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29 novembre 2017

Après le scandale de l’esclavage en Libye, l’immigration au cœur du sommet UA-UE

Difficile de dire si les terribles images de migrants subsahariens vendus comme esclaves en Libye auront fait office d'électrochoc pour les dirigeants africains et européens. Elles auront eu néanmoins pour conséquence immédiate de placer le sujet au cœur des discussions lors de l’ouverture du sommet UA-UE qui se tient ces 29 et 30 novembre à Abidjan.

La Côte d’Ivoire étant le pays hôte, c’est à son président Alassane Dramane Ouattara (ADO) qu’est revenu l’honneur de prononcer le discours d’introduction, mercredi 29 novembre. ADO a ainsi appelé l’Union africaine et l’Union européenne « à mettre fin aux traitements inhumains en Libye ». Il a dénoncé « une situation totalement inacceptable qui nous rappelle les pires heures de l’histoire de l’humanité », appelant Africains et Européens à « intensifier les efforts pour démanteler les réseaux de passeurs ».

Condamnation unanimes

« Tous les pays ont le droit et l’obligation de gérer leurs frontières dans le respect des conventions internationales et des droits des migrants », a pour sa part déclaré Antonio Guterres, secrétaire général de l’ONU. Invité aussi à s’exprimer, le président du Parlement panafricain, Roger Nkodo Dang, a de son côté appelé à l’ouverture d’une « enquête internationale pour crime contre l’humanité ».

Enfin, Alpha Condé, le chef de l’État guinéen et président en exercice de l’UA a dénoncé des « faits intolérables ». « La communauté internationale doit prendre des mesures fermes », a-t-il dit.

Avant cela, le président du Ghana, Nana Akuffo-Addo, avait condamné sur son compte Twitter des pratiques qu’il a qualifiées de « violations graves et scandaleuses des droits humain ». Pour lui, « ces images tournent en ridicule la prétendue solidarité des nations africaines regroupées au sein de l’UA, dont la Libye est membre ».

Dans un communiqué publié mercredi, son homologue du Nigeria, Muhammadu Buhari, également présent à Abidjan, s’est dit consterné que ses compatriotes soient vendus « comme des chèvres ». Il a promis de rapatrier tous les nigérians bloqués en Libye.


>>> A LIRE – Sommet UA-UE : un partenariat d’égal à égal – Tribune de Federica Mogherini et Neven Mimica


La question a fait l’objet de débats houleux lors des huis-clos de mardi regroupant les ambassadeurs et ministres des Affaires étrangères. Selon nos sources, l’Égypte et la Libye se seraient opposés à ce que le drame de l’esclavagisme en Libye soit condamné de manière trop énergique dans le communiqué final du sommet.

Un compromis aurait été trouvé par les ministres. Le dit communiqué devrait bien condamner ces pratiques, mais aussi encourager l’Etat libyen à éradiquer ce drame.

Par ailleurs, une réunion d’urgence prévue mercredi soir avec la France, le Niger, le Tchad, l’ONU, l’Union africaine et l’Union européenne sur la lutte contre les trafiquants de migrants vendus comme esclaves en Libye, a été annoncée par l’Elysée.

Source: Jeune Afrique

19:08 Publié dans Culture, Education, Monde, Politique, Société | Lien permanent | Commentaires (0) | |  Facebook | | | Pin it! |

Sommet UA-UE : rebâtir ensemble

5 ème Sommet UA UE 1.jpgÀ l'occasion du Sommet UA-UE d'Abidjan des 29 et 30 novembre, Bruno Mettling, président du conseil des chefs d'entreprise France-Afrique de l'Ouest du Medef international et président d'Orange Afrique et Moyen-Orient, appelle à rebâtir « un partenariat d’une ampleur inégalée entre nos deux continents ».

Avec la fin de l’accord de Cotonou en 2020, l’Europe est à un tournant de sa relation avec l’Afrique, et il est temps de bâtir un partenariat d’une ampleur inégalée entre nos deux continents.

