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19 février 2017

« En Afrique, il faut briser le triangle du désastre pour en finir avec le terrorisme »

Pour le président de la Banque africaine de développement (BAD), la lutte contre le chômage des jeunes et pour l’agriculture et l’accès à l’énergie sont indispensables.

Akinwumi Adesina à Abidjan, le 21 mars 2016.

Présent au 28e sommet de l’Union africaine (UA) à Addis-Abeba, le président de la Banque africaine de développement (BAD), Akinwumi Adesina, défend une réponse africaine à la menace terroriste qui associe sécurité et développement. L’ancien ministre nigérian de l’agriculture, devenu président de la BAD en mai 2015, plaide particulièrement pour l’accès des Africains à l’énergie et la création massive d’emplois pour les jeunes. Il estime également que seuls des investissements conséquents dans le secteur agricole peuvent sortir de la pauvreté les 65 % d’Africains vivant en milieu rural.

La menace terroriste n’a jamais été aussi pressante sur le continent avec les chabab, Boko Haram, Al-Qaida au Maghreb islamique, Ansare Dine, l’organisation Etat islamique… Comment construire une réponse africaine efficace et durable ?

A regarder attentivement la cartographie de la menace terroriste en Afrique, on s’aperçoit qu’elle correspond à ce que j’appelle le triangle du désastre. Le premier indicateur, c’est le niveau de pauvreté très élevé dans le monde rural. Le second élément, c’est le très fort taux de chômage chez les jeunes. Il y a enfin la dégradation de l’environnement du fait du changement climatique. Partout en Afrique où vous trouvez ce triangle du désastre, vous trouvez la menace terroriste : au nord-Mali avec Al-Qaida au Maghreb islamique, Ansare Dine, le Mouvement pour l’unicité et le djihad en Afrique de l’Ouest (MUJAO) ; au nord du Kenya avec les chabab ; au sud-est du Niger et au nord-est du Nigeria avec Boko Haram.

Si nous voulons en finir avec ces menaces et actions terroristes, nous devons, outre sur la sécurité, agir sur un certain nombre de leviers. Premièrement, il nous faut transformer les zones de misère en zones de prospérité. Il nous faut également offrir à la jeunesse africaine des perspectives d’emplois. L’Afrique compte aujourd’hui près de 480 millions de jeunes. Chaque année près de 13 millions de jeunes Africains arrivent sur le marché de l’emploi alors qu’il n’existe que 3 millions de postes. Que faire des 10 autres millions ?

Certains se désespèrent et s’engagent dans des aventures périlleuses comme on a pu le voir avec ces bateaux de fortune de migrants lancés à l’assaut de la Méditerranée. D’autres deviennent des proies faciles pour les groupes terroristes. A cet enjeu majeur, il faut une solution globale et inclusive. C’est pourquoi la Banque africaine de développement (BAD) ambitionne d’aider les Etats africains à créer 25 millions d’emplois pour les jeunes Africains sur les dix prochaines années.

Lire l’entretien :   « Le Sahel est une bombe démographique »

« L’accès à l’énergie est autant une question de développement qu’un enjeu de sécurité »
 

Certains Etats en situation d’extrême fragilité comme la Somalie peinent à convaincre les bailleurs de financer la reconstruction et le développement. Comment éviter de leur imposer une double peine, en leur refusant l’accès aux guichets alors qu’ils paient déjà un lourd tribut au terrorisme ?

Il est important de continuer à accompagner et soutenir les Etats en situation de fragilité. Dans le cas particulier de la Somalie, nous travaillons avec le Royaume-Uni pour doter le pays d’infrastructures de qualité. La BAD dispose d’un instrument spécifique pour accompagner les Etats en transition : le Fonds africain du développement, qui a fait l’objet d’une reconstruction de près de 7,2 milliards de dollars (6,7 milliards d’euros) en novembre 2016 à Luxembourg.

Cet instrument nous a permis de soutenir les efforts de la Côte d’Ivoire pour sortir de la fragilité et devenir une des économies les plus dynamiques du continent avec près de 10 % de croissance. Partout où il y a fragilité de l’Etat, il y a faiblesse des institutions, déficit d’énergie, faible niveau de formation. Nous devons être aux côtés des Etats concernés pour les aider à renforcer leur résilience. L’exemple de la Côte d’Ivoire conforte mon optimisme et m’amène à penser que même les pays du continent actuellement en difficulté extrême ne sont pas définitivement condamnés.

Aux côtés des Etats et des bailleurs de fonds traditionnels, le secteur privé peut-il jouer un rôle dans les efforts pour sortir de la fragilité des pays comme le Burundi, le Soudan du Sud, la Centrafrique, la République démocratique du Congo ?

Le piège serait justement ne pas investir dans ces pays sous prétexte qu’ils sont en situation de fragilité. Nous comprenons les réticences du secteur privé qui peut considérer l’absence d’institutions fortes et d’infrastructures comme des freins. Il faut donc en même temps éviter que ces pays-là soient abandonnés à leur sort. C’est pour cette raison que nous, à la BAD, avons créé un instrument doté de 250 millions de dollars (233 millions d’euros) pour encourager le secteur privé à investir dans les Etats en transition comme la Centrafrique, la République démocratique du Congo, le Soudan du Sud. Il s’agit pour la BAD de se tenir aux côtés des hommes d’affaires pour partager les risques liés à leurs investissements dans ces pays.

