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19 février 2017

« En Afrique, il faut briser le triangle du désastre pour en finir avec le terrorisme »

Pour le président de la Banque africaine de développement (BAD), la lutte contre le chômage des jeunes et pour l’agriculture et l’accès à l’énergie sont indispensables.

Akinwumi Adesina à Abidjan, le 21 mars 2016.

Présent au 28e sommet de l’Union africaine (UA) à Addis-Abeba, le président de la Banque africaine de développement (BAD), Akinwumi Adesina, défend une réponse africaine à la menace terroriste qui associe sécurité et développement. L’ancien ministre nigérian de l’agriculture, devenu président de la BAD en mai 2015, plaide particulièrement pour l’accès des Africains à l’énergie et la création massive d’emplois pour les jeunes. Il estime également que seuls des investissements conséquents dans le secteur agricole peuvent sortir de la pauvreté les 65 % d’Africains vivant en milieu rural.

La menace terroriste n’a jamais été aussi pressante sur le continent avec les chabab, Boko Haram, Al-Qaida au Maghreb islamique, Ansare Dine, l’organisation Etat islamique… Comment construire une réponse africaine efficace et durable ?

A regarder attentivement la cartographie de la menace terroriste en Afrique, on s’aperçoit qu’elle correspond à ce que j’appelle le triangle du désastre. Le premier indicateur, c’est le niveau de pauvreté très élevé dans le monde rural. Le second élément, c’est le très fort taux de chômage chez les jeunes. Il y a enfin la dégradation de l’environnement du fait du changement climatique. Partout en Afrique où vous trouvez ce triangle du désastre, vous trouvez la menace terroriste : au nord-Mali avec Al-Qaida au Maghreb islamique, Ansare Dine, le Mouvement pour l’unicité et le djihad en Afrique de l’Ouest (MUJAO) ; au nord du Kenya avec les chabab ; au sud-est du Niger et au nord-est du Nigeria avec Boko Haram.

Si nous voulons en finir avec ces menaces et actions terroristes, nous devons, outre sur la sécurité, agir sur un certain nombre de leviers. Premièrement, il nous faut transformer les zones de misère en zones de prospérité. Il nous faut également offrir à la jeunesse africaine des perspectives d’emplois. L’Afrique compte aujourd’hui près de 480 millions de jeunes. Chaque année près de 13 millions de jeunes Africains arrivent sur le marché de l’emploi alors qu’il n’existe que 3 millions de postes. Que faire des 10 autres millions ?

Certains se désespèrent et s’engagent dans des aventures périlleuses comme on a pu le voir avec ces bateaux de fortune de migrants lancés à l’assaut de la Méditerranée. D’autres deviennent des proies faciles pour les groupes terroristes. A cet enjeu majeur, il faut une solution globale et inclusive. C’est pourquoi la Banque africaine de développement (BAD) ambitionne d’aider les Etats africains à créer 25 millions d’emplois pour les jeunes Africains sur les dix prochaines années.

Lire l’entretien :   « Le Sahel est une bombe démographique »

« L’accès à l’énergie est autant une question de développement qu’un enjeu de sécurité »
 

Certains Etats en situation d’extrême fragilité comme la Somalie peinent à convaincre les bailleurs de financer la reconstruction et le développement. Comment éviter de leur imposer une double peine, en leur refusant l’accès aux guichets alors qu’ils paient déjà un lourd tribut au terrorisme ?

Il est important de continuer à accompagner et soutenir les Etats en situation de fragilité. Dans le cas particulier de la Somalie, nous travaillons avec le Royaume-Uni pour doter le pays d’infrastructures de qualité. La BAD dispose d’un instrument spécifique pour accompagner les Etats en transition : le Fonds africain du développement, qui a fait l’objet d’une reconstruction de près de 7,2 milliards de dollars (6,7 milliards d’euros) en novembre 2016 à Luxembourg.

Cet instrument nous a permis de soutenir les efforts de la Côte d’Ivoire pour sortir de la fragilité et devenir une des économies les plus dynamiques du continent avec près de 10 % de croissance. Partout où il y a fragilité de l’Etat, il y a faiblesse des institutions, déficit d’énergie, faible niveau de formation. Nous devons être aux côtés des Etats concernés pour les aider à renforcer leur résilience. L’exemple de la Côte d’Ivoire conforte mon optimisme et m’amène à penser que même les pays du continent actuellement en difficulté extrême ne sont pas définitivement condamnés.