Le Brexit entraîne de facto une réduction de 15 % du budget du Fonds européen de développement (FED) et éloigne de la relation européo-africaine l’un des pays les plus influents du continent. De son côté, l’Allemagne semble adopter une approche bilatérale en multipliant les annonces de plans et d’initiatives (Compact With Africa dans le cadre du G20, le plan Marshall pour l’Afrique, Pro! Afrika), dont le point de départ concerne les enjeux d’immigration.

Le succès de nouveaux acteurs comme l’Inde, la Turquie ou encore la Chine, dont les parts de marché en Afrique ont été multipliées par 5 (de 3,5 % à 17,5 %) depuis 2000, est incontestable mais ne doit pas masquer certaines réalités.

Seules 20 % des contributions financières chinoises en direction de l’Afrique peuvent être considérées comme aide au développement (APD) au sens de l’OCDE, contre près de 90 % pour les États-Unis. La grande majorité de « l’aide financière » apportée par la Chine en Afrique est constituée de crédits-exports ou de prêts à des conditions de marché ; ce n’est pas critiquable en soi, il faut juste en être bien conscient et en apprécier les conséquences à moyen terme.

Réunir les secteurs privés

Face à cette évolution, le prochain dispositif européen pour l’Afrique doit impérativement intégrer mieux la contribution des secteurs privés des deux continents. à ce titre, le groupe de travail que j’ai l’honneur d’animer au Medef appelle notamment de ses vœux la création d’une plateforme de travail avec la Commission européenne, réunissant secteurs privés européen et africain.

La France a récemment promis de porter sa contribution à 0,55 % du PIB

Il s’agit d’abord de faire une évaluation lucide de l’accord précédent. L’Europe doit reconnaître que l’accord de Cotonou n’a pas eu tout l’effet escompté en matière de développement pour l’Afrique. L’efficacité des fonds alloués par le FED sous forme de dons et de dettes budgétaires est largement remise en question.

Engager un partenariat de qualité

Le débat sur l’aide au développement se cristallise aujourd’hui sur le niveau de contribution des états. La France a récemment promis de porter sa contribution à 0,55 % du PIB, et les états européens sont poussés à s’aligner sur une contribution de 0,7 % du PIB, comme l’appelle le Consensus de Monterrey de 2002. Mais le débat sur la taille ne doit pas masquer le sujet fondamental de la qualité et de l’optimisation de l’emploi des fonds.

À ce titre, le concept d’aide au développement pour l’Afrique mériterait d’être reconsidéré au profit du terme de « partenariat » – sauf évidemment en cas de crises humanitaires ou sécuritaires – , et le dispositif d’appui financier européen doit évoluer avec la création de nouveaux outils porteurs d’un vrai partage des risques et faisant l’objet d’évaluations plus systématiques.

La Commission européenne doit se servir de son influence pour que ces exigences soient réellement imposées à tous les États

Si des critères RSE [responsabilité sociale des entreprises] et éthiques doivent être inclus dans les appels d’offres pour les projets financés par les fonds européens, il appartient aussi à la Commission européenne de se servir de son influence pour que de telles exigences soient réellement imposées à tous les États qui entendent développer leur empreinte économique sur le continent.

Intégrer la transformation numérique du continent

Enfin, l’assiette des aides doit impérativement intégrer le bouleversement et les chances extraordinaires qu’induit la transformation numérique de l’Afrique, un enjeu crucial pour les deux continents. Cela ne concerne pas seulement les start-up africaines, qu’il faut bien entendu aider à émerger, mais aussi la transformation de tous les secteurs traditionnels.

Il n’y a de développement économique durable possible sans sécurité

Reconnaissons-le, l’état d’esprit des dirigeants, des acteurs économiques, des entreprises et des bailleurs de fonds doit impérativement intégrer – à rebours des infrastructures lourdes – ces nouvelles solutions légères, à même de permettre l’inclusion la plus rapide des populations, notamment dans le secteur bancaire, comme en témoigne le succès des services de mobile money.

