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14 août 2010

Les littératures africaines sont entrées dans la bibliothèque du monde

 

Bernard Magnier : «Les littératures africaines sont entrées dans la bibliothèque du monde»





Actes Sud


Par Tirthankar Chanda

 

Les Congolais Emmanuel Dongala et Wilfried N’Sondé, le Tchadien Nimrod, la Franco-Ivoirienne Véronique Tadjo et les Sud-Africains André Brink et Lewis Nkos viennent d'être publiés dans la collection Lettres africaines, d'Actes Sud. Entretien avec le responsable de cette collection, Bernard Magnier. Depuis dix ans, il nous a habitués à une littérature de haut vol émanant tout autant de jeunes talents que d’écrivains prestigieux tels André Brink, Wole Soyinka ou Breyten Breytenbach.

 



 

RFI : L'intense attention critique reçue par la collection Lettres africaines s’est-elle répercutée sur les ventes ?











 




Bernard Magnier.
Alliance française
 
Bernard Magnier : Intense pour certains titres, c’est vrai, mais plus modeste pour d’autres, hélas. Mes bifurcations, les mémoires d’André Brink, a bénéficié d’un réel intérêt à cause de la trajectoire de cet écrivain. De même, le roman d’Emmanuel Dongala, Portrait de groupe au bord du fleuve, a eu un accueil remarquable… et mérité. Le second roman de Wilfried N’Sondé, Le Silence des esprits, était également attendu. Avec Loin de mon père, Véronique Tadjo est désormais une romancière reconnue. C’est un peu plus difficile pour le pourtant très bon roman du Sud-Africain Lewis Nkosi, Mandela et moi. Un roman qui, avec humour, revient sur le
quotidien des années d’apartheid, vécu par un jeune homme qui a deux passions : Nelson Mandela et les femmes…L’attention critique a son incidence sur les ventes, mais le rôle des libraires, le bouche à oreille des lecteurs, les rencontres et débats auxquels participent les écrivains assurent aussi à certains livres une vie, certes plus « discrète », mais parfois très efficace en terme de vente, souvent sur le moyen terme.
 
RFI : En quoi la réception des littératures africaines a-t-elle changé?
 
B.M. : Les littératures africaines sont entrées dans la bibliothèque du monde. Les écrivains africains ne sont plus seulement édités, critiqués et lus par des « initiés » mais par un large public curieux et heureux de trouver de nouveaux horizons de lecture.
 
RFI : Qu'est-ce qui différencie la 4e ou la 5e génération d’écrivains
africains de celle des Kourouma et Sony Labou Tansi ? Quel regard portez-vous sur ces nouvelles générations ?

 
B.M. : Kourouma, Sony Labou Tansi et quelques autres ont ouvert des portes. Les écrivains sont aujourd’hui dédouanés des combats qui ont été menés et qu’il est inutile de reconduire. Les littératures du « nous »  ont laissé la place aux littératures du « je » ; ce qui ne signifie pas un abandon de la vigilance et des combats politiques, mais il y a sans doute moins d’urgence militante immédiate. Les écrivains s’autorisent davantage d’audaces thématiques et stylistiques.
 
RFI : Vous avez publié dans votre collection plusieurs auteurs anglophones…
 
B.M. : Nous publions non seulement des anglophones mais aussi des lusophones, des « afrikaanophones », et je l’espère, bientôt, des
écrivains s’exprimant dans d’autres langues africaines… La définition de la collection Lettres africaines n’est pas linguistique, encore bien moins raciale, mais tout simplement géographique. Il s’agit de l’Afrique subsaharienne. Un ensemble géographique pertinent, comme pourraient l’être également les espaces maghrébin, méditerranéen, caribéen ou scandinave.
 
RFI : Diriez-vous qu'ils sont plus inventifs que leurs confrères francophones ?
 
B.M. : Il y a des individualités talentueuses dans toutes les langues. Pour ce qui est de l’inventivité anglophone, il y a un phénomène démographique et économique dont il faut tenir compte. Le Nigeria est à lui seul quasiment aussi peuplé que l’ensemble des Etats francophones. Il est donc logique que la littérature nigériane s’octroie une belle place dans la bibliothèque africaine. Si l’on ajoute que les
infrastructures éditoriales au sens large - maisons d’édition, presse, libraires, bibliothèques - d’un pays comme l’Afrique du Sud, et de quelques autres pays anglophones, sont infiniment plus développées que dans n’importe quel autre pays africain, on peut trouver-là des raisons d’une plus grande présence anglophone.
 
RFI : Combien de titres publiez-vous par an ? 
 
B.M. : Il n’y a pas de quota. Et je ne crois pas nécessaire qu’il y en ait. Ce sont les coups de cœur, les contraintes du calendrier et la cohérence éditoriale d’ensemble de la maison qui en décident. A ce rythme, nous allons bientôt atteindre le cinquantième titre publié dans la collection.
 
RFI : Quels seront les grands rendez-vous de 2010-2011 ? 
 
B.M. : Des auteurs dont nous allons suivre le parcours comme nous l’avons fait cette année
avec Wilfried N’Sondé ou avec Véronique Tadjo… Ainsi, parmi les nouveautés, un deuxième roman de la Nigériane Sefi Atta, dont nous avons publié la première traduction, Le meilleur reste à venir, en 2009 et quelques autres…
 



 
Bonheur et désespoir dans la collection Lettres africaines
 
Dans la collection Lettres africaines, la promesse du bonheur cohabite avec le désespoir. Un exemple avec cette scène d’ouverture du roman magique de Wilfried N’Sondé, Le Silence des esprits. Extrait :
« Marcelline me prit par la main, se coucha près de moi pour que nous fusionnions de nouveau, et elle me raconta longuement son histoire. J’écoutai attentivement, versai quelques larmes en lui baisant les mains, parce que les traumatismes de la guerre et les désillusions en série pendant sa clandestinité avaient anéanti ses rêves de bonheur… »
 
2010 dans la collection Lettres africaines d’Actes Sud
 
Photo du groupe au bord du fleuve, par Emmanuel Dongala. 334 pages. 22,80 euros.
L’or des rivières, par Nimrod. 126 pages. 13 euros.
Le silence
des esprits
, par Wilfried N’Sondé. 171 pages. 17 euros.
Loin de mon père, par Véronique Tadjo. 189 pages. 18 euros.
Mandela et moi, par Lewis Nkosi. 254 pages. 21 euros.
Mes bifurcations, par André Brink. 542 pages. 24,80 euros.

 

 

 




19:46 Publié dans Culture | Tags : littérature | Lien permanent | Commentaires (0) | |  Facebook | | | Pin it! |

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