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10 mai 2015

COTE D’IVOIRE/LITTERATURE: LES CLEFS D’UN ESPOIR JAMAIS PERDU.

RCI 1.jpgLa Côte d’Ivoire, jadis modèle de stabilité, de prospérité et d’intégration sous-régionale, est aujourd’hui en proie à de sérieux doutes. Depuis près de 15 ans, les agitations tragiques qui marquent les successions au pouvoir d’Etat, ont fini par convaincre du malaise profond qui mine le tissu social. Tel un être humain jouissant d’une solide santé quarantenaire, ressent brusquement les symptômes d’une pathologie de nature obscure, une pathologie qu’il développe sans en avoir pourtant contracté le germe, une pathologie qu’on peut aisément contenir ou étouffer, du moins, apparemment, mais qui décime allègrement son sujet, une pathologie à lui adaptée ou communiquée de la part d’auteurs obscurantistes et ancrée de fatalité. C’est le diagnostic, fût-il décontenancé. Ce diagnostic, la science ne saurait l’accepter longtemps, saisie qu’elle est par la dynamique du déterminisme, au nom de la logique du phénomène, fait observable et, donc, scientifiquement déterminé, opposé au Noumène désignant les réalités supra-sensibles, comme l’établit Emmanuel KANT. Ainsi, le phénomène, réalité sensible et observable, est matière d’application de la raison, faculté humaine naturellement encadrée par les normes Espace-Temps. C’est que, pendant près de quatre décennies, la Côte d’Ivoire fut une lumière de convergence, un îlot de paix et de quiétude sociale, relativement s’entend.Toutefois, cette idylle ouest-africaine semblait ne tenir qu’à un fil, reposant sur un seul pilier : Félix HOUPHOUET BOIGNY, virtuose et charismatique, du reste, beau relais de transmission entre l’ex-puissance coloniale, les communautés ethniques de Côte d’Ivoire et leurs voisins d’Afrique occidentale. Le décès du chef en 1993 a dévoilé les contradictions latentes, les contradictions que son ombrage couvrait. Depuis 2002, notamment, les déchirements entre communautés ethniques, ressortissants de la CEDEAO et la France, étaient évidents ; l’éclatement de la rébellion politico-armée n’a qu’exposé  les difficultés de coexistence et les divergences d’intérêts à l’intérieur de la Côte d’Ivoire et entre la Côte d’Ivoire et ses légendaires partenaires diplomatiques. Le spectacle des deux présidents sortis du scrutin du 28 Novembre 2010 en dit long sur la question. Seule une guerre fratricide put les départager. L’îlot de paix a préféré se dévêtir de son accoutrement devenu ancien et gênant, peut-être, pour revêtir les parures de l’instabilité, lui paraissant mieux adaptées au contexte. La conséquence, c’est que la Côte d’Ivoire est visiblement la risée de ses ex-admirateurs quand elle ne sert de meuble aux chroniqueurs politiques en mal de contenance. Cependant, aussi appréciable que cela puisse paraître, la Côte d’Ivoire n’a jamais perdu la foi en elle de ses propres fils et même du monde entier ; ses atouts étant légion. La Côte d’Ivoire, c’est d’abord un peuplement aux origines microcosmiques de la sous- région ouest-africaine. Quatre grands groupes ethniques la composent : Les Mandés constitués des groupes ethniques « Malinké », « Gouro », « Dan » dans le Nord, le  Nord-Ouest et l’Ouest de la Côte d’Ivoire. Les Akans constitués des groupes ethniques « Baoulé », « Agni », « Abron » dans le centre et l’Est du pays. Les Krous regroupant les ethnies « Guéré », « Bété », « Dida » dans l’Ouest et le Sud-Ouest. Les Voltaïques que constituent les « Senoufo », « Lobi » et « Koulango » dans le Nord et le Nord-Est du pays. Historiquement, tous ces groupes ethniques ont pour zones d’émigration les pays frontaliers Mali, Burkina, Ghana, Libéria. Ce microcosme culturel s’inscrit, à n’en point douter, comme la conscience communautaire de toute l’Afrique de l’Ouest, tenue de préserver et de pérenniser ce qu’elle peut convenir d’appeler sa seconde patrie. Ensuite, la Côte d’Ivoire, c’est la faveur de conditions naturelles énormes ; on y dénote de réelles étendues d’eau et forestière et une pluviométrie abondante, ferment d’une pratique agricole à succès. A toutes fins utiles, il faut souligner que l’agriculture, avec son corollaire