Enfin, il n’y a de développement économique durable possible sans sécurité. C’est pourquoi l’Europe doit éviter toute tentation du repli et engager un vrai dialogue avec ses partenaires africains. C’est le message que nous porterons, en association avec nos homologues patronaux africains et européens, lors du Sommet UA-UE d’Abidjan des 29 et 30 novembre.

Source: Jeune Afrique

18:24 Publié dans Culture, Economie, Education, Monde, Politique, Société, Web | Lien permanent | Commentaires (0) | |  Facebook | | | Pin it! |

Sommet UA-UE : demandez le programme !

5 ème Sommet UA UE.jpgLe sommet Union africaine-Union européenne a débuté ce mercredi à Abidjan. Au programme des échanges : les thèmes de la jeunesse, de l'éducation, de la sécurité et des relations économiques entre les deux continents.

Mardi 28 novembre, tard dans la soirée, une délégation ivoirienne inspecte les couloirs du centre de conférences de l’hôtel Ivoire. Dans quelques heures, le 5e sommet UA-UE ouvre officiellement ses portes. Alors, il faut s’assurer que tout est prêt, veiller au moindre détail. L’organisation de ce sommet a été un gros défi pour les autorités ivoiriennes.

Forte affluence à Abidjan

De fait, pendant deux jours, Abidjan affiche complet. Sont attendus dans la capitale économique ivoirienne pas moins de 43 chefs d’État et de gouvernement africains. Malgré la présence du Front polisario, dont Rabat nie la légitimité, le roi du Maroc, Mohammed VI, est arrivé dimanche pour une visite d’amitié et de travail et il devrait participer au sommet. Voici une liste non-exhaustive des présidents africains présents : Macky Sall (Sénégal), Ibrahim Boubacar Keïta (Mali), Denis Sassou Nguesso (Congo-brazzaville), Teodoro Obiang Nguema Mbasogo (Guinée équatoriale), Muhammadu Buhari (Nigeria), Nana Akuffo-Addo (Ghana), Idriss Déby Itno (Tchad), Jacob Zuma (Afrique du Sud), Ali Bongo Ondimba (Gabon), Paul Kagamé (Rwanda), Alpha Condé (Guinée), Béji Caïd Essebsi (Tunisie)Mahamadou Issoufou (Niger), Paul Biya (Cameroun), João Lourenco (Angola), Patrice Talon (Bénin) et Serrag Faiez (Conseil national de transition libyen) et Faure Gnassingbé (Togo).

Du côté européen, les 28 pays membres seront représentés, dont 16 chefs d’État, notamment Angela Merkel, la chancelière allemande, et Emmannuel Macron.

La partition d’Emmanuel Macron

Après le Burkina Faso (mardi) et avant le Ghana (jeudi), la Côte d’Ivoire est la deuxième étape de la tournée africaine du président français. À Abidjan où il arrivera mercredi à la mi-journée, pas de discours devant les étudiants mais, outre sa participation au sommet UA-UE, une conférence de presse à la résidence de l’ambassadeur de France, un tête-à-tête avec Alassane Ouattara suivi de l’inauguration de la construction du métro d’Abidjan, réalisé avec l’appui budgétaire de la France.

Le programme officiel

Le sommet ouvrira officiellement mercredi en début d’après midi après un déjeuner officiel offert par les autorités ivoiriennes. Les discours d’ouverture seront prononcés par le chef de l’État Alassane Ouattara et le président en exercice de l’Union africaine, Alpha Condé. Après la traditionnelle photo de groupe, les débats se poursuivront à huis-clos. Paul Kagamé, président du Rwanda, abordera d’abord la question de la réforme de l’UA.

Les décisions se prendront davantage en coulisses, lors de rencontres souvent bilatérales, que lors des plénières programmées

Trois thématiques seront ensuite abordées : celles des opportunités économiques pour les jeunes, de la migration et de la mobilité, et enfin de la coopération UA-UE sur la paix et la sécurité. Idriss Déby Itno, Mohammed VI et Jacob Zuma doivent s’exprimer. Le sommet s’achèvera jeudi matin avec une dernière séance à huis-clos consacrée à la coopération UA-UE sur la gouvernance.

