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30 octobre 2010

Toussaint, une fête de joie

1er novembre 2010 - Fête de la Toussaint : Solennité de tous les saints

Les références des textes

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Ap 7, 2-4.9-14
Psaume 23, 1-2, 3-4ab, 5-6
1 Jn 3, 1-3
Mt 5, 1-12a

Le commentaire des lectures bibliques
par Marcel Domergue, jésuite, rédacteur à Croire aujourd'hui

A lire le commentaire précédent, nous pourrions imaginer que le nombre de ceux qui trouvent la vraie joie dans la reconnaissance du don de Dieu, don totalement gratuit puisque sans « mérite » de notre part, est forcément restreint. La doctrine du « petit nombre des sauvés » a eu des partisans dans l’Église, et cela n’a pas contribué à donner à l’Évangile son visage de Bonne Nouvelle. La fête de la Toussaint vient s’inscrire en faux contre cette interprétation désastreuse de la foi chrétienne : nous voici invités à nous réjouir de la multitude des humains assumés et accueillis par Dieu. La première lecture (Apocalypse) insiste sur des nombres symboliques pour nous faire comprendre que « l’on ne peut compter cette foule immense ». Avec hésitation il est vrai, beaucoup pensent qu’il faut traduire ici « multitude » par « totalité ». L’Église n’a-t-elle pas refusé l’affirmation, tenue par certains, que Judas était « damné » ? La Toussaint est donc la célébration de la réussite de Dieu et de l’humanité entière. Une fête de joie, même si la proximité de la fête des défunts, d’ailleurs en général mal interprétée, et la météorologie souvent maussade d’un 1er novembre, ont fini par grever cette fête d’un certain poids de mélancolie. Ajoutons la chaleur de la solidarité à la joie de la prise de conscience de la surabondance de l’amour qui nous fait être : avec tous ces « saints » nous ne faisons qu’un seul corps.

Communauté des biens
Pas de limite à l’amour de Dieu, pas de limite à Dieu qui est amour. Pas de limite aux dimensions de ce corps que le Christ se donne en rassemblant les hommes de toute race, de toute langue, de tout niveau culturel. Et même de toute religion. Pour être moi, j’ai besoin de tous les autres. Comme le dit Paul en 1 Corinthiens 12 : « Il y a plusieurs membres et cependant un seul corps. L’oeil ne peut donc dire à la main “je n’ai pas besoin de toi”, ni la tête dire aux pieds “je n’ai pas besoin de vous”. » Jetons donc un regard nouveau sur cette multitude d’inconnus qui nous ont précédés : ce ne sont pas des étrangers mais en quelque sorte une part de nous-mêmes. C’est avec eux et par eux que nous sommes membres de l’unique corps du Christ. Je deviens héritier de la pauvreté vécue par François d’Assise et tant d’autres, crédité de toute la douceur de ceux qui ont passé leur vie à aider leur prochain, consolé pour toutes les larmes que d’autres ont versées. Bien sûr je ne peux pas, à moi seul, vivre toutes les béatitudes : être persécuté pour la justice ne dépend pas d’une décision de ma part. Autre le sort de Thérèse de Lisieux, autre le sort de François Xavier ou de saint Laurent brûlé vif, mais tout cela m’appartient. La communauté des biens pratiquée, semble-t-il, par l’Église primitive signifie le partage de toutes les valeurs spirituelles et humaines des membres du Corps. C’est pour cela que l’on parle, dans un langage un peu désuet, de la « communion des saints ».

Un nouveau regard sur les autres
Ce qui vient d’être dit ne concerne pas seulement notre lien avec les hommes du passé. Apprenons à porter aussi un regard nouveau sur tous ceux et toutes celles qui nous entourent, de loin ou de près. Mais peut-on les considérer tous comme des "saints" ? C’est là que nous devons bien nous entendre sur le sens du mot "sainteté". Si nous le prenons au sens de perfection morale, d’excellence en toutes vertus, il est évident que personne ne peut s’en prévaloir. Mais le mot a un autre sens : est saint ce qui appartient à Dieu. Nous sommes saints parce qu’assumés par Dieu et personne ne peut être exclu de sa miséricorde, d’un amour qui ne connaît pas de limite. Dieu voit l’homme le plus pervers à travers le visage de son Fils. Porter un jugement, quel qu’il soit, est en dehors de nos compétences. Peut-être découvrirons-nous un jour que ceux que nous prenions pour des méchants étaient en fait des malheureux, frustrés en quelque domaine, grevés d’un héritage familial désastreux. Peut-être constaterons-nous aussi que, privilégiés, nous n’avons guère profité des cartes que nous avions en mains. Heureusement, tous nous émargeons au trésor commun de la sainteté de Dieu. Les portes du Royaume s’ouvrent toutes grandes au tout-venant quand s’ouvre le tombeau du Christ. Plutôt que de parler de tous saints, il vaudrait mieux dire : tous sanctifiés.

 Marcel Domergue, sj

11:30 Publié dans Education | Tags : fête de la toussaint, solennité | Lien permanent | Commentaires (0) | |  Facebook | | | Pin it! |

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