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16 juin 2017

Israël est de retour en Afrique

La participation du Premier ministre israélien Benyamin Netanyaou au 51ème sommet de la Communauté économique des États d’Afrique de l’Ouest (Cedeao) du 4 juin 2017 n’est que le point d’orgue de l’offensive diplomatique de l’État hébreu en Afrique. Elle avait débuté bien avant les élections des présidents Trump et Macron.

Cette offensive diplomatique a pris son véritable élan en juillet 2016, lorsque Benyamin Netanyaou s’est rendu au Kenya, en Ouganda, en Éthiopie et au Rwanda. Le slogan « Israël revient en Afrique, l’Afrique revient en Israël », lancé en février 2016, a été repris abondamment lors de ce premier périple africain d’un Premier ministre israélien, depuis la Guerre des six jours en 1967.

Un alignement des planètes

Le désengagement annoncé des États-Unis d’Amérique de Trump vis-à-vis de l’Afrique, conjugué à la nouvelle politique africaine de la France du président Macron, davantage ancrée dans le multilatéralisme et la politique européenne de développement, laisse un vide qu’Israël ne peut ignorer. La crise pétrolière qui affaiblit les intérêts géostratégiques des États du Golfe constitue une autre opportunité à saisir, d’autant que l’affrontement entre le wahhabisme et les Frères musulmans est un facteur d’affaiblissement de l’influence musulmane en Afrique et de division entre États hostiles à Israël.

En Afrique subsaharienne, le Mali, le Burkina Faso, le Niger, le Nigeria, le Cameroun et le Tchad, frappés par le terrorisme islamiste, sont demandeurs d’une aide multiforme, à laquelle Israël peut répondre. Israël peut aussi compter sur le président guinéen, Alpha Condé, président en exercice de l’Union africaine, et sur le président togolais, Faure Gnassingbé, élu président de la Cedeao, ce qui est un atout pour l’organisation du sommet Afrique-Israël, prévu à Lomé, en octobre 2017.

Des intérêts économiques liés à la géostratégie

La lutte contre le terrorisme et l’aide au développement sous-tendent cette offensive diplomatique. Il faut aussi ajouter, à l’arrière-plan, la dimension business et la stratégie de rompre l’isolement d’Israël au sein des instances onusiennes. Derrière l’Afrique se profile l’ONU.

Les traditionnelles ventes d’armes et le commerce des pierres précieuses sont évidemment toujours d’actualité, mais le catalogue s’est enrichi de l’agrobusiness, de l’énergie solaire, des domaines de l’eau et surtout des questions sécuritaires, telles que le renseignement, les écoutes, la numérisation des données individuelles et la protection des personnalités, particulièrement prisées par les dirigeants africains.

Les financements israéliens ne font pas défaut, comme en témoigne l’annonce, faite à Monrovia, de doter les États de la Cedeao d’un programme d’un milliard de dollars pour le développement de l’énergie solaire. Le groupe israélien Energiya Global devrait mettre en œuvre ce programme. En contrepartie, Israël souhaite un appui pour obtenir le statut d’Observateur de l’Union africaine au prochain sommet de l’Union africaine.

L’Afrique revient en Israël

On ne compte plus les visites officielles de personnalités africaines, ponctuées de déclarations bien intentionnées vis-à-vis d’Israël. Des cérémonies connotées sont organisées, comme celle de la plantation d’arbres au Jerusalem Grove of Nations ou le recueillement devant le Mur des Lamentations. Certaines personnalités en oublieraient presque que Jérusalem n’est pas reconnue internationalement comme capitale de l’État hébreu.

Si Israël est revenu en Afrique avec le concours d’États africains, il n’en reste pas moins que leur opinion publique est souvent loin d’y être favorable. En revanche, d’autres États, notamment ceux du Maghreb, y sont franchement hostiles. Le roi Mohammed VI n’a t-il pas renoncé au sommet de Monrovia, alors que son pays allait obtenir un feu vert pour son adhésion à la Cedeao ? L’organisation du sommet Afrique-Israël promet d’aviver les clivages entre les États africains et Israël et de mobiliser certaines opinions publiques.

 par Didier Niewiadowski

Didier Niewiadowski est un Juriste français. Il a été en service durant 38 ans au ministère de la Coopération et à celui des Affaires étrangères

