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19 juin 2016

Semer les graines d’une meilleure récolte en Afrique de l’Ouest

 

LES POINTS MARQUANTS
  • Le Programme de productivité agricole en Afrique de l’Ouest (WAAPP) collabore avec la Côte d’Ivoire et d’autres pays de la sous-région pour revitaliser ou renforcer des systèmes de production de semences réduits à néant par le manque d’infrastructures et d’investissements.
  • Les semences de ferme sont de meilleure qualité que les variétés traditionnelles : elles résistent mieux aux ennemis des cultures et entraînent une augmentation de la production pouvant aller jusqu’à 50 %.
  • En Côte d’Ivoire, près de 50 000 agriculteurs ont pu accroître de 30 % à 150 % une production qui s’étend sur 100 000 hectares.

Dimbokro, Côte d’Ivoire —Malgré la chaleur écrasante de la mi-journée, la cadence ne ralentit pas sur l’exploitation de Bilohf, en Côte d’Ivoire. Située dans la ville de Dimbokro au centre du pays, on y produit des graines de riz de qualité supérieure. À l’œuvre depuis l’aube, des ouvriers mettent en sac plusieurs tonnes de semences qui seront ensuite chargées sur des camions et vendues à des cultivateurs dans tout le pays.

On prête généralement trop peu d’attention aux semences, alors qu’il s’agit d’un intrant décisif pour une récolte.

D’après le directeur de Bilohf, Faustin Lohouri, « les semences de ferme sont de meilleure qualité que les variétés traditionnelles : elles résistent mieux aux ennemis des cultures et entraînent une augmentation de la production pouvant aller jusqu’à 50 %. À l’inverse, les semences habituelles qui sont cultivées localement sont davantage vulnérables aux nuisibles et aux champignons, ce qui peut détruire une récolte ».

Ainsi, des graines de qualité médiocre peuvent être à l’origine d’une mauvaise récolte et avoir par conséquent des effets néfastes aussi bien sur les revenus des agriculteurs que sur l’approvisionnement des marchés en denrées alimentaires de base.

Si la qualité des graines est donc essentielle, encore faut-il que ces semences performantes soient disponibles.

Elles ne l’ont pas été pendant longtemps en Côte d’Ivoire, où l’instabilité politique et l’absence d’infrastructures et d’investissements ont anéanti le système de production et de distribution des graines. Au fil des années, les banques de semences se sont épuisées. Dans un contexte marqué par l’effondrement du système semencier national, les scientifiques peinaient à trouver les moyens nécessaires pour mettre au point des variétés améliorées de semences et diversifier la production. Cette absence de ressources a également empêché les agriculteurs multiplicateurs de planter le stock disponible et de produire davantage de semences pour des cultivateurs plus nombreux.

Ces derniers n’ont pas eu d’autre choix que de recourir à des graines de qualité moindre, d’où une production plus faible. De ce fait, le volume de denrées alimentaires cultivées et livrées sur les marchés, en particulier de denrées de base, s’est avéré insuffisant alors même que la demande était en pleine expansion. Le riz, qui constitue un élément essentiel de l’alimentation en Côte d’Ivoire — en moyenne, chaque Ivoirien en consomme 70 kg par an — n’a pas été épargné : la Côte d’Ivoire importe chaque année pour près de 500 millions de dollars de riz.

Pour nourrir tout le monde, tout le temps, et dans tous les pays, il faut des graines de qualité.

C’est pour cette raison que, dans le cadre de son Programme de productivité agricole en Afrique de l’Ouest (WAAPP), la Banque mondiale collabore avec la Côte d’Ivoire comme avec d’autres pays de la sous-région pour revitaliser ou renforcer les systèmes de production de semences. « L’expérience de la Côte d’Ivoire montre qu’il est primordial d’impliquer les diverses parties prenantes afin de cultiver et de fournir des graines de qualité grâce auxquelles on peut accroître la productivité agricole et la disponibilité de produits alimentaires », explique Pierre Laporte, directeur des opérations de la Banque mondiale pour la Côte d’Ivoire. « Ces dernières années, l’Association internationale de développement a soutenu plusieurs réformes qui ont permis d’accroître la compétitivité du secteur agricole et, pour les petits exploitants, d’améliorer significativement leurs revenus, la sécurité alimentaire et le bien-être. »

 

« L’expérience de la Côte d’Ivoire montre qu’il est primordial d’impliquer les diverses parties prenantes afin de cultiver et de fournir des graines de qualité grâce auxquelles on peut accroître la productivité agricole et la disponibilité de produits alimentaires. »

Pierre Laporte

Directeur des opérations de la Banque mondiale pour la Côte d’Ivoire

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Dans toute l’Afrique de l’Ouest, le WAAPP apporte son soutien aux efforts déployés par les pays pour élaborer et mettre en œuvre des stratégies en faveur des systèmes semenciers, pour optimiser les règlements régionaux et pour renforcer les systèmes de certification des graines. Un projet de cette ampleur repose sur la collaboration : le WAAPP travaille notamment avec des scientifiques, des agriculteurs et des entreprises privées afin de faire en sorte que davantage de personnes aient accès à des semences améliorées de riz, de bananier plantain et d’autres cultures de base.

En Côte d’Ivoire, les programmes d’amélioration des semences mis en place par l’Office national de développement de la riziculture (ONDR) ont des effets tangibles. L’ONDR soutient six centres de multiplication de semences. Il travaille avec les agriculteurs et les producteurs de graines afin de collecter les semences, de les nettoyer, puis de les placer dans des installations de stockage financées par le WAAPP et qui préservent les qualités des graines pendant de longues périodes. Enfin, l’ONDR renforce les réseaux de distribution grâce à des coopératives agricoles.

En panne depuis la fermeture, en 1994, de l’Office national pour les semences et les plantes, le système semencier ivoirien a pu renaître grâce au WAAPP. Il est désormais presque entièrement opérationnel. La production totale de graines de riz certifiées et de qualité cultivées à l’aide des fonds du WAAPP a atteint 6 600 tonnes entre 2012 et 2015. Près de 50 000 agriculteurs en bénéficient et ont pu accroître de 30 % à 150 % une production qui s’étend sur 100 000 hectares.

Tout le mérite de ce bond de productivité revient à des semenciers tels que Faustin Lohouri : Bilohf, l’entreprise qu’il dirige, produit actuellement quatre variétés de semences de riz pluvial sur 100 hectares. Cet entrepreneur ivoirien a de grandes idées pour l’avenir et espère pouvoir produire assez de graines de riz pour couvrir la moitié des besoins de son pays. Il encourage les habitants des autres pays d’Afrique de l’Ouest à trouver leurs propres moyens de développer les systèmes semenciers. « Avant, je travaillais dans de grandes entreprises agricoles, je portais des costumes et je voyageais en classe Affaires. Aujourd’hui, j’affronte des serpents dans les champs », confie-t-il. « Mais je suis plus fier de moi et plus heureux comme cela. Ce que je fais désormais a plus d’importance pour les autres. C’est ce qui compte vraiment. »

16:15 Publié dans Economie | Tags : graines, semences, qualité, afrique de l'ouest | Lien permanent | Commentaires (0) | |  Facebook | | | Pin it! |

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