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12 mai 2014

Rasta/ Histoire de la communauté rasta en Côte d'Ivoire

JUILL rasta.jpegQui sont les rastas ? Comment une poignée de Jamaïcains illettrés, à peine sortis de l'esclavage, a-t-elle eu, dans les années 1920, la révélation de la divinité d'Hailé Sélassié, et fondé le mouvement mystique le plus populaire du XXe siècle ? Pour répondre à ces interrogations, nous avons fait, récemment, une incursion au Village Rasta de Vridi.

Bien avant, nous nous sommes inspirés du célèbre livre ‘’Le premier Rasta’’ de Helen Lee, édité par Flammarion, en 1999. Cet ouvrage relate l'étonnante histoire de Leonard Percival Howell et, autour de lui, des premiers rastas. Il s'agit d'abord d'un voyage sur les traces de Howell, à travers la Caraïbe, sur les chantiers de Panama et dans le New York de Marcus Garvey et de la Harlem Renaissance. De retour en Jamaïque, les débuts du mouvement sont marqués par les persécutions policières. Incarcéré, bafoué, enfermé comme fou, Leonard Howell, alias le Gong, ressort inébranlé de ces épreuves. Son charisme illumine le Pinnacle, la première communauté rasta, qui compte jusqu'à quatre mille cinq cents membres et devient la première entreprise industrielle de production de marijuana. Mais, dès la fin des années 1950, la communauté est contrainte de s'éparpiller, disséminant l'enseignement rasta dans tous les ghettos de l'île. Un jeune chanteur du nom de Bob Marley adopte le surnom du leader, « Tuff Gong », et son message. Le reggae est prêt à exploser. Au-delà des clichés rastas, joint, reggae et locks, Hélène Lee donne une vision inédite d'un mouvement aux racines complexes. L'itinéraire exceptionnel d'un homme grâce auquel un peuple d'esclaves a réappris la fierté et imposé sa culture au monde.

Une philosophie à inspiration biblique
Marqué par de nombreux courants et laissant une grande liberté d’interprétation individuelle, le mouvement rasta n’obéit pas aux mêmes rites partout. « Il existe toutefois un socle commun donnant une très grande importance à la Bible (avec une préférence pour les passages concernant Babylone) », rappelait, il y a quelques jours, à l’occasion d’une conférence de presse Ras Niemjah, un membre fondateur du Village rasta. L’histoire de la ville qui mit la communauté juive en esclavage, puis qui fut détruite par Dieu en raison de son orgueil démesuré, est pour les Rastafari une formidable métaphore de l’esclavage des noirs et des vices de la société capitaliste. « Une autre référence fondamentale de la culture Rasta est le vœu de Nazarite (Livre des Nombres), qui impose de ne pas consommer de viande, de produit de la vigne, ne pas se retrouver en présence d’un mort et ne pas se couper ni se coiffer les cheveux (ce qui entraîne l'apparition de dreadlocks : boucles de crainte du Seigneur) », nous a confié Ras Goody Brown. Ces dreads que les Rastas roulent dans un tam (bonnet) sont aussi une référence à la crinière du lion, symbole de l’empereur Sélassié. L’usage de la Ganja (chanvre) est également un autre rite incontournable de la culture rastafari : "l’herbe de la sagesse" qui aurait poussé sur la tombe du roi Salomon, permet d’atteindre l’état de contemplation nécessaire à la prière. Toujours par inspiration biblique, de nombreux rastas suivent également un régime alimentaire spécial basé de I-tal (prononcé Aï-tal), composé de riz, de fruits, de racines, de graines et de légumes.

Emergence d'une confrérie en Côte d’Ivoire
La communauté rasta de Côte d’Ivoire existe depuis 1996 dans la commune de Port-Bouët, sous l’attestation d’occupation provisoire du domaine publique N°241cpb/dom et occupe une parcelle d’une superficie de 600m2 à usage de village artistique dans le secteur N°2 quartier Vridi Sir, Akwaba Plage. « C’est une communauté d’artistes et d’artisans rastas organisés autour d’un bureau représenté par un secrétaire général. Elle constitue une richesse inestimable sur le plan artistique, culturelle, touristique et artistiques », a révélé Ras Niemjah. Des talents émérites, cette communauté qui a vu son village situé à Vridi, détruit le 11 juillet 2012, en compte en nombre important. « Outre les formations artistiques que nous proposons en peinture, sculpture, danse, musique, bijouterie, calligraphie, sérigraphie, maçonnerie, menuiserie, nous dispensons l'enseignement Rastafari, c'est-à-dire la spiritualité des Africains, l'histoire de l'Afrique et celle du monde en privilégiant l'alphabétisation et la connaissance des livres saints », a tenu à rappeler ce membre fondateur du Village Rasta de Vridi. Une intelligence de cette communauté qui fait la fierté de la Côte d'Ivoire en Europe et surtout en France. Producteur de l'ex membre de la formation Négro Muffin, Ras Goody Brown, Ras Niemjah est un artiste chevronné et un compositeur hors pair. A preuve, l'album ''Lumière'' de son poulain porte en grande partie sa signature. Avec son orchestre les I-Trinity, il est très sollicité sur les bords de la Seine et partout en Europe à l'occasion de nombreux festivals et autres spectacles. « Même là-bas, nous pensons au village. C'est pourquoi, nous revenons toujours auprès de nos frères sur la terre mère », a-t-il laissé entendre, convaincu que c'est la richesse artistique, culturelle, touristique et spirituelle de la communauté rasta de Côte d'Ivoire qui lui vaut d'être sollicitée par les Ong comme le Rotaract et de grands noms du reggae mondial tels que Ijhaman, Sael, Lyricson, Alpha Blondy, Tiken Jah, Pablo U Wa et même le célèbre journaliste de radio France Inter, Malick Boulibay. Un avant-gardiste de cette religion en Côte d’Ivoire, Ras Kush, a crevé l’abcès en faisant cette fracassante déclaration : « Je suis Rasta. Oui, je vous dis que ma religion est le rastafarisme ». Cet artiste musicien, diplômé en informatique, débarqué ''fraîchement'' des Etats-Unis, a fait cette déclaration à cette époque, en réponse à une question d’un journaliste. Des propos dénués de toute hypocrisie qui ont fait de nombreux émules parmi les jeunes artistes de cette période dont Naftaly, Kajeem, Ras Goody Brown, Kalujah, Ras Julian… , donnant naissance à cette forte communauté.

DIARRA Tiémoko

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