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10 mai 2012

Le deuil fécond de Bernard ZADI ZAOUROU, que d'émotions!

 

                                          Exposé de conférence.

 

 

 

Dr Toh Bi Tié Emmanuel.jpgJe ne suis pas la voix qui détiendrait le monopole de l’intimité de Bernard ZADI Zaourou. D’autres personnes, et c’est avéré, peuvent se targuer d’avoir investi sa quotidienneté. Je les envie. Je n’ai pas non plus la prétention de connaître les moments forts et épiques de la vie universitaire de Bernard ZADI. Je dois, peut-être, avoir la probité intellectuelle de reconnaître que l’historicité mouvementée et polymorphique de l’homme peut m’échapper et, même, m’échappe en bien de ses points. Les différences d’âge et d’envergure créant un certain fossé entre l’illustre personnage et moi. Je suis un lien ou une composante certainement négligeable dans le sérail et l’architecture des connaissances de Bernard ZADI. A tout le moins, j’ai le droit de pleurer. Comme tout Ivoirien qui dit avoir quelque affectivité avec Bernard ZADI a le droit de pleurer. Et l’occasion actuelle en fait office. Pleurer en guise d’une cure urgente pour sauver mon psychisme lourdement peiné. C’est une question de survie.

 

De toute évidence, les jets de pleur qu’un sujet éperdu, psychologiquement sonné peut émettre à l’occurrence d’un décès, sont stimulés par le souvenir de la première rencontre avec le défunt. Pour la première fois, j’ai rencontré Bernard ZADI dans des conditions insolites. Non autour d’un café, non à un cours, non à la faveur d’une approche personnelle, non à la faveur d’une présentation. Je dis que je l’ai rencontré pour la première fois dans des conditions insolites, c’est-à-dire, dans un univers symbolique ayant mis en jeu la découverte entre deux individus, l’un, physique-humain (ma personne) et l’autre, une idole d’écriture à moi révélée, surgissant, de façon tonitruante, dans mes sens et me sollicitant pertinemment. C’était en maîtrise en 1997 et 98, à la seule lecture de la préface de Maïéto pour Zékia de Joachim BOHUI DALI, réalisée par le grand magister. J’étais subjugué par le charme de l’écriture qui, à la vérité, n’était plus une écriture, mais un culte, à l’image d’un dévot instrumentalisé à la déraison par son dieu. Je me réjouis de le lui avoir confessé plus tard à notre rapprochement, dans la dialectique Enseignant-enseigné, Maître-disciple. Je me suis donné souvent le luxe de lui citer quelques extraits de la préface, à son grand plaisir, tout naturellement. Je suis un disciple scientifique du maître. Et au compte des disciples scientifiques du maître, nous sommes une légion. Par disciples scientifiques, j’entends tous ceux dont ZADI a encadré les travaux de recherche. Moi aussi, ZADI a encadré mon projet de thèse et ma thèse. Et quand plus tard, ma personne d’écrivain-poète a pris une forme publique, il m’a dit : « TOH  BI, je savais que tu en arriverais là. Etant ton maître et ton père, j’en avais eu le discernement. Tu verras, maintenant que tu as commencé à enseigner, tu pourras deviner le destin de chacun de tes étudiants à partir d’une intuition issue de leurs aptitudes et entrains. »

 

Ces propos retentissent encore en moi comme le tempo d’une trompette dans les grandes cérémonies d’Etat. Et depuis, mon grand maître n’a eu de cesse de me témoigner son soutien et sa sympathie en honorant de sa présence toutes mes cérémonies littéraires.

 

J’ai appris le décès de ZADI, non dans la presse mais par coups de fil. C’était le Mardi 20 Mars dernier à 11h30mn. Pendant que j’étais à mon domicile à BOUAKE, en compagnie d’un collègue. Nous avons été appelés d’Abidjan, par d’autres collègues qui nous communiquèrent la triste nouvelle, et c’était l’émotion, au seuil du dérèglement mental. Aussitôt, j’ai appelé au domicile du défunt. Ma source confirme la nouvelle. Mais je ne croyais pas encore. Du moins, je m’en efforçais. Et quand dans l’après-midi, j’ai été appelé par un organe de presse pour recueillir ma réaction à chaud, j’ai compris que la nouvelle était classée, rangée, officielle, et que je devrais m’en tenir à l’évidence et m’en accommoder.

 

Que retenir de Bernard ZADI ZAOUROU ?

 

La personnalité d’un individu s’appréhende en trois points : Son physique, son être et son faire.

 

Physiquement, ZADI était beau comme Appolon de la mythologie grecque. Mais, je dois réaliser que la beauté même a plusieurs vocations. Il y a une beauté pour la femme de séduction, il y a une beauté pour l’homme ou la femme de spectacle, il y a une beauté pour un Don Juan, il y a une beauté de prestance pour l’homme politique. De la même façon, il y a une beauté pour l’homme du savoir ou pour l’érudition, tout simplement. ZADI a une beauté physique pour son érudition. C’est que son aspect, quand il vous captive, vous impose en même temps le savoir qu’il prêche. Tant et si bien que ZADI a une beauté notamment claironnante quand il est en acte de prédicateur. Tout se passe comme si, quand le magister prend la parole, le savoir qui s’en échappe lui polit un aspect physique qui vous soumet religieusement. Donc, ZADI est beau et sa beauté a l’entrain de ce qu’il dit. Le calembour prédestiné de son nom Bottey est divinement évocateur de la réalité vécue. On peut retenir de cette petite métaphysique que la beauté physique de ZADI, à laquelle s’adjoint une beauté de l’esprit, harmonieuse, lui confère une personnalité brillamment médiatique.