Plusieurs autres événements ont été organisés par l’UE et la France notamment, en parallèle du sommet. Loin du faste de l’hôtel Ivoire, un forum citoyen a réuni plus de 600 participants venus d’Europe et d’Afrique pendant trois jours dans l’amphithéâtre de la bourse du travail de Treichville. Mais mardi, la dernière cession de ce sommet « bis » a été mystérieusement interdite par la police.

La portée d’un sommet

Qu’attendre de ce sommet ? Le thème officiel est « Investir dans la jeunesse pour un avenir durable ». Mais comme c’est souvent le cas lors de ces grandes messes diplomatiques, les décisions se prendront davantage en coulisses, lors de rencontres souvent bilatérales, que lors des plénières programmées. Surtout, les discours pleins de bonnes intentions sont rarement suivis d’actes forts. Alors que l’indignation suscitée par la diffusion d’une vidéo de migrants subsahariens vendus comme esclaves en Libye n’est pas retombée, beaucoup espèrent que la question sera prise à bras le corps par les dirigeants africains et européens.

Par  - envoyé spécial à Abidjan

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18 septembre 2017

ODD : Mettre un terme à l’extrême pauvreté

La problématique de la pauvreté se pose aujourd’hui comme un enjeu majeur. 836 millions de personnes vivent encore dans l’extrême pauvreté. En Asie du Sud et en Afrique Subsaharienne, l’on note l’écrasante majorité des personnes vivant avec moins de 1,25 dollar. changement climatique

Environ une personne sur cinq dans ces régions en développement vit encore  avec moins de cette somme par jour. Selon les estimations par pays, la proportion d’hommes, de femmes et d’enfants de tous âges souffrent d’une forme ou l’autre de pauvreté.

Même son de cloche, dans les petits pays fragiles et touchés par un conflit, des taux de pauvreté élevés sont enregistrés.

Entretemps les pays développés ne sont pas épargnés. 30 millions d’enfants grandissent à l’heure actuelle dans la pauvreté.

La pauvreté ne se résume pas à l’insuffisance de revenus et de ressources pour assurer des moyens de subsistance durables.

Ses manifestations comprennent la faim et la malnutrition, l’accès limité à l’éducation et aux autres services de base, la discrimination et l’exclusion sociale ainsi que le manque de participation à la prise de décisions.

Devant ces irrégularités qui accentuent la souffrance humaine, tous tant les gouvernants que la société civile, le secteur privé et les populations sont interpellés à trouver des solutions durables et idoines.

Les gouvernants doivent aider à créer un environnement qui garantisse des emplois et des perspectives professionnelles pour les personnes pauvres. Il faut aussi les stratégies et politiques de bonne gouvernance dans le public et le privé.

Le secteur privé doit déterminer si la croissance qu’il crée est inclusive  et contribue à ce moment à réduire la pauvreté.

L’on doit garantir aux populations notamment ceux assez affectés par la pesanteur de la pauvreté. On doit leur garantir les mêmes droits aux ressources économiques et aux ressources naturelles. Que tous les hommes et les femmes surtout les pauvres et les personnes vulnérables aient accès à la propriété foncière, au contrôle des terres, aux services de base, aux services financiers, et aux nouvelles technologies

Il faut renforcer la résilience des pauvres et des personnes en situation vulnérable et réduire leur exposition aux phénomènes climatiques.

La FAO et la Banque mondiale travailleront en étroite collaboration afin d’aider les pays membres à réaliser les Objectifs de développement durable (ODD), à améliorer les moyens d’existence ruraux, l’efficacité de la production agricole et à assurer une gestion durable des ressources naturelles à travers le monde, a précisé la FAO dans un communiqué de presse.

La croissance économique doit être partagée pour créer des emplois durables et promouvoir l’égalité.