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Développement en Afrique: Paris et Rabat en tandem pour restaurer l’équilibre

Développement en Afrique: Paris et Rabat en tandem pour restaurer l’équilibre

Le président français, Emmanuel Macron, s’est réjoui, mercredi 14 juin à Rabat, du rôle «croissant » joué par le Maroc en Afrique, soulignant que Rabat et Paris ont une politique commune à conduire dans ce continent. « Cette politique consistera à développer, avec l’aide des entrepreneurs privés et du monde éducatif et culturel, un modèle visant à repenser une relation équilibrée en Afrique en s’appuyant sur la société civile », a affirmé le président français lors d’une conférence de presse tenue au Palais royal de Rabat dans le cadre de la visite d’amitié et de travail de deux jours qu’il effectue au Maroc, à l’invitation du Roi Mohammed VI.
A une question sur l’intérêt particulier accordé, d’un côté, par le Maroc à l’Afrique, à travers des partenariats gagnant-gagnant et la volonté de la France de développer un nouveau partenariat tripartite entre l’Europe, le Maghreb et l’Afrique, de l’autre, le chef de l’État français a estimé que les deux pays doivent conjuguer leurs politiques africaines et travailler ensemble davantage de manière partenariale. « C’est une chance réciproque », a-t-il relevé.
Les deux pays sont animés par la même volonté de développement et de croissance du continent, a-t-il souligné se déclarant certain que l’adhésion du Maroc à la Communauté Économique des États de l’Afrique de l’Ouest (CEDEAO) y contribuera pour beaucoup. Il s’agira notamment, a indiqué le président Macron, de développer des infrastructures routières et énergétiques et d’aider les sociétés civiles à se développer.
S’agissant de la crise du Golfe, le chef de l’État Français a souligné qu’il a eu, au même titre que le Roi Mohammed VI, plusieurs entretiens avec les dirigeants des pays protagonistes de cette crise pour tenter de désamorcer la tension dans cette région.
« Notre souhait est de parvenir à faciliter le dialogue et à clarifier tous les liens et financements des groupes terroristes d’où qu’ils viennent », a-t-il affirmé.

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Yoshifumi Okamura : "Il faut préparer le terrain du développement qui est la paix et la sécurité"

Yoshifumi Okamura : "Il faut préparer le terrain du développement qui est la paix et la sécurité"CouvertureCrédits: Archives
 

L’ex-diplomate japonais qui était en fonction en Côte d’Ivoire en 2010, en a profité pour donner sa position sur les relations bilatérales entre son pays et la Côte d’Ivoire, mais aussi sur la réforme du Conseil de Sécurité de l’Onu, au moment où ce pays vient d’être élu membre non permanent à l’Onu.

Yoshifumi Okamura : "Il faut préparer le terrain du développement qui est la paix et la sécurité"

Excellence M. l’ambassadeur, quels sont les sentiments qui vous animent au moment où vous foulez à nouveau le sol de Côte d’Ivoire ?

Bien sûr, c’est la joie de revoir tous mes amis ivoiriens et de constater comment la Côte d’Ivoire a changé depuis que j’ai quitté ce pays. Il y a le 3epont, beaucoup de routes construites. J’ai fait un tour à Treichville. J’ai vu que tout a changé avec de nombreux restaurants, magasins, etc. L’essor économique est vraiment tangible. Les gens sont actifs. Je suis content de voir que la prospérité de cette ville est bien rétablie.

 

Au cours de votre séjour, vous avez été reçu par le Président Alassane Ouattara. De quoi avez-vous parlé ?

Cette visite, c’était d’abord pour renouer mon amitié personnelle avec le Président Ouattara. Mais nous avons beaucoup échangé sur le Conseil de sécurité. Vous savez que la Côte d’Ivoire vient d’être élue membre non permanent du Conseil de sécurité de l’Onu pour la période 2018-2019. C’est une sorte de transition entre le Japon et la Côte d’Ivoire, puisque mon pays a été élu membre non permanent du Conseil de sécurité pour 2016 et 2017. Nous avons également parlé de la coopération bilatérale, des problèmes du continent africain. Le Japon et la Côte d’Ivoire travaillent ensemble sur ces questions.

