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27 juin 2016

En cinq ans, François Hollande aura-t-il réorienté l’Europe ?

François Hollande à son arrivée devant le Parlement européen à Strasbourg, mardi 5 février. BERTRAND LANGLOIS/AFP

François Hollande à son arrivée devant le Parlement européen à Strasbourg, mardi 5 février 2013. (BERTRAND LANGLOIS/AFP)

« L’Europe ne peut plus faire comme avant », estime François Hollande, à la suite du vote des Britanniques en faveur de la sortie de l’Union Européenne. Le président français se verrait bien en leader de la réorientation de l’Union Européenne. Et ce n’est pas nouveau.

Déjà, pendant la campagne de 2012, il s’était fixé l’objectif de changer l’Europe. Une Europe critiquée à gauche pour être trop libérale, trop focalisée sur la réduction des déficits et pas assez sur la relance de l’économie. Son objectif paraissait ambitieux, alors que la chancelière allemande, Angela Merkel, a toujours fait de la discipline budgétaire des états un préalable à d’autres formes de politiques économiques communes.

Quelles ont été l’influence en Europe et la marge de manœuvre du président depuis son élection ? Comment aurait évolué l’Europe s’il n’était pas là ? Autant de questions auquel il est très difficile de répondre. En attendant, le point sur les propositions formulées pendant et après la campagne.

Objectif croissance

C’est le premier épisode de l’histoire du quinquennat : au lendemain de son élection, le nouveau président se rend à Berlin pour y rencontrer la chancelière. Avec dans ses valises une ambition brandie pendant la campagne : renégocier le traité budgétaire signé en mars 2012 par Merkel et Sarkozy, qui instaure une  » règle d’or  » budgétaire Promesse partiellement tenue de François Hollande. Finalement, le traité en lui-même est ratifié tel quel par le Parlement français, mais le président avait obtient qu’y soit adjoint un pacte sur la croissance de 120 milliards d’euros Promesse tenue de François Hollande.

Problème : seuls 10 milliards d’euros d’argent « frais » seront en réalité mobilisés par les Etats européens, le reste du plan consistant à réorienter des fonds existants et à attirer des investissements privés. Des sommes hypothétiques, pour être clair.

En outre, François Hollande n’a pas non plus réussi à obtenir que le budget européen 2014-2020 (en baisse) soit mis  » au service des grands projets d’avenir «  Nouvelle annonce de mandat.

Pour que les Etats soient moins prisonniers de leur dette, François Hollande proposait aussi de mettre en place des euro-obligations Nouvelle annonce de mandat : des titres de dette européens, garantis par tous les pays de la zone euro, permettant aux états les plus  » fragiles  » de bénéficier de la crédibilité des autres. Juste après son élection, il présente ces eurobonds comme le « point de départ«  de la relance. Mais Angela Merkel annonce la couleur dès juin 2012. Les euro-obligations ?  » Pas de mon vivant « , tranche la chancelière, qui craint qu’un tel dispositif nuise à la discipline budgétaire des états.

En revanche, les soutiens de François Hollande revendiquent son influence dans l’inflexion de la politique monétaire de la Banque Centrale Européenne (BCE) Promesse tenue de François Hollande. En janvier 2015, l’institution présidée par Mario Drahi a en effet annoncé un programme inédit de « quantitative easing « , visant à racheter des titres de dettes des états pour injecter de la monnaie dans l’économie, faire baisser la valeur de l’euro et favoriser la croissance. Une politique souhaitée par François Hollande même si, officiellement, la BCE est indépendante du politique.

François Hollande a aussi incontestablement œuvré, avec le premier ministre polonais Donald Tusk, pour la mise en place d’une « Europe de l’énergie  » Promesse tenue de François Hollande. Une idée qui s’est concrétisée avec un accord de principe des Vingt-Huit lors du sommet européen du 19 mars 2015, grâce à une alliance entre les deux dirigeants.

Une Europe de gauche ?

Les initiatives françaises sont pour l’instant moins fructueuses sur la taxe sur les transactions financières européenne Promesse en cours de réalisation de François Hollande. Depuis que la France et 10 autres pays ont lancé les discussions début 2013 dans un cadre de « coopération renforcée », aucun compromis n’a été trouvé. Le 16 juin, les 10 pays restants ont encore repoussé la perspective d’un accord à l’automne 2016, alors que les ONG s’inquiètent d’un accord a minima qui taxerait une partie infime des transactions financières.