Lire aussi :   La Bourse de Nairobi est-elle la pire au monde ?

A en croire une étude du Programme des Nations unies pour le développement (PNUD), seuls deux pays d’Afrique subsaharienne, Maurice et les Seychelles, assurent l’électricité à tous leurs habitants. Dans d’autres pays, le taux d’accès tourne autour de 10 %. Comment l’Afrique peut-elle relever cet immense défi ?

J’ai honte de la situation de l’accès à l’énergie en Afrique. Sans énergie, on ne peut même pas assurer une éducation de qualité aux enfants. Les terroristes profitent de l’obscurité entraînée par l’absence d’électricité pour commettre leurs forfaits – c’est autant un problème de développement qu’une question de sécurité. J’ai donc décidé dès mon entrée en fonction en 2015 de faire de l’accès à l’énergie un chantier majeur de mon mandat. Nous avons lancé le « Nouveau pacte pour l’énergie pour l’Afrique » qui vise à résoudre durablement le problème. Il ne s’agit pas seulement d’éclairer mais aussi de faire en sorte que l’Afrique nourrisse l’Afrique à travers le développement de l’agro-industrie, l’industrialisation, l’intégration régionale.

« Nous voulons arriver à un premier niveau de transformation des matières premières sur place afin qu’elles apportent une valeur ajoutée »

 

L’énergie est un préalable et la BAD l’a compris. C’est pour cette raison qu’elle va mettre sur la table 12 milliards de dollars (11,2 milliards d’euros) pour les dix prochaines années. Nous escomptons, à partir de notre mise, un effet de levier de 50 milliards de dollars en faveur de l’accès à l’énergie en Afrique. Rien que pour 2016, nous avons investi près de 1,7 milliard de dollars sur ce point, ce qui a entraîné 2,8 milliards apportés par le secteur privé. Signe de la priorité que nous accordons à l’urgence énergétique, une vice-présidence de la Banque chapeaute un complexe spécifiquement créé pour l’énergie : c’est un cas unique dans les organisations multilatérales. Il colle à l’immensité du défi.

Nous n’aurons d’autre choix que d’exploiter au maximum les opportunités offertes par les énergies renouvelables : le solaire, l’hydroélectrique, le géothermique et même le charbon puisqu’il existe des techniques pour le rendre moins polluant. Avec l’Union africaine, nous avons mis en place l’« Initiative énergie renouvelable pour l’Afrique ». La cellule technique d’implantation de cette initiative est déjà en place à la BAD. Nous sommes fermement convaincus que résoudre le problème d’accès à l’énergie en Afrique, c’est aussi résoudre les problèmes de stabilité et de développement.

Lire la série de reportages :   Traversée d’une Afrique bientôt électrique

Vous qui prônez un « retour du continent à la terre » – l’agriculture –, quelle est votre position sur l’achat des terres agricoles africaines par des investisseurs étrangers, notamment de la Chine et du Golfe ?

Si les terres africaines suscitent tant de convoitises, c’est parce qu’elles présentent un potentiel immense. L’Afrique concentre près de 65 % des terres arables dans le monde. Paradoxalement, elle importe chaque année pour près de 35 milliards de dollars de produits alimentaires. Il faut sortir de cette situation inacceptable ! En passant d’abord d’une agriculture de subsistance à une agriculture business qui produit de la richesse. Près de 65 % d’Africains, les plus pauvres, vivent dans le milieu rural et dépendent de l’agriculture. Moi qui suis enfant de paysan, j’ai vécu la pauvreté dans ma chair. Et je souhaite aider les agriculteurs africains à en sortir.

Sur les dix prochaines années, la BAD envisage ainsi d’investir 24 milliards de dollars dans l’agriculture, l’enjeu étant de mettre un terme à la situation actuelle qui amène nos Etats à exporter sans transformation nos matières premières agricoles telles que le café, le cacao, le coton. Nous voulons plutôt arriver à un premier niveau de transformation de ces matières premières sur place afin qu’elles apportent une valeur ajoutée à nos économies et créent des emplois.

Plus stratégiquement, nous avons décidé d’accompagner l’émergence d’une génération de jeunes agro-entrepreneurs africains auxquels nous apporterons le financement et l’accompagnement technique. L’Afrique ne peut plus continuer à pratiquer l’agriculture pour créer des emplois et de la richesse pour les autres. L’avenir de notre continent sera fonction de ce qu’il fera de son agriculture. C’est par elle que passe également la solution durable et efficace à la pauvreté et à la misère qui nourrissent le terrorisme et l’instabilité.

Seidik Abba (Addis-Abeba - contributeur Le Monde Afrique)

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01 février 2017

Moussa Faki élu Président de la Commission de l’Union africaine. Qui est-il ? (Portrait)

Moussa Faki Pdt Commission UA.jpgLe 28e sommet de l’Union africaine a commencé ce 30 janvier à Addis-Abeba en Éthiopie. La communauté africaine devra se prononcer sur plusieurs dossiers durant deux jours. Avant, elle a tranché sur la présidence de la Commission de l’Union africaine et c’est le tchadien Moussa Faki qui a été élu. Il était en lice contre quatre autres candidats.