Patrice Kouakou

Source : #UN SDGs

22:22 Publié dans Monde, Société | Tags : odd, extrême pauvreté, développement durable | Lien permanent | Commentaires (0) | |  Facebook | | | Pin it! |

08 août 2017

ODD/Objectif 2030 : Plateforme de la francophonie pour susciter des projets concrets

DSC_0288.JPGLe développement durable a bénéficié en 2015 d’un cadre stratégique universel adopté par les Nations Unies. Le Programme de développement durable à l’horizon 2030 est un plan d’action pour l’humanité, la planète, la paix et la prospérité. Décliné en une série de 17 objectifs de développement durable (ODD), il vise à mettre fin à la pauvreté et transformer nos vies tout en protégeant la planète pour les générations futures, sur la base d’un partenariat renouvelé entre tous les pays et les acteurs de la société. Le grand défi de ce Programme est maintenant de rassembler et de mobiliser ces acteurs dans toute leur richesse et leur diversité. Le développement durable se doit d’être une révolution sociétale porteuse d’humanisme.

 L’initiative « Objectif 2030 » vise ainsi à favoriser des progrès concrets en matière de développement durable par la mise en œuvre du Programme de développement durable à l’horizon 2030. Dédiée aux acteurs non étatiques, elle cherche à répondre à leur besoin d’informations et à soutenir des actions et solutions novatrices qui allient inclusion sociale, progrès économique et protection de la planète. Il s’agit ici de construire et renforcer un mouvement citoyen engagé qui traduise le Programme de développement durable à l’horizon 2030 en actions et solutions exemplaires et adaptées.

 Articulée autour d’une plateforme numérique, l’initiative « Objectif 2030 », se décline en trois composantes :

  • Un cours en ligne ouvert et massif (CLOM ou MOOC en anglais) pour former et sensibiliser les populations aux enjeux du développement durable. Animé par l’Université Senghor d’Alexandrie, ce cours donne aux apprenants la possibilité de comprendre et d’analyser les enjeux et actions du développement durable. A l’issue de cette formation, les participants disposent de compétences utiles afin d’être aptes à générer des projets de  développement durable et des informations fiables sur ce sujet.

 

  • Un outil participatif de financement et d’appui technique qui soutient des solutions concrètes, simples et mesurables dédiées à la mise en œuvre du Programme de développement durable à l’horizon 2030 et crée des communautés de solutions autour d’elles. Les utilisateurs de la plateforme peuvent ensuite collaborer de plusieurs façons : don financier, mobilisation des ressources, bénévolat, partage d’informations et de bonnes pratiques ... Seules les actions permettant d’obtenir des résultats concrets et rapides sont retenues.

 

  • Un espace de présentation et de capitalisation des meilleurs projets pour favoriser les synergies facilitant leur réalisation. Il permet la diffusion d’études de cas et de reportages audiovisuels montrant les progrès de développement générés de façon participative.

 

Quelques chiffres en 2017

  • Six modules pédagogiques déclinés en 30 vidéos sont accessibles en ligne
  • 2600 étudiants issus de 99 pays ont suivi le cours du 1er au 31 mars 2017
  • 21 projets concrets sur les 215 soumis sur la plate-forme bénéficient de l’outil participatif technique et financier
  • Les 21 projets en ligne sont en faveur de 69 932 bénéficiaires provenant de 14 pays
  • Six projets déjà entièrement financés sont en faveur de 8 508 bénéficiaires
  • Deux partenariats confirmés en faveur de l’initiative (Université Senghor d’Alexandrie, RDEE Ontario)

 

Patrice Kouakou

17:49 Publié dans Monde, Politique, Société | Lien permanent | Commentaires (0) | |  Facebook | | | Pin it! |

20 juillet 2017

ONU: les croyants doivent apporter « l’âme » du développement durable

Mgr Auza Bernardito.jpgIntervention de Mgr Auza

Monsieur le Secrétaire général Vendley, Excellences,
Distingués panélistes, Mesdames et Messieurs,

Je suis reconnaissant pour l’invitation de cet après-midi à participer à cette importante conversation sur la façon de mobiliser les communautés religieuses pour qu’elles agissent avec solidarité et responsabilité partagée afin d’aider ceux que nous servons et toute la communauté internationale à mieux comprendre les principes éthiques du développement durable et les inciter à collaborer avec plus d’énergie et d’efficacité pour sortir les gens de la pauvreté, favoriser la paix et mettre en œuvre les autres piliers de l’Agenda 2030.

