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08 janvier 2017

Cotonou, Abidjan, Bamako… Après l’urbanisation incontrôlée, place au déguerpissement

Quartier commercial de Ganhi Cotonou.jpgLes autorités béninoises ont lancé une grande opération de déguerpissement des huit principales villes du pays. En Afrique, le Bénin n'est pas le seul pays à appliquer ces politiques. Tour d'horizon, de Bamako à Kigali.

À Cotonou, la volonté des autorités de libérer les espaces publics occupés illégalement est annoncée depuis le mois d’octobre. Ces dernières semaines, de grands panneaux d’affichage appelaient les populations à prendre acte de cette décision d’ici au 31 décembre 2016. L’opération a pris du retard et a débuté mercredi 4 janvier, dans le calme, après des semaines de polémique.

Des centaines de bâtiments marqués d’une croix rouge, des restaurants et des petits commerces doivent encore être démolis.

« Ces occupations ont une histoire »

La plupart des observateurs ont critiqué la brutalité et le manque de concertation des autorités. Surtout, beaucoup d’interrogent sur le sort réservé à ces populations alors que la situation économique du pays est difficile. « C’est trop brutal, se plaint un commerçant du quartier Fidjrosse à Cotonou. Ces occupations ont une histoire. Le commerce itinérant a toujours existé. Il a commencé à se sédentariser dans les villes en occupant l’espace public, occupation légalisée de manière informelle puisque la ville s’est mise à prélever un impôt. »

Le gouvernement a justifié sa décision par la nécessité d’assainir les grandes villes du pays, notamment pour poser les bases d’une refonte du réseau routier, une des promesses du gouvernement de Patrice Talon.

En Afrique, l’explosion urbaine a entraîné la saturation des quartiers centraux et péricentraux, occupés en majorité par des habitations précaires, même si le phénomène est nettement moins développé au Maghreb, où les lois foncières et d’aménagement public sont aujourd’hui plus réglementées. Le Bénin n’est donc pas le seul pays du continent à mettre en place ces politiques d’aménagement ou de restructuration urbaine.

Au Niger, le gouverneur de Niamey a ordonné une opération de ce type en septembre, provoquant la colère des commerçants. Il a déclaré vouloir faire de la capitale « une ville coquette » en la débarrassant de tout ce commerce encombrant sur les parkings et trottoirs.

« Le cadre juridique est rarement en faveur des populations »

En juin, les autorités maliennes ont lancé une série d’opérations, à Bamako notamment, en vue du sommet Afrique-France de mi-janvier. Et à Abidjan les « déguerpissements » font partie du quotidien depuis quelques années déjà. Plusieurs quartiers de Port-Bouët ont été notamment détruits pour l’autoroute de Bassam et l’embellissement du littoral.

D’autres exemples existent au Cameroun, au Gabon, au Kenya ou au Rwanda. « À chaque fois, le problème de l’accompagnement de ces mesures revient. Car le cadre juridique est rarement en faveur des populations qui se retrouvent sans rien du jour au lendemain », conclut Vandi Vache, chercheur à l’Université de Strasbourg et spécialiste des questions foncières en Afrique Centrale.

Voici une carte non exhaustive des pays dans lesquels de telles politiques ont été mises en place ces cinq dernières années.

Vincent Duhem, Jeune Afrique

05:15 Publié dans Intégration Africaine | Lien permanent | Commentaires (0) | |  Facebook | | | Pin it! |

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