Ministre des Affaires étrangères au Tchad depuis 2008, Moussa Faki Mahamat né le 21 juin 1960 faisait partie des favoris à la succession de la Sud-Africaine Nkosazana Dlamini-Zuma. Le Sénégalais Abdoulaye Bathily et la Kényane Amina Mohamed faisaient eux aussi figure de favoris. Malgré l’absence de consensus sur une candidature unique en Afrique Centrale, 39 des 54 chefs d’États africains ont décidé de porter le tchadien à la tête de la CUA.

Juriste de formation, il est titulaire d’une licence et d’un DESS en droit public obtenus à l’université Marien Ngouabi de Brazzaville. En 1992, commence sa longue carrière politique. Jusqu’à 1997, il sera passé par, la Commission électorale nationale indépendante où il occupait la fonction de Grand Rapporteur général, le ministère du plan et aussi le ministère des Postes et des Télécommunications où il était Directeur général. Il devient Directeur du Cabinet civil du Président Idriss Deby en 1999 jusqu’en 2002 où il devient ministre des Travaux publics et des Transports. De juin 2003 à février 2005 il est Premier ministre, Chef du Gouvernement avant d’être nommé en 2008, ministre des Affaires étrangères.

Sur le plan international, il a œuvré pour l’entrée du Tchad en tant que membre non permanent au Conseil de Sécurité des Nations Unies. Il a joué un grand rôle dans l’accession du Tchad à la Présidence tournante de l’UA en 2016. Il a donc été nommé par la suite Président du conseil exécutif de l’Union africaine et dans le cadre de la lutte contre Boko-Haram, la force mixte multinationale (FMM) dans le bassin du Lac Tchad a été mise en place.

Sous son impulsion, la FMM a obtenu un mandat de l’UA. Il a mené les travaux sur la charte de Lomé et de la décision de Kigali sur le financement de l’UA. Sa connaissance de grands dossiers lui donne l’expertise nécessaire et sa longévité lui a aussi permis d’apprendre aux côtés de Jean Ping et de Nkosazana Dlamini-Zuma.

Moussa Faki Mahamat, un panafricain

Le nouveau président de la commission de l’Union africaine se positionne comme un panafricain, qui compte faire entendre la voix de l’Afrique dans le concert des nations. D’ailleurs, dans une interview accordée à Jeune Afrique, le quinquagénaire tchadien déclarait  « le Tchad est mon village, l’Afrique est mon pays ». Son discours à ce  propos est étoffé par de nombreuses actions à son actif, ou simplement qu’il a eu à soutenir.

Estimant que, l’instabilité et l’absence de paix sont de sérieux freins aux ambitions africaines, il s’est employé dans de nombreuses missions de  paix ou des interventions militaires de soutien à des pays africains faisant face aux agressions par les milices religieuses et terroristes.

On lui connait d’ailleurs une grande implication dans les négociations ayant abouti à l’Accord d’Addis-Abeba pour le retour de la paix au Soudan du Sud en sa qualité de membre du Groupe de cinq de l’IGAD Plus (Afrique du Sud, Algérie, Nigéria, Rwanda et Tchad) , dans les pourparlers inter maliens sous l’égide de l’Algérie ayant abouti à l’Accord d’Alger pour la paix au Mali , en tant que représentant du Tchad , ainsi que la mise en place de la Force mixte multinationale de lutte contre Boko Haram dans le bassin du Lac-Tchad et son opérationnalisation .

Interrogé à  propos des interventions du Tchad dans la sous-région, il a intimé qu’il considérait  l’intervention du Tchad, comme une obligation et a ajouté  « C’est un devoir de solidarité ».

Le développement et la sécurité, comme axe de sa politique.

Dans sa vision de l’Afrique dans l’avenir, l’ancien ministre tchadien met l’accent sur deux aspects primordiaux à savoir le développement et la sécurité, qui vont de pair selon lui. Dans son programme il déclarait à ce sujet « L’expérience personnelle […], ajoutée à celle de mon pays, m’ont convaincu que tous les rêves que nous

pouvons légitimement nourrir pour notre continent et pour ses peuples demeurent des chimères tant que la paix, la stabilité et la sécurité n’auront pas définitivement prévalu ».

De manière plus explicite, les points d’ancrage de la vision de Moussa Faki sont :

  • Faire de la sécurité et stabilité, une exigence, avec comme objectif de faire taire les armes d’ici 2020.
  • Revigorer la jeunesse africaine , en prenant en compte ses besoins en matière de liberté, de modernité, de changement, d’éducation, de santé, d’emploi, et d’épanouissement physique, moral  et intellectuel .
  • Rehausser la femme en Afrique en ancrant le modèle démocratique  et des valeurs  de liberté, d’égalité, d’équité et de justice, qui s’opposerait à toutes formes de marginalisation et d’oppression de la gent féminine Africaine
  • renforcer la Gouvernance par la lutte pour une gouvernance démocratique et économique, tenant compte des réalités et des besoins des populations, et lutter contre la gabegie, l’enrichissement illicite et la corruption
  • placer l’environnement et le problème de migration au cœur des préoccupations par la mise en place des stratégies visant à faire respecter les engagements internationaux pour l’environnement et trouver des politiques régionales pour limiter considérablement les flux migratoires.
  • Un partenariat dynamique et égalitaire entre les pays africains et leurs partenaires internationaux
  • Rénover l’Union africaine, des points de vue administratifs et programmatiques et de ses processus décisionnels.
  • Dans son programme , Moussa Faki Mahamat conclut en disant « C’est à une prise en charge de nous-mêmes que je voudrais, avec le soutien de tous, inspirer et animer avec détermination  le renouveau tant souhaité de l’Union africaine. »