d’acquisition de devises et d’autosuffisance alimentaire, est l’art économique prisé de ces peuples de la sous-région ouest-africaine.Cette interconnexion entre conditions naturelles propices et réalisations agricoles en Côte d’Ivoire, le président Léopold Sédar Senghor, à l’issue de sa visite en Décembre 1971, l’a mentionnée dans l’une de ses correspondances, notamment, à son ami Siradou Diallo : « J’ai vu les (…) immenses plantations. C’est bien. Les ivoiriens ont travaillé. Mais vous savez, Diallo, il y a une grande différence, ici, avec le Sénégal, et une seule, il pleut. Avec de l’eau, j’aurais fait des miracles. Alors, Houphouët a cette chance. » (Jeune Afrique du 16 au 20 Octobre 1996). L’Afrique de l’Ouest, donc, selon toute vraisemblance et pour sa survie, a intérêt à mettre tout en œuvre pour la stabilité de ce grenier d’espérance. C’est le bon sens. En outre, la Côte d’Ivoire, ce sont des infrastructures économiques. C’est, en particulier, un port autonome qui défie toute concurrence, le deuxième d’Afrique après celui de Durban en Afrique du Sud. En effet, le port d’Abidjan dispose d’équipements et d’infrastructures très modernes, inégalées dans la sous-région. On ne saurait passer sous silence le fait que ce trésor infrastructurel profite de la position médiane du pays sur les côtes de l’Atlantique. C’est naturellement, peut-être, que ce pays glane au moins 40% des flux de capitaux au sein de l’UEMOA et que plus de 26% de sa population est étrangère.Enfin, la Côte d’Ivoire, c’est  le creuset de ressources humaines de qualité, consubstantielle à une forte scolarisation de ses fils, compétitifs en Afrique et dans le monde. Tout ce tableau dressé au sujet de la Côte d’Ivoire le présente comme une oasis au milieu d’un désert exigeant et persécuteur. On peut comprendre que l’actualité politique en Côte d’Ivoire tente fortement l’immixtion de l’étranger, instinctive du reste, au point d’entamer désespérément la quiétude souveraine du pays. La très grande médiatisation des crises ivoiriennes depuis 1993 en est un indice probant. Par culte de réalisme, des mesures de responsabilité plurielle s’imposent : Il importe de désethniciser la politique. Une campagne de sensibilisation s’impose à ce sujet. En amont, on inculquera au citoyen ivoirien qu’il ne devra sa stabilité sociale qu’au travail consciencieux, acharné et persévérant, et non à un apparentement à quelque leader politique. De façon telle que la promotion du travail deviendrait un gage de réconciliation nationale ; la sublimation des compétences offrirait la faveur de briser la réclusion ethnique,  jadis génétique. La culture du mérite provoquant nécessairement une extraversion entre Ivoiriens qui se verraient unis autour de valeurs saines, constructives et élitistes. Est-il besoin de mentionner que la mentalité de l’excellence phagocyte logiquement la corruption à quelque niveau de gestion des affaires de l’Etat ? D’Houphouët à Bédié,les Baoulés ont totalisé près de 50 ans de pouvoir d’Etat, qui n’ont pourtant pas hissé ce groupe ethnique au firmament de la vie sociale. Enjambons la parenthèse des 10 mois de règne du Général Guéi. Pas de bilan, donc, pour le peuple du grand Ouest. De 2000 à 2010, sous Gbagbo, les Bétés ont totalisé 10 ans de pouvoir. Ils n’en sont pas sortis plus épanouis non plus. La conclusion de notre métaphysique est que le salut réside dans le travail et non dans l’ethnie. C’est d’ailleurs une meilleure sécurité pour les dirigeants politiques que de le comprendre. L’essor national en découlerait. Cette rigueur de vie sociale, expression d’une pauvreté de cœur, devrait déteindre sur l’élection d’une constitution prévoyant, de façon non négociable, la limitation du mandat présidentiel. Cette légifération réduirait fortement les tentations aux sempiternels coups d’Etat qui affichent l’inconvénient de freiner la marche vers le développement, du moins, de l’inscrire dans un cyclisme accablant. Ce faisant, il conviendrait de se régler tous les comptes dans un cadre politique. Et tout individu ou groupe d’individus qui tenterait de contourner l’état d’esprit édicté devrait faire l’objet d’hostilité ou de vives réprobations