 

Qu’êtes-vous devenu, après votre départ de la Côte d’Ivoire comme ambassadeur ?

Je suis d’abord retourné à Tokyo comme Directeur général de la Ticad (Conférence internationale pour le développement de l’Afrique) où je m’occupais de toutes les questions touchantà l’Afrique. J’ai organisé une conférence, dans le cadre de la Ticad, en 2013 à Yokohama, et j’ai eu la chance de compter plus de quarante chefs d’Etat africains présents. Ils ont eu une rencontre bilatérale avec le Premier ministre Shinzo Abe. Après, celui-ci m’a demandé de choisir trois pays africains pour une visite officielle. Je lui ai demandé de commencer par la Côte d’Ivoire. Et le Président Alassane Ouattara, qui est un ami à moi, a organisé quelque chose d’extraordinaire en janvier 2014 : une session extraordinaire de la Cedeao dont il était Président en exercice. Beaucoup d’entre ses homologues étaient présents, notamment Goodluck Jonathan du Nigeria. Nous avons également organisé la Ticad VI à Nairobi (Kenya) à laquelle le Président de la Côte d’Ivoire a participé et a eu une rencontre bilatérale avec le Premier ministre Shinzo Abe. Je me suis également rendu à New York comme Représentant personnel adjoint de la Mission japonaise auprès des Nations unies où mon pays était membre non permanent du Conseil de Sécurité de l’Onu. Je m’occupais des questions liées à l’Afrique, notamment les problèmes au nord du Mali, le sahel, Bokoharam, la Somalie, le Soudan du Sud…Je me suis également occupé de la fin de la crise en Côte d’Ivoire avec le départ de l’Onuci. J’ai essayé de persuader les uns et les autres que la Côte d’Ivoire n’est plus un pays de conflit. C’est ainsi qu’il a été mis fin aux activités de l’Onuci en Côte d’Ivoire parce que ce pays est désormais en paix.

 

Le fonctionnement de la Ticadvous satisfait-il, à l’heure actuelle ?

Le concept de base de la Ticad est d’encourager le développement de l’Afrique sur le principe d’appropriation. Deuxièmement, nous ne parlons pas d’assistance économique à la Ticad, mais plutôt d’investissement et de commerce. Pour cela, il faut une participation massive du secteur privé. Il faut également encourager les agriculteurs, non seulement pour la sécurité alimentaire, mais aussi pour gagner de l’argent avec le développement agricole. Mais il faut préparer le terrain du développement qui est la paix et la sécurité. Il faut adresser la question de la pauvreté, des déséquilibres sociaux, etc. La Ticad fait des progrès. A Nairobi, à la Ticad VI, il y a eu une importante participation du secteur privé japonais. De nombreux hommes d’affaires sont venus du Japon pour prospecter et voir la réalité des activités économiques de l’Afrique. De plus en plus, le secteur privé japonais s’intéresse à investir en Afrique. Le Ticad VII aura lieu en 2019 au Japon. C’est tous les trois ans au Japon et ensuite, en Afrique.

 

Vous êtes également à la primature de votre pays, chargé de la réforme du Conseil de sécurité de l’Onu. Pouvez-vous nous en dire un mot ?

Vous savez, la réforme du Conseil de sécurité de l’Onu est une question primordiale. Plus de 70 ans après la création de l’Onu, le Conseil de sécurité n’a pas beaucoup changé, surtout au niveau des membres permanents qui sont toujours cinq. En même temps, le Japon, l’Inde, le Brésil et l’Allemagne qui forment le Groupe de quatre (G4), sont des membres inférieurs du Conseil de sécurité de l’Onu, malgré, par exemple, le niveau de contribution du Japon pour le compte des Nations unies. Ce n’est pas juste et je dirai même que c’est une injustice. Tout comme l’Afrique qui n’a aucune représentation au niveau des membres permanents. Il faut donc que le G4 et l’Afrique travaillent ensemble pour la réforme du Conseil de sécurité. Il faut que le Japon et la Côte d’Ivoireparlent surtout d’une même voix pour aborder ce sujet extrêmement important. Ce n’est pas facile et je dirai qu’il faut ce que j’appellerais une révolution.