    Silver Agondjo et John Nzenze, http://africapostnews.com

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31 janvier 2017

Ibrahim Assane Mayaki : « Le Nepad pourrait devenir le PNUD africain »

NEPAD.jpgÀ la tête du Nepad depuis 2009, le Nigérien Ibrahim Assane Mayaki évoque avec Jeune Afrique l'évolution de cette institution et le défi du financement de l'organisation panafricaine.

Ibrahim Assane Mayaki, 65 ans, a été nommé en 2009 à la tête du Nouveau partenariat pour le développement de l’Afrique (Nepad). Ancien ministre des Affaires étrangères (1996-1997) et ancien Premier ministre du Niger (1997-2000), il s’est attelé à réformer cette institution qui a fêté ses 15 ans en 2016, et à l’intégrer au sein de l’Union africaine (UA).

Né en 2001 de la fusion du plan Omega, porté par le président sénégalais Abdoulaye Wade, et du Millennium African Plan de trois de ses homologues, le Sud-Africain Thabo Mbeki, le Nigérian Olusegun Obasanjo et l’Algérien Abdelaziz Bouteflika, l’organisation regroupe aujourd’hui 20 pays. Longtemps critiqué pour son inefficacité et son manque de communication, le Nepad pourrait devenir une véritable agence de développement africaine.

Le projet muri de longue date fait partie de la grande réforme de l’UA qui sera présentée lors de la retraite des présidents africains, ce dimanche soir à Addis-Abeba, veille de l’ouverture du 28e sommet de l’institution.

L’une de vos missions était d’intégrer le Nepad à l’Union africaine. Où en êtes-vous ?

L’intégration a été finalisée puisque que j’ai moi-même un statut de commissaire. J’ai un contrat signé par le président de la Commission. Tous nos systèmes sont ceux de l’Union africaine. Notre budget est adopté par la Commission. Du point de vue administratif et technique, cette intégration est faite.

Vous appelez aussi de vos vœux l’élargissement des compétences du Nepad, afin d’en faire une agence africaine de développement…

Tout ceci est intégré au projet de réforme de l’UA, supervisé par le président Kagame et qui sera soumis aux chefs d’État lors de leur retraite, ce soir. Si cette agence de développement se met en place, ce sera comme le Programme des Nations unies pour le développement (Pnud). Cela permettra une cohérence entre la fonction stratégique de la commission de l’UA et l’exécution prise en charge par cette agence de déploiement.

Cette grande réforme dont tout le monde parle, et dont le Nepad fait partie, aura-t-elle l’adhésion des chefs d’Etat ?

Je suis confiant, puisque ce sont ces mêmes chefs d’État qui ont demandé à ce que cette réforme ait lieu. Ensuite, le président Kagame ne l’a pas faite seul. Il a monté un comité qui représentait tout le continent, toutes les spécialités, il a fait des consultations très larges, il a créé les bases d’un consensus.

L’un des points essentiels, qui aura un impact sur le budget de la future agence de développement, est le futur mode de financement de l’organisation. La solution proposée, à savoir taxer les importations de tout le continent à hauteur de 0,2%, est-elle la bonne ?

Le grand avantage de cette formule est qu’elle a été éprouvée au niveau de la Cedeao. La formule a fait l’objet de quelques débats, puisqu’il y a quelques pays qui ont basé leur économie sur des zones duty free, mais les ministres des Finances ont finalement abouti à un accord pour sa mise en œuvre. Cela triplera les ressources de l’Union africaine. Le Nepad pourra être doté d’un budget plus important, pour nos programmes d’infrastructures, d’agricultures, ou liés au changement climatique.

L’UA a-t-elle les capacités d’absorber cette future manne financière ?

La gestion sera bien sûr un défi. Mais faites confiance aux ambassadeurs en poste à Addis-Abeba et au Conseil exécutif pour mettre la pression sur la Commission afin que cet argent ne soit pas gaspillé. La capacité d’absorption de l’UA devra être l’une des priorités du prochain président de la Commission. Il faudra que les dépenses correspondent à des résultats, qu’il soient quantifiables et visibles.

Votre pays, le Niger, a mis en place un Comité d’orientation stratégique pour le programme électronucléaire (Cospen). L’idée serait de produire de l’énergie nucléaire civil d’ici 2030.  Est-ce une bonne chose ?

Cela ne ferait pas sens qu’on n’y réfléchisse pas. Les Sud-Africains l’ont déjà fait. Nous avons la matière première : cela fait presque 50 ans que l’on produit du yellow cake (combustible nucléaire, ndlr) pour l’exportation. Nous avons notre coopération avec Areva, des ingénieurs formés de puis trente ans… On peut donc envisager un processus supervisé par l’AIEA qui nous amènerait vers une production pacifique et civile.