Dans mes remarques, je voudrais partager certaines réflexions principalement sur le fondement éthique du développement, à savoir les principes sous-jacents pour lesquels les communautés religieuses doivent se mobiliser dans la solidarité pour mettre fin à la pauvreté et promouvoir la paix.

Je crois que la plus grande contribution à long terme que les croyants religieux et les organisations religieuses offriront collectivement et généreusement à la mise en œuvre du Programme de développement durable ne sera pas la somme de l’énorme travail qu’ils accomplissent et continueront de faire sur le terrain, en allégeant la pauvreté, en nourrissant ceux qui ont faim, en fournissant des soins de santé, en éduquant les multitudes des écoles élémentaires jusqu’aux universités et au-delà, en promouvant la dignité des femmes et surtout leur service indispensable en tant que mères, en prenant soin de notre eau et de notre environnement, en s’engageant pour la paix et la consolidation de la paix et dans beaucoup d’autres activités nobles.

Ce sera plutôt leur service comme un levain pour la mise en œuvre des Objectifs de développement durable (ODD), aujourd’hui jusqu’en 2030 et bien au-delà, dans la mesure où ils montrent les raisons anthropologiques et éthiques profondes pour lesquelles nos communautés religieuses se mobilisent dans la solidarité et la responsabilité de manière aussi concertée.

Les ODD ne sont pas des fins en soi, mais des moyens, des moyens pour apporter le bien réel des personnes et des peuples en prenant soin de notre maison commune et de tous nos colocataires dans cette maison commune. Nous vivons à un moment où beaucoup, surtout dans les pays développés et ici aux Nations Unies, souhaitent répondre aux questions les plus importantes, comme celles de qui nous sommes, d’où nous venons, où nous allons, comment nous devrions nous traiter mutuellement, et ce qui est bon, vrai et vraiment beau. Bien que différentes traditions religieuses puissent répondre à ces questions de manière légèrement différente, ces questions fondamentales – et nos réponses à celles-ci – aident le monde à ne pas les oublier ni combien elles sont importantes.

Dans le contexte spécifique du programme de développement durable, si nous perdons de vue ces coordonnées humaines fondamentales, il existe un risque sérieux que les ODD ne soient compris que de manière partielle, à travers des lentilles excessivement économiques, environnementales ou sociologiques, tout en manquant leur contexte et leurs objectifs éthiques et anthropologiques plus profonds.

De même que tout bien peut être mal utilisé, si nous excluons de nos conversations ces questions plus profondes sur le pourquoi derrière le développement durable, l’énorme infrastructure internationale pour la paix et le développement pourrait finir par être en fait utilisée dans certaines circonstances pour saper la paix elle-même et le développement qu’elle était conçue pour faire progresser. Cela pourrait se produire en particulier si les ODD se livrent, en pratique, à des philosophies matérialistes, individualistes ou hédonistes inadéquates qui non seulement laissent certains en arrière mais excluent intentionnellement certains de nos semblables, en particulier ceux qui sont les plus vulnérables ou gênants, de nos soins et de nos préoccupations.

C’est pourquoi il est essentiel que les responsables religieux, les communautés et les croyants aident à fournir, avec courage et persévérance, ce que l’on pourrait appeler «l’âme» ou la «conscience» du programme de développement durable. A une époque de relativisme épistémologique et éthique, nous devons aider les gens à conserver une notion du vrai et du bien. De même, lorsque les dirigeants – que ce soit des politiciens ou ceux qui s’enveloppent dans un manteau religieux – essaient d’instrumentaliser la religion à des fins incompatibles avec le souci d’amour pour Dieu et le prochain, et contestent scandaleusement la nature essentielle de la religion et l’immense bien que les croyants et les organisations religieuses font pour les individus, les communautés et le monde, nous devons les corriger et faire une mise au point.