Aux côtés des Etats et des bailleurs de fonds traditionnels, le secteur privé peut-il jouer un rôle dans les efforts pour sortir de la fragilité des pays comme le Burundi, le Soudan du Sud, la Centrafrique, la République démocratique du Congo ?

Le piège serait justement ne pas investir dans ces pays sous prétexte qu’ils sont en situation de fragilité. Nous comprenons les réticences du secteur privé qui peut considérer l’absence d’institutions fortes et d’infrastructures comme des freins. Il faut donc en même temps éviter que ces pays-là soient abandonnés à leur sort. C’est pour cette raison que nous, à la BAD, avons créé un instrument doté de 250 millions de dollars (233 millions d’euros) pour encourager le secteur privé à investir dans les Etats en transition comme la Centrafrique, la République démocratique du Congo, le Soudan du Sud. Il s’agit pour la BAD de se tenir aux côtés des hommes d’affaires pour partager les risques liés à leurs investissements dans ces pays.

Lire aussi :   La Bourse de Nairobi est-elle la pire au monde ?

A en croire une étude du Programme des Nations unies pour le développement (PNUD), seuls deux pays d’Afrique subsaharienne, Maurice et les Seychelles, assurent l’électricité à tous leurs habitants. Dans d’autres pays, le taux d’accès tourne autour de 10 %. Comment l’Afrique peut-elle relever cet immense défi ?

J’ai honte de la situation de l’accès à l’énergie en Afrique. Sans énergie, on ne peut même pas assurer une éducation de qualité aux enfants. Les terroristes profitent de l’obscurité entraînée par l’absence d’électricité pour commettre leurs forfaits – c’est autant un problème de développement qu’une question de sécurité. J’ai donc décidé dès mon entrée en fonction en 2015 de faire de l’accès à l’énergie un chantier majeur de mon mandat. Nous avons lancé le « Nouveau pacte pour l’énergie pour l’Afrique » qui vise à résoudre durablement le problème. Il ne s’agit pas seulement d’éclairer mais aussi de faire en sorte que l’Afrique nourrisse l’Afrique à travers le développement de l’agro-industrie, l’industrialisation, l’intégration régionale.

« Nous voulons arriver à un premier niveau de transformation des matières premières sur place afin qu’elles apportent une valeur ajoutée »

 

L’énergie est un préalable et la BAD l’a compris. C’est pour cette raison qu’elle va mettre sur la table 12 milliards de dollars (11,2 milliards d’euros) pour les dix prochaines années. Nous escomptons, à partir de notre mise, un effet de levier de 50 milliards de dollars en faveur de l’accès à l’énergie en Afrique. Rien que pour 2016, nous avons investi près de 1,7 milliard de dollars sur ce point, ce qui a entraîné 2,8 milliards apportés par le secteur privé. Signe de la priorité que nous accordons à l’urgence énergétique, une vice-présidence de la Banque chapeaute un complexe spécifiquement créé pour l’énergie : c’est un cas unique dans les organisations multilatérales. Il colle à l’immensité du défi.

Nous n’aurons d’autre choix que d’exploiter au maximum les opportunités offertes par les énergies renouvelables : le solaire, l’hydroélectrique, le géothermique et même le charbon puisqu’il existe des techniques pour le rendre moins polluant. Avec l’Union africaine, nous avons mis en place l’« Initiative énergie renouvelable pour l’Afrique ». La cellule technique d’implantation de cette initiative est déjà en place à la BAD. Nous sommes fermement convaincus que résoudre le problème d’accès à l’énergie en Afrique, c’est aussi résoudre les problèmes de stabilité et de développement.

Lire la série de reportages :   Traversée d’une Afrique bientôt électrique

Vous qui prônez un « retour du continent à la terre » – l’agriculture –, quelle est votre position sur l’achat des terres agricoles africaines par des investisseurs étrangers, notamment de la Chine et du Golfe ?

