topblog Ivoire blogs

03 janvier 2017

«Bien mal acquis» : le train de vie fastueux du fils du Président guinéen

Theodorin Obiang.jpgLe tribunal correctionnel de Paris dira demain s'il reporte ou non le procès de Teodorin Obiang, le fils du Président de Guinée équatoriale, accusé de s'être frauduleusement bâti en France, en détournant des fonds publics, un patrimoine considérable. C'est sur cette question qu'ont porté hier les débats de ce premier procès des «biens mal acquis».

Hier, premier jour d'audience, les débats ont donc été principalement consacrés à la demande des avocats du fils du Président de Guinée équatoriale, qui veulent un délai pour préparer la défense de leur client.

 

Demande à laquelle le parquet national financier comme l'avocat de l'association Transparency International, William Bourdon, qui avait porté plainte en 2007, se sont vigoureusement opposés, dénonçant des manœuvres «dilatoires».

La présidente du tribunal a, quant à elle, insisté sur l'impact d'une décision rendue le 7 décembre dernier par la Cour internationale de justice. Si elle n'a pas suspendu la procédure contre Teodorin Obiang, comme le demandait la Guinée équatoriale, elle a prié d'assurer l'inviolabilité de l'immeuble luxueux du fils du vice-président équato-guinéen, présenté comme des locaux diplomatiques.

Cette décision interdirait l'exécution d'une éventuelle mesure de confiscation, encourue par le prévenu.

Ancien ministre de l'Agriculture et des forêts, promu fin juin par son père Teodoro Obiang Nguema vice-président de ce petit pays pétrolier d'Afrique centrale, Teodorin Obiang est poursuivi devant le tribunal correctionnel de Paris pour blanchiment d'abus de biens sociaux, de détournement de fonds publics, d'abus de confiance et de corruption.

De l'argent du Trésor public

L'enquête, ouverte après des plaintes des associations Sherpa et Transparency International, a mis au jour le patrimoine considérable de Teodorin Obiang, 47 ans : outre le fameux immeuble de l'avenue Foch, situé dans l'un des quartiers les plus huppés de Paris et estimé à 107 millions d'euros, y figurent des voitures de luxe et de sport (Porsche, Ferrari, Bentley, Bugatti).

Ses dépenses somptuaires en France étaient très éloignées du quotidien de son pays du golfe de Guinée, dont plus de la moitié des habitants vivent sous le seuil de pauvreté.

Quand il est à Paris, Teodorin Obiang, éternel célibataire au look savamment étudié (lunettes noires, cheveux gominés, barbe taillée), dépense des mallettes entières de liquide chez les couturiers de l'avenue Montaigne. Dans ses appartements de l'avenue Foch, les robinets sont recouverts de feuilles d'or, le maître des lieux dispose d'un hammam, d'une salle de sport, d'une discothèque, d'un salon de coiffure, d'une salle de cinéma.

Au terme de l'instruction, les juges ont estimé qu'il s'est bâti son patrimoine en France en y investissant le produit «des détournements de fonds publics», de la corruption.

Le fils du président équato-guinéen «a toujours dit qu'il a gagné légalement son argent dans son pays», assure Me Marsigny, l'un de ses défenseurs.

Entre 2004 et 2011, près de 110 millions d'euros provenant du Trésor public de Guinée équatoriale sont venus créditer le compte personnel de Teodorin Obiang, selon les juges d'instruction.

Les enquêteurs estiment qu'il avait imposé une «taxe révolutionnaire» sur le bois, dont le paiement, au nom de la Somagui Forestal, devait lui être directement remis. Cette entreprise est chargée de l'exploitation du bois précieux qui représente avec le pétrole l'une des principales richesses du pays.


Il a multiplié les recours

Teodorin Obiang a multiplié les voies de recours. Mis en examen en 2014, il a essayé en vain de faire annuler les poursuites à son encontre, invoquant son statut à l'époque de deuxième vice-président de Guinée équatoriale, qui octroyait à ses yeux une immunité.

Mais la Cour de cassation avait estimé que les faits reprochés avaient été commis à «des fins personnelles», relevant de sa vie privée et donc détachables des fonctions étatiques protégées par la coutume internationale. L'affaire des «biens mal acquis» dépasse en tout cas le cas Obiang. La justice française enquête également sur les patrimoines bâtis en France par les familles de plusieurs autres dirigeants africains, celle de Denis Sassou Nguesso (Congo), du défunt Omar Bongo (Gabon).

11:37 Publié dans Politique, Société | Lien permanent | Commentaires (0) | |  Facebook | | | Pin it! |

Écrire un commentaire