Ce principe est facile à voir lorsque des chefs religieux incitent leurs partisans à des crimes d’atrocités, comme beaucoup d’entre nous ont pu y réfléchir ensemble vendredi après-midi dans la Chambre d’ECOSOC lors du lancement du Plan d’action pour les leaders religieux et les acteurs afin de prévenir l’incitation à la violence qui pourrait conduire à un crime d’atrocité. Mais il est également présent lorsque les chefs religieux incitent à tort ceux qui les suivent à traiter ceux d’autres races comme indignes de leurs soins, ou de même à l’égard de ceux qui se déplacent d’autres pays, de ceux qui sont physiquement ou mentalement handicapés, de ceux dont la vie et les moyens de subsistance sont menacés par la pollution, par la montée des océans, ou par la désertification croissante, ou de ceux qui sont dans le ventre de leur mère ou à la fin de la vie, dont la dignité est traitée comme une qualité moindre et comme ne méritant pas le plus grand respect et la plus grande protection. Les croyants et les communautés religieuses doivent, je le répète, rester l’âme ou la conscience du programme de développement durable.

Les chefs religieux ne sont pas des chefs politiques ou des spécialistes des sciences sociales, et ils ne prétendent pas être qui et ce qu’ils ne sont pas. Ils ne sont pas d’abord là pour mesurer les objectifs et les cibles grâce à des indicateurs scientifiques. Ils sont principalement là pour appeler et inspirer les gens à l’action, et pour leur rappeler le sens profond et les raisons de leur action, en fournissant les « raisons de l’espérance qui est en eux », comme l’a décrit Saint Pierre dans sa première Lettre. À travers le prisme de leur mission essentiellement spirituelle et morale, les chefs religieux, les croyants, les religions et les organisations religieuses s’occupent de l’épanouissement de toute la personne humaine. S’efforçant d’atteindre un développement humain authentique, ils ne compartimentent pas le développement, mais travaillent pour le développement intégral de chaque personne humaine et de toute la personne humaine. Parce que le progrès humain fait partie intégrante de leur vision et de leur mission, outre les lieux de culte, ils construisent également des centres de construction communautaire, des hôpitaux, des écoles et des universités. En un mot, ce qu’ils font et continueront de faire pour contribuer à la réalisation des objectifs de développement durable est l’expression extérieure de leurs croyances religieuses et de leurs principes moraux.

Les chefs religieux, les croyants et les communautés de croyants travaillent à protéger la vie et l’environnement, afin d’autonomiser les faibles et les opprimés. Ils aident les populations à développer leurs ressources naturelles de manière responsable et à les protéger contre l’exploitation de puissants intérêts économiques et politiques. Ils sont créatifs pour sortir les pauvres de la pauvreté sous toutes ses formes et rompre les murs de l’exclusion. Enracinés localement, ils ont une connaissance directe des nombreuses formes de pauvreté et d’inégalités ; ils ont une crédibilité au niveau de la base ; ils peuvent facilement trouver du personnel sur le terrain qui connait bien leurs programmes. Leur présence de base favorise le dialogue entre les groupes de base. Ayant un réseau universel, ils sont des défenseurs efficaces des causes internationales, comme l’éradication de l’extrême pauvreté et le soin de notre maison commune.

Les religions croient et proclament que la paix est essentielle au développement. Toutes les études indiquent que les pays et les régions en conflit ont régressé au lieu de progresser. Comme l’a affirmé le pape Paul VI en 1967, le développement est le nouveau nom de la paix. [1] Construire la paix requiert le développement. Sans prétentions de domination économique et politique, les religions et les organisations religieuses sont généralement considérées comme des courtiers impartiaux dans cette forme cruciale de consolidation de la paix.