Si les terres africaines suscitent tant de convoitises, c’est parce qu’elles présentent un potentiel immense. L’Afrique concentre près de 65 % des terres arables dans le monde. Paradoxalement, elle importe chaque année pour près de 35 milliards de dollars de produits alimentaires. Il faut sortir de cette situation inacceptable ! En passant d’abord d’une agriculture de subsistance à une agriculture business qui produit de la richesse. Près de 65 % d’Africains, les plus pauvres, vivent dans le milieu rural et dépendent de l’agriculture. Moi qui suis enfant de paysan, j’ai vécu la pauvreté dans ma chair. Et je souhaite aider les agriculteurs africains à en sortir.

Sur les dix prochaines années, la BAD envisage ainsi d’investir 24 milliards de dollars dans l’agriculture, l’enjeu étant de mettre un terme à la situation actuelle qui amène nos Etats à exporter sans transformation nos matières premières agricoles telles que le café, le cacao, le coton. Nous voulons plutôt arriver à un premier niveau de transformation de ces matières premières sur place afin qu’elles apportent une valeur ajoutée à nos économies et créent des emplois.

Plus stratégiquement, nous avons décidé d’accompagner l’émergence d’une génération de jeunes agro-entrepreneurs africains auxquels nous apporterons le financement et l’accompagnement technique. L’Afrique ne peut plus continuer à pratiquer l’agriculture pour créer des emplois et de la richesse pour les autres. L’avenir de notre continent sera fonction de ce qu’il fera de son agriculture. C’est par elle que passe également la solution durable et efficace à la pauvreté et à la misère qui nourrissent le terrorisme et l’instabilité.

Seidik Abba (Addis-Abeba - contributeur Le Monde Afrique)

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17 février 2017

20 millions de personnes risquent de mourir de faim: "Au XXIe siècle, cela paraît impensable"

Plus de 20 millions de personnes risquent de mourir de faim dans les six prochains mois sur la Terre. La FAO, Organisation des Nations unies pour l'alimentation et l'agriculture, pointe quatre famines particulièrement meurtrières.

Quelles sont les régions menacées? Pourquoi celles-ci? Comment intervenir? Dominique Burgeon,directeur de la division des urgences de la FAO, nous livre un éclairage en trois questions.

Quelles sont les régions menacées? 

"Nous sommes extrêmement préoccupés par la situation alimentaire dans quatre pays où le risque de famine est bien réel. Pour le Yémen, le Soudan du Sud, le Nigéria et la Somalie, ce sont bien 20 millions de personnes qui sont en insécurité alimentaire sévère.

Extrêmement préoccupés par cette situation

Non seulement ils ne peuvent plus subvenir à leurs besoins alimentaires de base mais en plus ils sont obligés de vendre leurs biens, leurs outils, leurs animaux, parfois même des gens qui ont pu rencontré leurs pairs pour parvenir à s’alimenter. Nous sommes donc extrêmement préoccupés par cette situation.

Je pense qu’il est important de souligner, comme vous l’avez dit, que jamais au cours des 20 dernières années, nous avons eu une situation telle que celle-ci, où on a autant de personnes au bord de la famine".

Cela signifie que c'est quelque chose qui ne s’est pas produit avant? 

"Il est important de se souvenir que la dernière famine qu’on a eue, c’était en 2011, c’était en Somalie, elle a tué 250 000 personnes. Je pense qu’il est donc important de souligner que le dénominateur commun à ces crises est souvent la situation de conflit. Aujourd'hui, c’est le cas dans les quatre pays cités plus haut.

Malheureusement, et c’est le cas pour l’instant en Somalie, au conflit viennent parfois s’ajouter les événements climatiques extrêmes, comme la sécheresse. Nous sommes donc vraiment très inquiets par cette situation. Et se retrouver dans des situations de famine au XXIe siècle, ça paraît presque impensable".

Comment des organisations telles que la FAO peuvent intervenir dans ces zones de conflits?