Votre deuxième mandat à la tête du Nepad se termine cette année. Quelle sera la suite ?

Mon mandat ne se terminera pas tout à fait à la date prévue, car les réformes en cours nécessiteront certainement une période de transition. Mais ce sont les chefs d’Etat qui décideront si c’est moi qui la mène.

Vous serez de nouveau candidat ?

Non, deux mandats sont largement suffisants.

Que ferez-vous ensuite ? Pensez-vous refaire de la politique au Niger ?

Non, pas du tout ! Je prendrai ma retraite et je m’occuperai de mes petits enfants !

Michael Pauron  & Vincent Duhem

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26 janvier 2017

Samir Amin : «L'Afrique doit refuser l'impérialisme de l'Europe»

Prof Samir Amin.jpgPour l’économiste, l'Afrique ne peut se développer que si elle se décide à refuser la nouvelle forme d’impérialisme à laquelle s’adonnent les européens. Ce que prône le Professeur Samir Amin. Ce dernier affirme que les Africains doivent imposer à l’Europe d’ouvrir des négociations, en commençant par dénoncer les Accords de partenariat économique (Ape), qui permettent en réalité, à l’Europe, de mettre la main sur les ressources africaines, sans contrepartie profitable à l’Afrique.

«L’Afrique, effectivement, dispose de quelques grands atouts, entre autres ses ressources naturelles, minières, en terres arables. Mais ces ressources naturelles, justement parce qu’elles sont importantes, font l’objet des convoitises de l’impérialisme », a déclaré Pr Samir Amin qui était l’invité de l’émission «Objection » de la Sud Fm.

Amadou Gueye, http://senego.com/samir-amin-lafrique-doit-refuser-limperialisme-de-leurope_417870.html

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21 janvier 2017

A quand l'entrée en vigueur de l'APE avec les pays de la Communauté d'Afrique de l'Est?

APE Pays CAE.pngLe projet APE, Accord de Partenariat Economique entre l‘UE et la Communauté des pays d’Afrique de l’Est, ne fait pas l'unanimité au sein de cette communauté. Certains pays refusent de coopérer.

L'Union européenne négocie actuellement un accord de libre échange avec les six pays de  la CEA, la Communauté d’Afrique de l’Est (Kenya, Burundi, Ouganda, Tanzanie, Rwanda et Soudan du Sud). Un accord censé être signé début février, mais, si le Kenya et le Rwanda ont déjà signé ce traité avec l’Union européenne de manière bilatérale, le Burundi s’y refuse, rappelle la taz, die tageszeitung. La raison  est que l’UE a gelé son aide au développement à cause de la crise politique qui agite le pays depuis les élections de 2015.  Et ce n’est qu’après de longues hésitations que l‘Ouganda a annoncé, en septembre dernier, vouloir signer ce traité appelé APE, Accord de Partenariat Economique.

Ghana Ölindustrie (imago/Xinhua)

Raffinerie au Ghana

Quant à la Tanzanie, elle n’entend toujours pas signer dans l’état actuel des choses. Le gouvernement ne voit dans ces APE que des désavantages pour la libéralisation de sa propre industrie et son développement. Mais le risque est que les pays qui refuseraient de signer voient se tarir l’aide européenne au développement.

Plusieurs accords commerciaux entre l’UE et les États de l’Afrique trouvent leur origine dans le sommet de Cotonou au Bénin en l’an 2000. Les pays africains sont censés pouvoir exporter sans taxes vers l’UE leurs produits leurs produits alimentaires comme poissons ou mangues, leurs matières premières tels que pétrole, minerais ou coton. Cela est censé renforcer l’économie et créer des emplois afin de lutter à longue échéance contre les raisons de l‘émigration des Africains vers l’Europe.

Mittelmeer Migranten und Flüchtlinge in Schlauchboot (picture-alliance/AP Photo/S. Diab)

Les APE, les Accords de Partenariat Economique entre l'UE et les pays d'Afrique sont censés apporter la prospérité et mettre fin un jour à l'émigration.

Par ailleurs, les pays en développement ont le droit de n’ouvrir que progressivement leurs marchés pour les produits de l’UE, afin de ne pas mettre en danger la production locale.

Mais  certains pays se sentent en position de dépendance vis à vis de l'UE, souligne die tageszeitung.

Afrika Kaffeeanbau Illustration (picture alliance/Tone Koene)

Production de café au Kenya

Les tergiversations sur les accords menacent déjà l’intégration régionale: comme la Communauté d’Afrique de l’Est est une union économique et douanière, il faut que les six Etats qui la composent signent tous les accords avec l’UE afin de pouvoir les appliquer. Initialement, le Kenya était opposé aux APE. Jusqu‘à ce qu’en 2014, l’UE introduise des taxes douanières sur plusieurs produits kényans. Le Kenya a alors changé sa position et s’efforce actuellement de faire pression sur ses voisins. 

La taz souligne que même les APE que l’UE a négociés ou négocie avec d’autres communautés africaines, avec la CEDEAO ou la SADC, ne font pas l’unanimité au sein même de ces communautés.