 

Pour son être, ZADI ZAOUROU est humain. Sa notoriété ne lui a jamais ôté son humilité. Ceux qui l’ont fréquenté le savent. Consubstantiellement, pour lui, le parangon de la réussite sociale n’est pas synonyme d’être bardé de liasses de billets de banque. Pour lui, réussir socialement, c’est servir l’homme, c’est l’aimer. Pour lui, réussir socialement et être renommé n’est pas synonyme de piétiner les autres et tenter de les enfoncer ou de les étouffer, de telle manière à les empêcher d’atteindre son statut. Pour lui, réussir socialement, c’est être toujours au travail et ne point se complaire dans une autosatisfaction en quelque point d’arrivée de quelque course. Cette dernière disposition offre le risque de produire un sujet distrait, arrogant et nuisible, totalement inattentif et s’imbibant de bévues d’inertie. Cet humanisme, ZADI l’a vécu dans son intellectualisme, c’est-à-dire, dans sa science, dans son art et dans sa politique. Il a dit, Jean-Paul Sartre, que l’existentialisme est un humanisme. Et je dis que l’intellectualisme est un humanisme. Il ressort de ce cogito que être intellectuel, c’est exister, au sens qualitatif s’entend. Permettez-moi de faire l’économie de sa production intellectuelle abondante de Césarienne aux Quatrains du dégoût en passant par Fer de lance, La tignasse, Les sofas, La guerre des femmes, Secreto Dei ( Le secret des dieux), A califourchon sur le dos d’un nuage, en plus de ses ouvrages scientifiques comme Césaire entre deux cultures, La parole poétique africaineJ’avoue que mon souffle n’est pas suffisant pour tout débiter  ici. Il en est arrivé à résumer sa vie artistique et scientifique au concept du Didiga. Le Didiga, comme il le dit, ce sont les puissances surnaturelles qui permettent à un chasseur d’affronter avec succès les énigmes hostiles de la brousse.  Il en a fait une récupération artistique et intellectuelle pour désigner la mystique du mot trans-civilisationnel. Pour lui, dans toutes langues du monde et, donc, dans toutes les cultures, le mot se stratifie en deux parties : une partie rationnelle et une autre, irrationnelle, qui, elle, est capable de poésie et de fécondation des intelligences. Finalement, le Didiga, c’est le mot poétique, c’est son mot poétique. Le mot poétique est mystère tout comme Didiga est mystère. Pour lui, donc, le mot poétique est un mot didigaesque . Il va jusqu’ à trouver des mots didigaesques dans les langues non officielles comme le nouchi ; son œuvre  Les quatrains du dégoût le démontre bien. En bon marxiste, il s’en sert pour vivre sa dialectique sociale.

 

 Pour son faire, ZADI est celui qui, en tant que professeur,  prêche dans un amphithéâtre archicomble, comportant même des auditeurs qui ne sont pas de la spécialité du cours ou qui ne sont même pas du département de Lettres. Il a créé beaucoup d’équipes de recherche dans son site référentiel, son sanctuaire qu’est le G.R.T.O(Groupe de recherche sur la tradition orale) , non loin du lycée technique. Tous ceux qui, universitairement, ont été formés par ZADI, l’ont été dans son  écurie du G.R.T.O. Le G.R.T.O va-t-il encore attirer du monde ? Le G.R.T.O va–t-il garder son lustre ? ZADI est le créateur de plusieurs mouvements politiques et est le formateur idéologique de  plusieurs hommes  politiques de première  ligne en Côte d’Ivoire. Il est aussi chanteur, instrumentiste, metteur en scène, cameraman, et que sais-je. On comprend donc que le deuil d’un tel homme soit fécond. Il est mort le mardi 20 Mars dernier .Et le lendemain, il ne s’est pas trouvé un seul organe de presse qui n’ait titré le départ du baobab. Internet s’est invité au festin. Dans les colonnes des journaux, s’étalaient des philosophies, des littératures, des théories, des souvenirs, des témoignages, en rapport avec le défunt, tous aussi émus les   uns que les autres .Cette fertilité médiatique est imputable à la grandeur de Bernard ZADI ZAOUROU. Et je dois dire que depuis HOUPHOUET BOIGNY, je n’ai vu de mort autant médiatisée dans notre pays. La leçon à en tirer est simple : Le pouvoir se  trouve, en réalité, dans le savoir. Ce n’est que pure élucubration que de le rechercher ailleurs.

 

  

 

Chers étudiants, Bernard ZADI ZAOUROU, un langage pour vous. Participez massivement à ses obsèques, si vous en  avez  la possibilité. C’est votre fleuron dont vous devriez être fiers et que vous devriez embaumer de vos larmes.    

 


 

 

                      Bernard ZADI ZAOUROU,

 

                      Salut mon grand

 

                      Hommage à la star

 

                       Bravo l’Artiste !

 

 

 

 

 

                                                   TOH BI Tié Emmanuel

 

                                                   Enseignant-chercheur ( Université de BKE)

 

                                                   écrivain-poète.

 

                                                                    ( Samedi 24 Mars 2012 à la Bibliothèque de 

 

                                                                      l’Université de BOUAKE) 

 

 

 

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