"Tout d’abord, je pense qu’il faut se mobiliser parce que le dénominateur commun à ces crises, ce sont bien les situations de conflit. Il faut donc, bien sûr, essayer de trouver des solutions politiques. En ce qui nous concerne, je pense qu’il est important de permettre aux agences onusiennes et aux ONG d’avoir les moyens de fournir une assistance alimentaire. Quand on est dans des situations de famine, ce qui compte est de pouvoir fournir une assistance alimentaire dans l’immédiat.

Avoir un futur à plus long terme

Il faut en effet bien se rendre compte que dans ces situations, 80 % des gens dépendent de l’agriculture pour assurer non seulement leur propre alimentation, mais aussi pour générer des revenus. Et donc, pour couvrir leurs besoins primaires, leurs besoins d’éducation, leurs besoins de santé.

Quand les conflits viennent détruire les infrastructures et casser les chaînes d’approvisionnement, une organisation comme la FAO se mobilise pour leur fournir des semences, des outils, des engrais, des équipements de pêche, pour vacciner leurs animaux ou encore leur fournir du travail pour la réparation d’infrastructures collectives, d’irrigation par exemple.

Je pense qu’il est important de se rendre compte que dans ces situations, l’agriculture est fondamentale et que, outre survivre grâce à l’aide alimentaire, elle leur permet de vivre et d’avoir un futur à plus long terme".

rtbf.be

 

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De quoi la crise autour du Franc CFA est-elle le nom ?

(Crédits : LTA)
A sa création il y a plus de sept décennies, elle désignait le « Franc des Colonies Françaises en Afrique ». Elle a depuis troqué cette appellation pour «Franc de la communauté financière d’Afrique» en zone UEMOA ou «franc de la coopération financière en Afrique centrale» au sein de la CEMAC. Peu importe la signification réelle de l’acronyme FCFA, cette monnaie commune à 14 pays d’Afrique Francophone est devenue le symbole d’une ligne de fracture vivace entre ceux qui souhaitent la conserver au nom de la stabilité, et ceux qui veulent s’en affranchir, y voyant l’ultime avatar d’un néocolonialisme économique. Mais de quoi la crise grandissante autour du Franc CFA est-elle véritablement le nom ?

Il n'aura pas échappé à l'observateur que le débat autour du FCFA est en train de cristalliser. Pas une conversation sur l'avenir de l'Afrique Francophone sans que soutiens et détracteurs de la monnaie ne s'écharpent, brandissant tour à tour arguments techniques ou plaidoyers vibrants pour que le continent « mette à la retraite » le CFA, 60 ans après la vague d'indépendances africaines.

 Faut-il « mettre à la retraite » le CFA soixante ans après les indépendances africaines ?

 Et depuis trois mois, le débat s'est même internationalisé, un « front anti CFA » trouvant de plus en plus d'écho dans de grandes villes européennes telles Lausanne, Londres ou Paris. La pression est telle que même l'austère patronne du FMI, Christine Lagarde, a du effectuer une rarissime opération de communication de crise en décembre dernier, après que certains de ses propos relatifs à une possible dévaluation de la monnaie en Afrique centrale aient mis le feu aux poudres.

Il faut dire que le sujet a tout pour déchainer les passions. Les détracteurs de la monnaie unique y voient en effet un instrument qui favorise les multinationales européennes et un frein à l'ajustement par les pays de leurs politiques monétaires en fonction de la situation de leurs économies. De même, ils fustigent la gestion d'une part importante des réserves en devises du CFA par la Banque de France, afin de garantir la convertibilité de la monnaie. Pour eux, à l'instar du sénégalais Felwine Sarr, un régime de change flottant adossé à un panier de monnaies serait plus judicieux et plus efficace pour les économies de la zone.

Les partisans du maintien du CFA avancent quant à eux la crainte de voir certains dirigeants africains être tentés par l'utilisation de la « planche à billet »- argument paternaliste selon certains- entraînant inflation et dévaluation massive. Ils mettent également en avant  le fait que le CFA a été un moteur de l'intégration régionale en Afrique de l'Ouest et Centrale, favorisant les échanges et garantissant la stabilité macro-économique.

Les deux camps ont en partie raison. Mais là n'est pas l'essentiel

Les deux camps ont en partie raison, mais aucun des deux ne raconte l'histoire en entier. En effet, la crise autour du FCFA doit d'abord être examinée à l'aune des acteurs qui la composent, et appréhendée comme le signe d'une vitalité intellectuelle du continent.