Autre thème: Les transferts d'argent des émigrés africains

Dans un article intitulé : "L’Afrique sous perfusion des émigrés ", la FAZ, la Frankfurter Allgemeine Zeitung relève que pour de nombreux pays africains, les virements d’argents de leurs émigrés sont parfois une question de survie, du moins une source financière importante pour les familles de ceux qu’on appelle en Europe des "réfugiés économiques". 

Ces transferts d’argent des émigrés africains en Europe vers leurs  pays d’origine est un aspect qui explique le manque de volonté de certains États africains de coopérer lors du rapatriement de ressortissants dont le statut de résident dans des pays européens est contesté.

Rien qu’en 2015, 35 milliards de dollars ont été transférés vers l’Afrique. Sachant cela, il est clair que l’offre de l’UE en novembre 2015 de verser aux principaux pays africains d’émigration la somme de 1,8 milliard d’euros pour la "réintégration" de demandeurs d’asile africains déboutés, ait provoqué l’hilarité au sud du Sahara, souligne la FAZ .   

L’exemple du Nigeria montre à quel point les virements d’argent à partir de l‘étranger sont importants pour l’économie de la patrie d’origine d’un émigré. Rien qu’en 2015, plus de 20 milliards d’euros ont été transférés dans ce pays le plus peuplé d’Afrique avec ses 180 millions d‘habitants. Cette somme équivaut à 4% du PIB ! Selon les estimations de la Banque Mondiale un tiers de tous les produits importés au Nigeria sont financés avec l’argent de la diaspora nigériane. 

Mobile Banking Afrika (picture-alliance/Landov)

Les migrants internes en Afrique contribuent aussi à nourrir leurs familles restées au pays.

Outre le Nigeria, le Sénégal, le Mali, le Bénin et la Gambie sont parmi les pays dont sont issus une grosse partie de ceux qu’on appelle des "réfugiés économiques" en Europe. Près d’un milliard et demi d’euros sont transférés chaque année vers le Sénégal ce qui correspond à  11,7 % du PIB. Le Mali reçoit près de 850 millions d’euros (soit 6,8% de son PIB) et même le petit Bénin reçoit de l’étranger plus de 300 millions d’euros (soit 3,6% de son PIB). Dans le cas de la Gambie, qui n’a que 2 millions d’habitants mais qui compte un grand nombre d’émigrés, plus de 22 % du PIB proviennent de l’étranger ! 

Pour de nombreux pays subsahariens les virements de l’étranger sont de loin le plus important instrument du développement, résume le journal de Francfort. Très souvent, cette manne financière ne dépasse pas seulement les montants de l’aide au développement classique, mais aussi ceux des investissements étrangers directs ! -( à l’exception des investissements chinois dans le domaine des matières premières). C’est pourquoi aucun gouvernement africain n’a sérieusement intérêt à freiner l’exode de ses concitoyens", conclut la FAZ

Auteur Philippe Pognan, Afro-presse (hebdomadaire)

http://www.dw.com/fr

 

 

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L'article à lire pour comprendre ce qu'il se passe en Gambie

Adama Barrow Prestation serment à Dakar.jpgDes soldats étrangers sont finalement entrés en Gambie. Les troupes de cinq pays d'Afrique de l'Ouest sont intervenues, jeudi 19 janvier, pour forcer Yahya Jammeh à laisser sa place au président élu, Adama Barrow. Président depuis vingt-deux ans, Yahya Jammeh a perdu l'élection présidentielle du 1er décembre, mais renonce à quitter le pouvoir. Il a également décrété l'état d'urgence dans le pays. 

Un président sortant qui s'accroche au pouvoir, un président élu en exil, une intervention militaire internationale : la Gambie est dans l'incertitude. On vous résume la situation.

C'est quoi, la Gambie ?

La Gambie est le plus petit pays (en superficie) d’Afrique continentale. Presque trois fois moins étendu que la Belgique, il comptait 2 millions d'habitants en 2015, selon la CIA, soit autant que la Slovénie. 

Le pays est enclavé dans le Sénégal, avec lequel il partage 749 km de frontières. Il couvre une bande de 15 à 25 km de large de part et d'autre des 320 derniers kilomètres du fleuve Gambie. La langue officielle de la Gambie est l'anglais depuis son indépendance du Royaume-Uni en 1965. En 2014, le président Yahya Jammeh a annoncé que l'arabe deviendrait la langue officielle, pour des raisons religieuses, mais sans annoncer de calendrier. Incongru dans une région où l'anglais et le français dominent, et où les populations locales ne parlent pas l'arabe. 

Un an plus tard, Yahya Jammeh annonce que la Gambie est désormais un "Etat islamique". Une déclaration interprétée par Le Monde comme "un appel du pied aux monarchies du Golfe" et à leurs pétrodollars. 

Classée parmi les pays les moins développés du monde, la Gambie pâtit d'indicateurs socio-économiques médiocres. Le pays était classé 175e sur 188 en matière de développement humain (IDH) en 2014, selon les Nations unies. Le taux d’alphabétisation atteint péniblement les 50%, selon le ministère des Affaires étrangères. Un tiers des Gambiens vivaient sous le seuil de pauvreté (fixé à 1,20 euro par jour) en 2014, rappelle Le Point.