 

Après le départ de l’Onuci, pensez-vous qu’il y a encore des défis que le pays doit relever ?

La Côte d’Ivoire n’est plus une zone de conflits et moi, je compte sur les Ivoiriens. Il y a la démocratie, la liberté et suffisamment de ressources domestiques. Je ne dis pas que le pays n’a pas de problèmes, mais les Ivoiriens doivent être capables de les résoudre par eux-mêmes. Ce n’est pas la peine d’avoir une présence onusienne.

 

Lors de votre séjour en Côte d’Ivoire, quels sont les moments qui vous ont marqué ?

C’est évidemment la crise, car j’ai été ambassadeur dans ce pays de 2008 à 2011. J’ai été non seulement témoin mais j’ai aussi survécu à la crise. Ça a été une période très dure pour tout le monde. Je suis fier des Ivoiriens. J’ai vu le courage de cepeuple, qui est sorti pour demander la paix, surtout les jeunes et les femmes qui tapaient des casseroles. C’était impressionnant ! Après six ans, je suis très confiant que la Côte d’Ivoire soit sortie du passé et j’espère en son avenir.

 

Quel message souhaiteriez-vous laisser aux Ivoiriens ?

Je suis très encouragé de voir la Côte d’Ivoire. C’est un pays qui est sorti de la crise, mais c’est aussi un pays très important, le noyau-clé de l’Afrique de l’Ouest. La prospérité et le développement économique de la Côte d’Ivoire sontaussi pour toute l’Afrique de l’Ouest. La stabilité et la démocratie de ce pays serontaussi le noyau-clé de cette sous-région. Je demande au peuple ivoirien de penser à l’avenir. La crise, c’est du passé. C’était dur. Il faut apprendre sûrement quelque chose du passé. Mais il faut penser à l’avenir. A la Côte d’Ivoire. A l’Afrique. Pourquoi sortir de l’Afrique pour aller en Europe ? Ce n’est pas le moment de sortir de l’Afrique. Cette Afrique qui a des possibilités, degrandes potentialités, un continent d’avenir.

 

Interview réalisée par Sylvain Namoya et Benoît Hili (Fraternité Matin)

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19 février 2017

« En Afrique, il faut briser le triangle du désastre pour en finir avec le terrorisme »

Pour le président de la Banque africaine de développement (BAD), la lutte contre le chômage des jeunes et pour l’agriculture et l’accès à l’énergie sont indispensables.

Akinwumi Adesina à Abidjan, le 21 mars 2016.

Présent au 28e sommet de l’Union africaine (UA) à Addis-Abeba, le président de la Banque africaine de développement (BAD), Akinwumi Adesina, défend une réponse africaine à la menace terroriste qui associe sécurité et développement. L’ancien ministre nigérian de l’agriculture, devenu président de la BAD en mai 2015, plaide particulièrement pour l’accès des Africains à l’énergie et la création massive d’emplois pour les jeunes. Il estime également que seuls des investissements conséquents dans le secteur agricole peuvent sortir de la pauvreté les 65 % d’Africains vivant en milieu rural.

La menace terroriste n’a jamais été aussi pressante sur le continent avec les chabab, Boko Haram, Al-Qaida au Maghreb islamique, Ansare Dine, l’organisation Etat islamique… Comment construire une réponse africaine efficace et durable ?

A regarder attentivement la cartographie de la menace terroriste en Afrique, on s’aperçoit qu’elle correspond à ce que j’appelle le triangle du désastre. Le premier indicateur, c’est le niveau de pauvreté très élevé dans le monde rural. Le second élément, c’est le très fort taux de chômage chez les jeunes. Il y a enfin la dégradation de l’environnement du fait du changement climatique. Partout en Afrique où vous trouvez ce triangle du désastre, vous trouvez la menace terroriste : au nord-Mali avec Al-Qaida au Maghreb islamique, Ansare Dine, le Mouvement pour l’unicité et le djihad en Afrique de l’Ouest (MUJAO) ; au nord du Kenya avec les chabab ; au sud-est du Niger et au nord-est du Nigeria avec Boko Haram.