Le pape François a cherché à contribuer à cela en proposant au monde une éthique basée sur ce qu’il appelle une « écologie intégrale », ce qu’il croit être le fondement nécessaire au développement intégral et durable (LS 18). Nous sommes confrontés, écrit-il dans Laudato Si, non pas à des crises indépendantes qui affectent l’environnement d’une part et les pauvres, les personnes vulnérables et marginalisés de l’autre, mais plutôt à « une crise complexe à la fois sociale et environnementale » qui exige « une approche intégrée de la lutte contre la pauvreté, du rétablissement de la dignité des exclus et de la protection de la nature » (LS 139).

Dans son discours de septembre 2015 à l’Assemblée générale des Nations Unies, le pape François a souligné que « la mauvaise utilisation et la destruction de l’environnement s’accompagnent également d’un processus implacable d’exclusion », et a déclaré que cela a ses racines dans « une soif égoïste et illimité du pouvoir et de la prospérité matérielle qui mène à la fois à l’utilisation abusive des ressources naturelles disponibles et à l’exclusion des faibles et des défavorisés ». Il a qualifié cette consommation égoïste de « culture du gaspillage » et a déclaré qu’elle découle d’une sorte d’amnésie spirituelle : nous avons oublié qu’il y a un Créateur et avons donc perdu un sentiment d’émerveillement et de révérence sur la façon dont nous-mêmes, les autres êtres humains, les autres espèces et notre maison commune sommes tous liés au Créateur. Lorsque nous ne voyons pas de manière claire et saine que nous sommes des créatures par rapport à un Créateur et les uns par rapport aux autres, dit-il, nous sommes exposés à la maladie de nous considérer comme des maîtres ayant le droit de piller la nature et de traiter les autres comme nous le jugeons bon (LS 2).

Comme il est important que les responsables religieux et les croyants aident à restituer au monde ce qui se cache derrière le sensible, à reconnaître qu’il existe un Créateur dont l’existence est également connue par la raison, et que ce fait devrait influencer la façon dont nous traitons chacune des créations du Créateur. C’est et cela doit être le travail commun des communautés religieuses à l’appui non seulement des fruits, mais aussi des racines du développement durable.

Les « indicateurs » les plus importants qui évaluent un développement véritablement durable ne seront pas réalisés dans le cadre des négociations de l’ONU ou par le travail acharné de la commission statistique de l’ONU. Ils n’incluront pas de données désagrégées sur le nombre de personnes qui ont été sorties de la pauvreté ou le nombre de toxines éliminées de notre air ou de notre eau. Les indicateurs les plus importants du progrès vers un développement véritablement durable seront qualitatifs et non quantitatifs. Plus précisément, ils seront éthiques, mettant en évidence la formation des personnes et des peuples, un à la fois, pour devenir de meilleurs hommes et femmes, garçons et filles, ceux qui se considèrent comme les gardiens de leurs frères et sœurs et répondent en conséquence, ceux qui comprennent qu’ils ne sont pas maîtres, mais les intendants chargés de protéger et de développer le don de la création pour le laisser meilleur qu’ils ne l’ont reçu pour les générations futures.

Plus les dirigeants religieux sont capables de s’associer entre eux, mieux ils serviront les peuples du monde et collaboreront efficacement avec la communauté internationale dans la mise en œuvre du Programme de développement durable. C’est parce que la contribution la plus importante des communautés religieuses aidera tout le monde à voir à la fois les causes des crises actuelles que nous travaillons ensemble à résoudre, car nous cherchons à éradiquer la culture des déchets au cœur du problème, et la solution : Une écologie intégrale qui mènera au développement intégral et durable et à la mobilisation dans la solidarité et la responsabilité, nécessaire pour faire de cette écologie intégrale une réalité.

Merci beaucoup pour votre aimable attention.

  1. Populorum Progressio n. 76.

Traduction de Zenit, Constance Roques

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