En effet, à la faveur de cette polémique, l'on constate l'émergence d'une génération d'économistes africains qui mettent de côté le traditionnel discours anticolonial parfois mâtiné de théories conspirationnistes pour avancer un réel argumentaire technique. Gage de cette montée en puissance d'une production de connaissance africaine, la parution récente d'un ouvrage dédiée spécifiquement à ce sujet, intitulé « Sortir l'Afrique de la servitude monétaire. A qui profite le franc CFA? » rédigé par un collectif d'économistes dirigés par Kako Nubukpo.

Il faut supprimer le mot « Franc » du FCFA

Quel que soit le sort réservé au FCFA par les gouvernements concernés, une chose au moins devrait faire consensus et serait très simple à mettre en pratique : la suppression du mot « Franc » du CFA.

Dans un continent où les symboles sont extrêmement importants, faute d'indépendance monétaire, cela permettrait au moins l'indépendance lexicale et la réappropriation du nom de cette monnaie par les nations qui en ont l'usage. De fait, cela permettrait aussi de centrer le débat sur le terrain économique et d'en évacuer les discussions autour de la prévalence d'une post-colonisation économique, sujet qui mérite un débat séparé et à part entière.

En ce domaine, il est utile de méditer les propos d'un ancien président français, Jacques Chirac, lequel indiquait dans une interview télévisée après son départ du pouvoir qu'une « grande partie  de l'argent qui est dans notre porte-monnaie vient de l'exploitation pendant des siècles de l'Afrique (...) il faut avoir un peu de bon sens, de justice pour rendre aux africains ce qu'on leur a pris, d'autant plus que c'est nécessaire si l'on veut éviter les pires convulsions ». Reste donc à ouvrir sans attendre et dans la sérénité cette conversation cruciale pour l'avenir du continent et de ses partenaires.

Abdelmalek Alaoui

20:15 Publié dans Economie, Politique | Lien permanent | Commentaires (0) | |  Facebook | | | Pin it! |

Agriculture : la BAD dresse un constat alarmant dans sa revue annuelle

(Crédits : Pixabay)
Environ 70% des Africains dépendent du secteur agricole pour leur emploi et leur subsistance. Cependant, les rendements agricoles, qui sont encore inférieurs à ceux des autres régions en développement, ont stagné pendant de nombreuses années, maintenant des millions d’agriculteurs africains dans une situation de précarité. C’est en substance le contenu de la revue de la Banque Africaine de Développement (BAD), édition 2016 sur l’efficacité du développement dans le domaine de l’agriculture. L’Afrique doit donc faire mieux mais comment ? Eléments de réponse.

L'Afrique est en perte de vitesse et de repères dans le domaine de l'agriculture. Le berceau de l'humanité produit peu mais consomme beaucoup. Au cours des dernières décennies, les échanges commerciaux de produits agricoles de l'Afrique n'ont représenté que 5% du total mondial, bien en deçà de son potentiel.

Une question se pose cependant : pourquoi ?  N'allez pas chercher très loin la réponse. Les agriculteurs africains disposent de peu de moyens pour s'adapter et devenir plus résilients face aux difficultés climatiques. L'efficacité d'une industrie agroalimentaire est l'autre défi majeur du continent.

Que faire maintenant ?

La revue de la BAD met l'accent sur deux axes majeurs. « La promotion de la prospérité du secteur agricole, ce qui implique l'insertion des agriculteurs et l'industrie agroalimentaire dans des chaînes de valeur efficaces en vue d'accroître la productivité ».

« Mettre en évidence l'importance de la promotion d'une agriculture durable dans le contexte de la réponse de l'Afrique au changement climatique et de la transition du continent vers une croissance verte ».

Une politique qui doit prendre également en compte l'insertion des petits exploitants agricoles dans des chaînes de valeur plus larges pour leur faciliter l'accès aux échanges au niveau local, régional et mondial.

Objectifs ambitieux mais...