Si nous voulons en finir avec ces menaces et actions terroristes, nous devons, outre sur la sécurité, agir sur un certain nombre de leviers. Premièrement, il nous faut transformer les zones de misère en zones de prospérité. Il nous faut également offrir à la jeunesse africaine des perspectives d’emplois. L’Afrique compte aujourd’hui près de 480 millions de jeunes. Chaque année près de 13 millions de jeunes Africains arrivent sur le marché de l’emploi alors qu’il n’existe que 3 millions de postes. Que faire des 10 autres millions ?

Certains se désespèrent et s’engagent dans des aventures périlleuses comme on a pu le voir avec ces bateaux de fortune de migrants lancés à l’assaut de la Méditerranée. D’autres deviennent des proies faciles pour les groupes terroristes. A cet enjeu majeur, il faut une solution globale et inclusive. C’est pourquoi la Banque africaine de développement (BAD) ambitionne d’aider les Etats africains à créer 25 millions d’emplois pour les jeunes Africains sur les dix prochaines années.

Lire l’entretien :   « Le Sahel est une bombe démographique »

« L’accès à l’énergie est autant une question de développement qu’un enjeu de sécurité »
 

Certains Etats en situation d’extrême fragilité comme la Somalie peinent à convaincre les bailleurs de financer la reconstruction et le développement. Comment éviter de leur imposer une double peine, en leur refusant l’accès aux guichets alors qu’ils paient déjà un lourd tribut au terrorisme ?

Il est important de continuer à accompagner et soutenir les Etats en situation de fragilité. Dans le cas particulier de la Somalie, nous travaillons avec le Royaume-Uni pour doter le pays d’infrastructures de qualité. La BAD dispose d’un instrument spécifique pour accompagner les Etats en transition : le Fonds africain du développement, qui a fait l’objet d’une reconstruction de près de 7,2 milliards de dollars (6,7 milliards d’euros) en novembre 2016 à Luxembourg.

Cet instrument nous a permis de soutenir les efforts de la Côte d’Ivoire pour sortir de la fragilité et devenir une des économies les plus dynamiques du continent avec près de 10 % de croissance. Partout où il y a fragilité de l’Etat, il y a faiblesse des institutions, déficit d’énergie, faible niveau de formation. Nous devons être aux côtés des Etats concernés pour les aider à renforcer leur résilience. L’exemple de la Côte d’Ivoire conforte mon optimisme et m’amène à penser que même les pays du continent actuellement en difficulté extrême ne sont pas définitivement condamnés.

Aux côtés des Etats et des bailleurs de fonds traditionnels, le secteur privé peut-il jouer un rôle dans les efforts pour sortir de la fragilité des pays comme le Burundi, le Soudan du Sud, la Centrafrique, la République démocratique du Congo ?

Le piège serait justement ne pas investir dans ces pays sous prétexte qu’ils sont en situation de fragilité. Nous comprenons les réticences du secteur privé qui peut considérer l’absence d’institutions fortes et d’infrastructures comme des freins. Il faut donc en même temps éviter que ces pays-là soient abandonnés à leur sort. C’est pour cette raison que nous, à la BAD, avons créé un instrument doté de 250 millions de dollars (233 millions d’euros) pour encourager le secteur privé à investir dans les Etats en transition comme la Centrafrique, la République démocratique du Congo, le Soudan du Sud. Il s’agit pour la BAD de se tenir aux côtés des hommes d’affaires pour partager les risques liés à leurs investissements dans ces pays.

Lire aussi :   La Bourse de Nairobi est-elle la pire au monde ?

A en croire une étude du Programme des Nations unies pour le développement (PNUD), seuls deux pays d’Afrique subsaharienne, Maurice et les Seychelles, assurent l’électricité à tous leurs habitants. Dans d’autres pays, le taux d’accès tourne autour de 10 %. Comment l’Afrique peut-elle relever cet immense défi ?

J’ai honte de la situation de l’accès à l’énergie en Afrique. Sans énergie, on ne peut même pas assurer une éducation de qualité aux enfants. Les terroristes profitent de l’obscurité entraînée par l’absence d’électricité pour commettre leurs forfaits – c’est autant un problème de développement qu’une question de sécurité. J’ai donc décidé dès mon entrée en fonction en 2015 de faire de l’accès à l’énergie un chantier majeur de mon mandat. Nous avons lancé le « Nouveau pacte pour l’énergie pour l’Afrique » qui vise à résoudre durablement le problème. Il ne s’agit pas seulement d’éclairer mais aussi de faire en sorte que l’Afrique nourrisse l’Afrique à travers le développement de l’agro-industrie, l’industrialisation, l’intégration régionale.

