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30 octobre 2010

En état de manque

31 octobre 2010 - 31ème dimanche du temps ordinaire - Année C

Les références des textes de ce dimanche

Sagesse 11,23 à 12,2
Psaume 144
2 Thessaloniciens 1,11 à 2,2
Luc 19,1-10

Le commentaire des lectures bibliques
par Marcel Domergue, jésuite, rédacteur à Croire aujourd'hui

A première vue, Zachée a tout pour lui. Certes, c’est un publicain, mais c’est un notable : il est « chef des collecteurs d’impôts » et il est riche. Que demander de plus ? Pourtant, il pressent qu’il lui manque quelque chose. Le texte insiste sur la vivacité de son désir de voir qui est Jésus : il court, il grimpe sur le sycomore, ce qui n’est pas très convenable pour un homme de son rang. Sans doute a-t-il entendu parler des paroles insolites prononcées par ce Galiléen et des prodiges qu’il a accomplis mais, semble-t-il, il ne s’agit pas ici de simple curiosité : il y a en lui une sorte de certitude que ce Jésus peut lui donner tout ce qui lui manque, sa « petite taille » étant sans doute symbolique. Bref, il manifeste par son comportement qu’il est habité par une foi naissante. C’est elle qui engendre son désir de « voir qui est Jésus ». Comme le publicain de la parabole précédente, il réalise qu’il n’est pas à la hauteur et que ce Jésus peut le conduire à son accomplissement. Comme souvent dans les évangiles, la foule joue un rôle d’obstacle et empêche la rencontre, comme dans le cas de l’aveugle en Marc 10,48. Pour trouver le Christ, il faut sortir d’une foule qui, on le verra à la Passion, se méprend sur ce que le Christ vient lui donner. Le déplacement de Zachée qui court et grimpe à l’arbre répond à un autre déplacement, prodigieux : celui du Verbe de Dieu venant habiter l’humanité enfermée dans ses illusions mortelles de recherche de pouvoir et d’accumulation de richesses (Zachée est « chef » et « riche »). Si Zachée va vers Jésus c’est parce que Jésus est d’abord venu vers Zachée.

 

La rencontre

Nous n’en avons pas fini avec les déplacements. Zachée doit maintenant descendre de son arbre pour recevoir Jésus. Il voulait voir Jésus, maintenant c’est Jésus qui lève les yeux vers lui et, de plus, lui adresse la parole. Celui qui voulait seulement « voir » va maintenant entendre une révélation stupéfiante : « Il faut que j’aille demeurer chez toi ». Tous les mots comptent : « Il faut », car c’est pour venir habiter avec les pécheurs et manger avec eux que le Christ est venu dans le monde. « Aujourd’hui », car les temps sont accomplis : on approche de Jérusalem où Jésus, solidaire et victime du péché du monde, sera cloué sur l’arbre de la Croix. « Demeurer », car le thème de la demeure de Dieu parmi les hommes est central dans la Bible : il s’agit avant tout du « Saint des Saints », espace vide au coeur du Temple. Désormais, la demeure de Dieu sera le coeur de l’homme (voir Jean 4,21-24). Le Christ, Dieu, se déplace pour venir nous habiter. Il va loger chez un pécheur, et les bien-pensants s’en indignent. Zachée prend la parole : « Je fais don aux pauvres de la moitié de mes biens ». Deux interprétations : ou bien Zachée dit ce qu’il pratique déjà, et ses paroles sont alors une réponse à ceux qui l’accusent d’être un « pécheur », ou bien il dit ce qu’il va faire à la suite de sa rencontre du Christ. De toute façon, Jésus conclut en disant qu’aujourd’hui (2e emploi de ce mot) le salut est arrivé en cette demeure.

 

Zachée, c’est nous

"Aujourd’hui, le salut est arrivé pour cette maison car lui aussi est un fils d’Abraham". Nous voici renvoyés à notre premier paragraphe. Qui en effet est "fils d’Abraham" ? Paul le répète en ses épîtres, par exemple en Galates 3,7 : la descendance d’Abraham n’est pas tributaire d’une hérédité charnelle, mais de la foi. Cette foi est en fin de compte foi en la Résurrection (Romains 4,16-25). On le voit, cet épisode de Zachée résume tout ce que nous apporte le Christ. Il s’agit de croire en ce Dieu qui vient chercher et sauver tout ce qui était perdu, comme le répète Jésus à la fin du récit. Nous sommes là au sommet de la foi. Mais n’oublions que si notre unité avec Dieu et notre salut trouvent leur origine dans ce "déplacement" de Dieu vers nous, il revient aux hommes d’y répondre en se déplaçant vers lui, de "courir" à sa rencontre. Nous voici invités, qui que nous soyons, à nous projeter dans le personnage de Zachée. Et cela depuis le commencement du récit, en donnant priorité au désir de connaître le Christ et en courant vers lui, jusqu’à la fin, en prenant en charge les plus démunis et en nous demandant si nous n’avons pas de dettes cachées envers bien d’autres. Mais l’essentiel reste notre accueil, l’ouverture de nos portes pour que Jésus puisse venir habiter chez nous. Il ne s’agit pas là d’un simple « sentiment spirituel » : Jésus peut venir nous trouver sous des visages multiples, à travers des gens que nous aurions souvent envie d’ignorer. Descendons, vite, de nos arbres religieusement corrects pour nous ouvrir en vérité à ceux qui frappent à nos portes. Projetons-nous aussi en Jésus, qui se déplace vers les "pécheurs".

Père Marcel Domergue, jésuite
2010

11:20 Publié dans Education | Tags : 31ème dimanche temps ordinaire année c | Lien permanent | Commentaires (0) | |  Facebook | | | Pin it! |

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