Pourtant, ce ne sont pas les politiques qui manquent pour booster la production agricole africaine. En 2003, les chefs d'États et de gouvernements de l'Union Africaine ont adopté un programme détaillé pour le développement de l'agriculture en Afrique (PDDAA), par lequel ils s'engageaient sur une série d'initiatives et de priorités de dépenses visant à atteindre une croissance annuelle de 6% dans l'agriculture. Les dirigeants avaient convenu de consacrer 10% des budgets nationaux à l'agriculture à l'horizon 2008. Cependant, cet objectif s'est révélé trop ambitieux.

Dans la pratique, cette part de budget a fortement reculé au cours de la période, de 4,5% en 2001 à seulement 2,5% en 2012, dans un contexte de ressources rares. Seuls quelques pays ont réussi à atteindre cet objectif, notamment le Burkina Faso, la Guinée, le Malawi, le Mali, le Niger et le Sénégal.

En 2014, les pays africains ont consacré 12 milliards de $ à l'agriculture dans un environnement budgétaire restreint, ce qui est inférieur à l'objectif de 40 milliards de $ pour cette année. Cela démontre que le secteur privé doit compléter le financement public dans l'agriculture.

La Tribune Afrique

19:44 Publié dans Economie, Politique | Lien permanent | Commentaires (0) | |  Facebook | | | Pin it! |

Afrique : quels programmes américains d’aide au développement Donald Trump pourrait-il supprimer ?

Commerce (Agoa), santé (Pepfar), énergie (Power Africa Fund)… Les trois anciens présidents américains Bill Clinton, George W. Bush et Barack Obama ont tous lancé leur programme de développement à destination des pays les moins avancés. Mais le tout nouveau locataire de la Maison-Blanche, Donald Trump, menace, lui, de couper dans les budgets.

Tour d’horizon des trois grands plans dont la remise en question pourrait affecter le continent.

Michael Pauron, Jeune Afrique

19:00 Publié dans Monde, Politique | Lien permanent | Commentaires (0) | |  Facebook | | | Pin it! |

Côte d’Ivoire : 108 millions d’euros de la BAD dans le riz, le maïs et le manioc

La Banque africaine de développement (BAD) va financer deux projets agricoles en Côte d'Ivoire à hauteur de 108 millions d'euros. Ils doivent permettre de garantir la sécurité alimentaire dans le pays qui importe une bonne partie de ses produits de base, a annoncé ce mercredi le ministère de l'Agriculture.

Ce projet doit apporter une « contribution importante à la lutte contre la pauvreté, à travers la modernisation et le développement du secteur agricole », a salué le Premier ministre ivoirien Amadou Gon Coulibaly.

Ces investissements de la BAD sont destinés au financement d’un pôle agro-industriel dans la région de Yamoussoukro (centre) qui devrait permettre de produire du riz, du maïs, du manioc et créer près de 20 000 emplois permanents dans le secteur agricole, selon un communiqué du ministère relayé par l’AFP.

Le projet agricole censé démarrer en mars prochain doit également apporter une production additionnelle de 465 000 tonnes par an de vivriers et générer des ressources pour sortir plus de 107 000 personnes du seuil de pauvreté. La production de riz brut (paddy) s’est établie à 2,15 millions de tonnes en Côte d’Ivoire en 2015. Elle était de 600 000 à 700 000 tonnes pour le maïs et de 2,4 millions de tonnes pour le manioc en 2013.

Le second volet du projet d’appui aux infrastructures agricoles dans la région du Djuablin (est), doit permettre de développer les transports et la transformation des produits agricoles de cette région, affirme encore le ministère.

Cherté de la vie

En 2008, des émeutes de la faim avaient secoué le pays, en raison d’une flambée des prix des biens de consommation, dont le riz, le lait, la viande et le poisson, alors importés à plus de 50%. Nombre d’Ivoiriens dénoncent encore la cherté de la vie dans un pays connaissant une très forte croissance économique, de l’ordre de 9% l’an depuis 2012.

La population à nourrir croît fortement, avec en moyenne 5,4 enfants par famille, selon les résultats du dernier recensement publiés en 2016. La Côte d’Ivoire compte désormais 23 millions d’habitants.

AFP

18:36 Publié dans Economie, Politique | Lien permanent | Commentaires (0) | |  Facebook | | | Pin it! |