Lire : La taxe sur les transactions financières, cet impôt que l’Europe n’ose pas enterrer.

 » Je proposerai aussi, si l’on veut éviter d’être jugés par des agences de notation dont nous contestons la légitimité, de mettre en place au niveau européen une agence publique de notation « , disait aussi François Hollande au Bourget en 2012 Promesse en doute de François Hollande, quelques jours après la dégradation de la note française par Standard & Poor’s. En 2013, le Parlement européen va dans son sens, en adoptant une feuille de route pour la création d’une telle agence. Mais un rapport de la Commission européenne, en 2015, semble enterrer le projet :  » Une évaluation européenne de la qualité de crédit pour les dettes souveraines ne semble ni proportionnée ni appropriée à ce stade. « 

Pour qu’Union européenne ne rime pas avec ultra-libéralisme, François Hollande voulait également demander une directive européenne sur la protection des services publics Promesse pas encore tenue de François Hollande. A l’heure actuelle, on est sans nouvelles de la promesse. Pas d’avancées non plus sur la taxe carbone européenne Promesse pas encore tenue de François Hollande, défendue par François Hollande dans son programme, à laquelle le président semble vouloir subtituer une réflexion sur le prix plancher du carbone.

La refonte de l’union politique

A ses idées de campagne, François Hollande a voulu adjoindre en mai 2013 un nouveau projet plus ambitieux encore : conclure un compromis solide avec la chancelière Angela Merkel pour « redonner un contenu à l’union politique européenne » Promesse partiellement tenue de François Hollande, malmenée par la crise lancinante de la zone euro.  Une échéance est même fixée : avant les élections législatives allemandes de septembre 2013. Il était notamment question de lancer un « new deal » pour l’emploi des jeunes, de relancer l’Europe de l’énergie et d’approfondir la zone euro (avec un budget commun et un « gouvernement » chargé d’harmoniser la fiscalité et les politiques sociales).

Le « new deal » prend la forme d’une enveloppe de 8 milliards d’euros destinée à financer des mesures pour l’emploi et la garantie jeunes Promesse tenue de François Hollande, équivalent du RSA pour les moins de 25 ans en grande précarité. L’Union européenne de l’énergie Promesse tenue de François Hollande est quant à elle officiellement mise sur les rails en mars 2015.

François Hollande butte en revanche sur les réformes de la zone euro. Il présente officiellement ses propositions au Conseil européen, en juin 2014, sans susciter de grandes réactions. Y figurent l’idée d’un salaire minimum dans chaque pays, un rapprochement des politiques fiscales et la création d’un poste de président de l’Eurogroupe à plein temps…

Le processus semble se débloquer quand, en mai 2015, Angela Merkel signe avec le président français une contribution commune qui reprend une grande partie de ses propositions, avant que le « rapport des cinq présidents » de l’UE (Conseil européen, Parlement européen, Commission européenne, Eurogroupe et BCE) ne les appuie un mois plus tard. Le 14 juillet 2015, François Hollande va un cran plus loin en prônant la mise en place d’une nouvelle institution : un parlement spécifique à la zone euro.

Les réticences allemandes et la perspective du « Brexit » semblent alors lors toutes les discussions. On ne saurait réfléchir à l’approfondissement de l’Europe avant que l’un de ses pilliers ne décide de son maintien ou de son départ.

Le « leave » l’ayant emporté au Royaume-Uni, François Hollande semble vouloir profiter de l’occasion pour relancer ces pistes. Si son ministre des affaires étrangères Jean-Marc Ayrault travaille ces jours-ci main dans la main avec son homologue social-démocrate allemand Frank-Walter Steinmeier pour lancer un appel pour une « Europe politique » et concrétiser enfin ces orientations, ils pourraient se heurter une nouvelle fois aux réticences de la chancelière Merkel, moins enthousiaste à l’idée de franchir une nouvelle étape dans l’intégration européenne sans convergence économique préalable. Or, le temps est désormais compté pour François Hollande, s’il veut faire franchir ce pas à l’Europe avant la fin de son mandat.

Bastien Augey

23:04 Publié dans Monde, Politique | Tags : françois hollande, perspectives europe, en cinq ans | Lien permanent | Commentaires (0) | |  Facebook | | | Pin it! |

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