par tous les organes de l’Etat. D’autre part, la Côte d’Ivoire pourrait faire l’économie d’une persécution en ne couvant pas ses richesses comme la poule le fait de ses œufs. Ce ne serait pas de bonne disposition que ses voisins admireraient cet oasis dans le désert. Cette persécution me paraît naturelle, sanguine presque. Par souci d’appartenance commune, le pays pourrait aider à soulager le désastre de ses voisins en leur accordant quelques privilèges. Des réflexions d’experts pourraient être sollicitées à ce propos, pour examiner une bonne applicabilité de la suggestion émise, susceptible d’entretenir de bons rapports entre la Côte d’Ivoire et ses entourants.Par culte de réalisme. L’exemple nous en est donné par l’Union Européenne qui réussit ce travail permanent de rehaussement de l’économie de ses membres en crise. Les cas de la Grèce et de l’Espagne intervenus dernièrement l’ont bien montré. Cela ne relève pas nécessairement d’une magnanimité mais, plutôt, d’un acte de sécurisation de son environnement. Tant il est vrai que le voisin dans la misère est une menace perpétuelle. Pour leur part, les ressortissants des pays voisins de la Côte d’Ivoire doivent avoir, entre autres, la préoccupation de développer leur pays d’accueil en s’érigeant en artisans de paix, respectueux des lois, et en investisseurs locaux. Par culte de réalisme. La stabilité de la Côte d’Ivoire ouvrant la vanne à leur épanouissement personnel et à la bonne marche relative de leur pays d’origine. C’est la loi du Boomerang. La métropole, quant à elle, du fait de sa politique expansionniste qui ne s’est pas limitée à la colonisation, devrait, objectivité oblige, aider à asseoir en Côte d’Ivoire des institutions fortes pour la bonne santé de la section ouest-africaine de la communauté française du 4 Décembre 1958. Bien entendu, un partenariat économique, qui ne piétine pas, avec désinvolture, les intérêts de l’une des parties, serait fortement recommandé. La Côte d’Ivoire a grandement besoin de la France. Et la France n’a certainement pas envie de perdre la sympathie de la Côte d’Ivoire ; les liens historiques scellant le sort conjoint des deux Etats. A l’aune de ce millénaire mondialisant, secoué par les avatars technologiques, où les cultures s’imbriquent, où les démographies flambent et que le citoyen n’acquerra sa dignité qu’en sortant de son autarcie, les peuples ont de plus en plus de besoins.Pourquoi ne pas aborder, avec franchise, cette question pour éviter définitivement, sinon, durablement, le folklore des crises à répétition qui dégage le relent d’exposer les deux entités nationales sur la place publique ? Toutefois, ce n’est ni par une politique d’armement, ni par nos mobilisations frénétiques et nos zèles forcenés aux meetings que nous parviendrons à contraindre l’Occident à accéder à quelques unes de nos requêtes, mais, plutôt, par le moyen de notre unité. S’il doit y avoir une mobilisation, c’est bien celle pour l’unité. Sans se berner, qu’il ne soit pas fait allusion à cette unité à l’enseigne monopartisanne. Il s’agit, surtout, d’une unité autour de l’essentiel, c’est-à-dire, le respect mutuel entre compatriotes et une entente "culturelle" au sujet de ce qui peut être perçu comme l’intérêt de la Côte d’Ivoire. Ce ne sont pas ces idées qui manquent à nos dirigeants politiques d’Afrique et d’Occident. Encore faut-il un peu de volonté pour que les actes posés soient en adéquation avec les discours transcendants, médiatiquement relayés. Cela requiert, peut-être, le sacrifice d’intérêts égocentriques à profit éphémère pour se hisser à un idéalisme. Par culte de réalisme.

         Dr TOH BI Tié Emmanuel

                 Ecrivain-poète

           Maître Assistant-UFR
CMS-Université de Bouaké-Côte d’Ivoire.

 

08:14 Publié dans Culture | Tags : côted'ivoire, clefs, espoir, paix | Lien permanent | Commentaires (1) | |  Facebook | | | Pin it! |

Commentaires

Quoique long, la validité des arguments et la clarté des faits abordés dans ce écrit rende la lecture assez agréable. Merci de publier ce formidable article Dr.

Écrit par : Nourdine Ouattara | 11 mai 2015

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