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15 septembre 2011

Interview / Guillaume Gbato (SG de la presse privée de Côte d’Ivoire) : « Que les journalistes comprennent qu’il faut se mettre ensemble pour une presse de qualité. »

 
 
A l’issue du séminaire de haut niveau des journalistes, le Secrétaire général de la presse privée de Côte d’Ivoire, Guillaume Gbato est passé en revue les questions brûlantes de la presse. Au cours de cette interview, il engage les travailleurs des médias à se syndicaliser et à travailler sérieusement pour une presse de qualité en Côte d’Ivoire les années à venir.
 
Un séminaire de haut niveau pour les journalistes, après cette profonde crise que la Côte d’Ivoire vient de traverser. Quelle lecture faites-vous ?
 
C’est une bonne initiative de la part du président de l’UNJCI et son conseil de permettre aux journalistes après ces moments qu’on a vécu de se retrouver et d’aborder un peu les préoccupations qui sont les leur. Vous savez nous sommes dans un pays où le rôle de la presse est important. Il faut aussi que les journalistes  eux-mêmes aussi se donnent les moyens intellectuels, techniques pour faire avancer leur travail et la cause générale de la Nation. Il ya beaucoup de débats sur la presse en ces moments, sur la presse de meilleure qualité, sur le rapport lecteurs-médias, sur le rapport pouvoir-médias. Il faut chaque fois se retrouver, discuter, corriger et améliorer pour que dans les années à venir on ait des médias suffisamment productifs ; y compris pour eux-mêmes mais pour l’ensemble du pays. Ça été un très bon séminaire, et le niveau du débat m’a satisfait.
 
On parle d’une presse meilleure, d’une presse de meilleure qualité, d’une presse irresponsable, est-ce que c’est possible que dans cinq ans, quand o, sait dans quelle condition le travail se fait en Côte d’Ivoire et en Afrique, vous vous pensez que les choses vont être meilleures ?
 
Oui. Je crois que par mon métier et par ma nature je suis optimiste. Si nous disons que ce n’est pas possible, qu’est ce qu’on fait ? On croise les bras et on s’asseoit. Mais si nous disons que c’est possible, on se met déjà à la tâche et on essaie d’identifier les problèmes et de proposer les meilleures solutions dans un cadre de consensus général. C’est le travail que nous faisons dans les organisations professionnelles. La préoccupation centrale, du syndicat que je dirige, a été posée à ce séminaire. Vous ne pouvez pas avoir une presse de qualité, des journaux de qualité tant que ce que ceux qui travaillent dans ces journaux sont mal payés. La question de la rémunération et la formation des travailleurs des médias, la question de l’environnement technique dans lequel les gens travaillent. Toutes ces questions sont des préoccupations, mais généralement nous avons le sentiment qu’on passe au dessus ; on s’attarde sur l’éthique, sur la déontologie. Oui c’est important. Mais comme on le dit si vous n’avez pas les moyens d’assumer votre existence, vous ne pouvez pas être travailleurs productifs. Donc ce sont des questions, on en a largement débattu il ya eu des progrès. C’est vrai mais il faut encore qu’on continue de travailler de s’assoir pour dire ce qui ne va pas. Voilà ce qu’il faut faire pour s’améliorer pour qu’on puisse aller de l’avant.
 
Peut-on dire que la presse privée et celle d’Etat sont responsables des malheurs de la Côte d’Ivoire ?
 
Non seulement ce n’est pas réaliste mais c’est même irresponsable. C’est facile de dire oui, ce  que ce sont les journalistes. Il ya des responsables, des gens qui posent des actes qui ne sont pas journalistes. On peut reprocher à la presse d’en faire trop et de ne pas en faire assez. Ça c’est un débat. Mais on ne peut pas dire que tout ce qui arrive à la Côte d’Ivoire, ce sont les journalistes. Ce n’est pas vrai ! Il ya des acteurs principaux qui sont là, qui posent des actes, qui tiennent des discours. On peut reprocher aux journalistes de relayer ces discours. Je pense qu’il faut qu’on fasse la part des choses. Aujourd’hui, l’état des lieux que vous me demandez, il est catastrophique. Il ya des journaux dont les sièges sont occupés par des hommes en armes, toute à l’heure un confrère l’a signalé, des journalistes sont en cachette. Toutes ces questions sont importantes. Des questions sur lesquelles, il faut que les autorités, les organisations professionnelles et les structures de régulation se retrouvent. On a commencé une démarche à partir de la journée mondiale de la liberté de la presse le 03 mai. Il faut que ça continue et qu’on puisse discuter. Il ya un plan d’urgence qui est en train d’être fait pour essayer d’aider ces entreprises qui ont tout perdu. Beaucoup d’entreprises de presse ont été pillées jusque même dans les médias publics. Il faut qu’on s’organise, et  que les travailleurs des médias prennent conscience que c’est en nous solidarisant, en nous mettant ensemble qu’on pourra poser nos problèmes, mais aussi nous défendre. On est toujours accusé et à force de vouloir trop balayer devant notre porte, on prête le flanc. Il faut qu’on essaie de voir tout cela de près pour pouvoir aller de l’avant. On ne peut pas continuer dans ces difficultés s’il n’ya pas une réelle volonté au niveau des travailleurs des médias eux-mêmes et aussi au niveau des autorités, je crois que on va toujours se retrouver, crier la presse n’est pas de bonne qualité. Mais ça ne suffit pas, il faut travailler sérieusement là-dessus.
 
Quels sont les autres problèmes de la presse en Côte d’Ivoire ?
 
Les problèmes sont les mêmes que nous posons depuis pratiquement 10ans. Ils ont connu des débuts de solutions mais il faut que ces solutions soient renforcées. Il faut que la question du traitement salarial des journalistes soit posée et réglée. On a discuté avec le GEPCI, on a eu des avantages sur un accord minimum sur la convention collective qui n’est pas encore appliqué. C’est vrai, la crise est venue un peu précipiter tout ça ; mais c’est le débat que nous allons reprendre. Et les patrons de presse, nous sommes en contact permanent pour leur faire comprendre qu’il faut que la situation évolue. On demande à l’Etat de faire des efforts, pareil pour les patrons de presse. Je dis toujours que la balle est plus dans le camp des journalistes que celui des patrons. Toujours les patrons sont les mêmes, si vous ne leur demandez pas de vous donner ce à quoi vous pensez avoir droit, ils ne vous le donneront pas, ce n’est pas parce qu’ils sont méchants. Mais  dans la perspective d’une presse de qualité, il faut que les journalistes comprennent qu’il faut se syndicaliser, et se mettre ensemble pour lutter. Mais si tout le monde a peur et préfère se taire. Eh la situation va rester intacte dans dix ans.
 
Patrice Wanset

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