"Les entraves aux capitaux étrangers sont également renforcées par une aggravation de la prédation économique exercée par le cercle présidentiel", précise le Quai d'Orsay. Cette situation a poussé de nombreux Gambiens à émigrer au Sénégal, mais aussi en Europe. Pour preuve, la Gambie est le pays dont le nombre de migrants ayant tenté la traversée de la Méditerranée pour gagner l'Italie a été le plus important, si on le rapporte à sa population totale, indique Le Point.

"Les entraves aux capitaux étrangers sont également renforcées par une aggravation de la prédation économique exercée par le cercle présidentiel", précise le Quai d'Orsay. Cette situation a poussé de nombreux Gambiens à émigrer au Sénégal, mais aussi en Europe. Pour preuve, la Gambie est le pays dont le nombre de migrants ayant tenté la traversée de la Méditerranée pour gagner l'Italie a été le plus important, si on le rapporte à sa population totale, indique Le Point.

Que se passe-t-il là-bas ?

Devenu président de la Gambie en 1994, à l'âge de 29 ans, après un coup d'Etat, Yahya Jammeh a créé la surprise le 2 décembre dernier en reconnaissant sa défaite à l'élection présidentielle. Il est arrivé deuxième avec 39,6% des voix, contre 43,3% pour son opposant Adama Barrow, selon la Commission électorale indépendante. Mais, coup de théâtre, le 9 décembre, le président sortant annonce à la télévision qu'il ne reconnaît plus les résultats, arguant que des erreurs ont été commises par la Commission électorale indépendante (IEC). Il saisit alors la Cour suprême, mais son recours est rejeté.

Dénonçant "un niveau d'ingérence étrangère exceptionnel et sans précédent" dans le processus électoral, Yahya Jammeh proclame l'état d'urgence le 17 janvier. La pression s'accentue autour de l'ancien président, avec la mobilisation de 7 000 soldats aux frontières de la Gambie par la Communauté économique des Etats de l'Afrique de l'Ouest, la Cédéao.

Le Sénégal, qui a accueilli Adama Barrow depuis que Yahya Jammeh a refusé de quitter le pouvoir, permet au président élu de prêter serment à Dakar, à l'ambassade de Gambie, le 19 janvier. A l'initiative de la Cédéao, l'armée sénégalaise entre le même jour en Gambie, sans rencontrer de résistance, pour faire pression sur l'ancien président.

Vendredi 20 janvier, les troupes se sont retirées pour permettre à une dernière tentative de médiation des présidents mauritanien et guinéen d'aboutir. La Cédéao menace d'utiliser la force en cas d'échec. Plus de 45 000 personnes ont fui la Gambie depuis début janvier, en majorité vers le Sénégal, selon le Haut-Commissariat de l'ONU pour les réfugiés (HCR).

Pourquoi Yahya Jammeh a-t-il changé d'avis et veut maintenant se maintenir au pouvoir ?

"Manifestement, il ne s'attendait pas à sa défaite. Et c'est, selon moi, pour cela qu'il a, dans un premier temps, accepté le résultat du scrutin", explique Jean-Claude Marut, chercheur associé au Laboratoire des Afriques dans le monde de Sciences Po Bordeaux. Pris au dépourvu, Yahya Jammeh n'a d'autre choix que d'accepter le résultat du scrutin du 1er décembre. Mais son objectif est de rester au pouvoir. 

"Même si on a promis à Yahya Jammeh qu'il n'allait pas être poursuivi, son entourage a beaucoup à se reprocher. Ses proches l'ont peut-être poussé à contester le résultat de l'élection afin d'échapper aux poursuites", analyse le chercheur. L'entourage présidentiel pourrait en effet être jugé pour atteintes aux droits de l'homme, rappelait Géopolis en 2014.

Mais Yahya Jammeh, c'est un dictateur ?

Il répond lui-même à la question. "Je ne suis qu'un dictateur du développement", a-t-il déclaré en mai 2016 à Jeune Afrique. "Où est le problème ? Des gens qui meurent en détention ou durant des interrogatoires, c’est commun !" avait-il ajouté. Enfermements d'opposants, exécutions : Yahya Jammeh "bafoue de manière systématique et impunie les droits humains les plus élémentaires des populations", estime la Commission africaine des droits de l’homme et des peuples (CADHP), citée par Le Monde.

"Il est imprévisible, mais il n'est pas fou", nuance Jean-Claude Marut. Yahya Jammeh est pourtant resté au pouvoir pendant vingt-deux ans, utilisant tous les moyens à sa disposition pour se maintenir en place. Paranoïaque, il utilise les services secrets pour épier la population, faisant de Banjul la capitale "la plus surveillée d'Afrique", selon France 24. Il a également affirmé avoir des talents de guérisseur et être capable de soigner de nombreuses maladies comme le sida, l'asthme, l'épilepsie ou la stérilité.

Mais comment un dictateur aurait-il pu perdre la présidentielle ? "L'élection du 1er décembre en elle-même est considérée comme libre, affirme Jean-Claude Marut. Mais les pressions ont pu se faire en amont. La surveillance, les arrestations d'opposants et le soutien à certaines franges de la population ont permis à Yahya Jammeh de gagner les élections jusqu'à présent."

Et le Sénégal intervient dans cette affaire. Mais il ne voudrait pas en profiter pour envahir la Gambie ?

