

Les passages piétons ? Ne rêvons pas, personne, ou presque, ne les respecte quand ils existent.

Les campagnes de prévention routière ? Rarissimes. Le rôle de la police chargée de la circulation automobile ? Racketter, au vu de tous, les conducteurs quels qu’ils soient. Les passages piétons ? Ne rêvons pas, personne, ou presque, ne les respecte quand ils existent. Le port obligatoire du casque pour les motocyclistes ? J’en ai parlé en 2002 à Cotonou, au Bénin, avec un ministre qui avait le secteur des transports dans ses attributions. Sa réponse m’avait sidéré : « Ce n’est pas la peine, personne ne se soumettra à cette réglementation. » Les maux sont connus : manque de volonté politique, laxisme, corruption, incompétence.

par Tshitenge Lubabu M.K.

Ancien journaliste à Jeune Afrique, spécialiste de la République démocratique du Congo, de l'Afrique centrale et de l'Histoire africaine, Tshitenge Lubabu écrit régulièrement des Post-scriptum depuis son pays natal.

10:46 Publié dans Société | Lien permanent | Commentaires (0) | |  Facebook | | | Pin it! |

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