"Confier au Sénégal la résolution de ce conflit est problématique, estime Jean-Claude Marut. Pour le Sénégal, la Gambie est une gêne à la fois politique et économique." Les frontières entre les deux pays sont l'héritage de la décolonisation, et le Sénégal ne cesse de le rappeler. La Gambie sépare presque le nord et l'est du Sénégal de sa partie sud, appelée Casamance. Dakar y voit une remise en cause de son unité nationale. "Supprimer cette enclave pour réunir les deux parties du Sénégal est un vieil objectif du pouvoir sénégalais", rappelle Jean-Claude Marut. Par le passé, la Gambie n'a pas hésité non plus à soutenir la rébellion sénégalaise de Casamance pour affaiblir son voisin, rappelle Slate Afrique

Dans le même temps, des tensions économiques apparaissent du fait de ce positionnement géographique. Le commerce sénégalais a besoin de la Gambie pour accéder à son fleuve, par où entrent des marchandises du monde entier. En avril 2016, rapportait RFI, la Gambie en avait profité en multipliant par 100 les tarifs douaniers. Les routiers sénégalais avaient alors bloqué la frontière pour protester contre cette mesure. "Le problème est de savoir ce que va faire le Sénégal, si le président élu s'installe vraiment au pouvoir", affirme le chercheur du CNRS.

Du coup, le nouveau président soutient le Sénégal ?

Le Sénégal est le "meilleur ami du monde" de la Gambie, selon Adama Barrow. "Rien ne montre qu'il [Adama Barrow] a des liens avec le Sénégal, tempère le chercheur du CNRS. Les Gambiens seront bien contents d'être séparés de Yahya Jammeh, mais, sans faire de procès d'intention, des questions se poseront sur la légitimité d'Adama Barrow." Même s'il a été élu en Gambie, Adama Barrow devra prouver qu'il tient sa légitimité de l'élection présidentielle elle-même, et non pas du soutien du Sénégal, où il s'est réfugié pendant la crise. 

Euh, au fait, on ne m'a toujours pas dit qui était Adama Barrow, le nouveau président ?

Adama Barrow était un inconnu jusqu'en octobre 2016, rappelle Ouest France. Le nouveau président est d'abord un homme d'affaires de 51 ans ayant fait fortune dans l'immobilier, ce qui lui vaut d'être surnommé le "Donald Trump de l'Afrique". Au Parti démocratique unifié (UDP), principale organisation d'opposition, il débute comme militant, puis devient trésorier avant d'être désigné candidat à l'élection présidentielle. Il passe quatre ans au Royaume-Uni pour se former à la négociation immobilière. Pour financer sa formation, il travaille en tant que vigile dans un magasin du nord de Londres, où il est devenu fan du club de foot d'Arsenal. Il est marié à deux femmes et est père de quatre enfants.

J'ai entendu dire que le fils du président élu a été dévoré par des pitbulls ? C'est quoi, cette histoire ?

Les circonstances du drame sont troubles. Dimanche 15 janvier, Habib Barrow, 8 ans, a été dévoré par quatre pitbulls dans la capitale gambienne, Banjul, rapporte la BBC (article en anglais). Le fils du président gambien est mort des suites de ses blessures.

Lors de sa fuite vers le Sénégal, trois jours plus tôt, Adama Barrow avait pris soin de déposer son fils chez une tante près de la station balnéaire de Senegambia, selon Le Monde. Pour des raisons inconnues, cette femme aurait alors emmené l'enfant chez son beau-frère, un homme d'affaires propriétaire de chiens dangereux. Dans l'après-midi du 15 janvier, une femme de ménage aurait fait la macabre découverte. "Ce sont les cris de la femme de ménage qui ont ameuté le voisinage, a dit un voisin au MondeSur place, nous avons eu beaucoup de mal à chasser les gros chiens qui avaient déjà entamé le petit au visage et surtout au ventre." Les rumeurs font un lien entre le départ en exil d'Adama Barrow et accusent le camp de Yahya Jammeh. Mais rien n'a été prouvé jusque-là. 

Je n'ai pas voulu tout lire, vous me faites un résumé ?

Adama Barrow, un homme d'affaires de 51 ans ayant fait fortune dans l'immobilier, a remporté l'élection présidentielle gambienne du 1er décembre 2016. Mais il a dû se réfugier au Sénégal car le président sortant, Yahya Jammeh, qui dirigeait le pays depuis vingt-deux ans, refuse le résultat. Ce dernier, qui assume ne pas respecter les droits de l'homme, avait pourtant accepté le résultat dans un premier temps.

Son refus de quitter le pouvoir peut s'expliquer par la peur de ses proches d'être traduits en justice par les vainqueurs de l'élection. Manœuvrier et imprévisible, l'ancien président a déclaré l'état d'urgence, pendant que les pays de l'Afrique de l'Ouest ont soutenu Adama Barrow en envoyant des soldats le long de la frontière entre la Gambie et le Sénégal, qui entend jouer un rôle majeur dans le règlement du conflit. 

Lâché par la communauté internationale, son armée et la population, qui ont laissé les soldats de la coalition africaine entrer en Gambie, Yahya Jammeh devrait bientôt quitter le pouvoir et s’exiler dans un pays voisin. 

Hugo Cailloux,franceinfo, France Télévisions
 
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