« Nous voulons arriver à un premier niveau de transformation des matières premières sur place afin qu’elles apportent une valeur ajoutée »

 

L’énergie est un préalable et la BAD l’a compris. C’est pour cette raison qu’elle va mettre sur la table 12 milliards de dollars (11,2 milliards d’euros) pour les dix prochaines années. Nous escomptons, à partir de notre mise, un effet de levier de 50 milliards de dollars en faveur de l’accès à l’énergie en Afrique. Rien que pour 2016, nous avons investi près de 1,7 milliard de dollars sur ce point, ce qui a entraîné 2,8 milliards apportés par le secteur privé. Signe de la priorité que nous accordons à l’urgence énergétique, une vice-présidence de la Banque chapeaute un complexe spécifiquement créé pour l’énergie : c’est un cas unique dans les organisations multilatérales. Il colle à l’immensité du défi.

Nous n’aurons d’autre choix que d’exploiter au maximum les opportunités offertes par les énergies renouvelables : le solaire, l’hydroélectrique, le géothermique et même le charbon puisqu’il existe des techniques pour le rendre moins polluant. Avec l’Union africaine, nous avons mis en place l’« Initiative énergie renouvelable pour l’Afrique ». La cellule technique d’implantation de cette initiative est déjà en place à la BAD. Nous sommes fermement convaincus que résoudre le problème d’accès à l’énergie en Afrique, c’est aussi résoudre les problèmes de stabilité et de développement.

Lire la série de reportages :   Traversée d’une Afrique bientôt électrique

Vous qui prônez un « retour du continent à la terre » – l’agriculture –, quelle est votre position sur l’achat des terres agricoles africaines par des investisseurs étrangers, notamment de la Chine et du Golfe ?

Si les terres africaines suscitent tant de convoitises, c’est parce qu’elles présentent un potentiel immense. L’Afrique concentre près de 65 % des terres arables dans le monde. Paradoxalement, elle importe chaque année pour près de 35 milliards de dollars de produits alimentaires. Il faut sortir de cette situation inacceptable ! En passant d’abord d’une agriculture de subsistance à une agriculture business qui produit de la richesse. Près de 65 % d’Africains, les plus pauvres, vivent dans le milieu rural et dépendent de l’agriculture. Moi qui suis enfant de paysan, j’ai vécu la pauvreté dans ma chair. Et je souhaite aider les agriculteurs africains à en sortir.

Sur les dix prochaines années, la BAD envisage ainsi d’investir 24 milliards de dollars dans l’agriculture, l’enjeu étant de mettre un terme à la situation actuelle qui amène nos Etats à exporter sans transformation nos matières premières agricoles telles que le café, le cacao, le coton. Nous voulons plutôt arriver à un premier niveau de transformation de ces matières premières sur place afin qu’elles apportent une valeur ajoutée à nos économies et créent des emplois.

Plus stratégiquement, nous avons décidé d’accompagner l’émergence d’une génération de jeunes agro-entrepreneurs africains auxquels nous apporterons le financement et l’accompagnement technique. L’Afrique ne peut plus continuer à pratiquer l’agriculture pour créer des emplois et de la richesse pour les autres. L’avenir de notre continent sera fonction de ce qu’il fera de son agriculture. C’est par elle que passe également la solution durable et efficace à la pauvreté et à la misère qui nourrissent le terrorisme et l’instabilité.

Seidik Abba (Addis-Abeba - contributeur Le Monde Afrique)

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01 février 2017

Moussa Faki élu Président de la Commission de l’Union africaine. Qui est-il ? (Portrait)

Moussa Faki Pdt Commission UA.jpgLe 28e sommet de l’Union africaine a commencé ce 30 janvier à Addis-Abeba en Éthiopie. La communauté africaine devra se prononcer sur plusieurs dossiers durant deux jours. Avant, elle a tranché sur la présidence de la Commission de l’Union africaine et c’est le tchadien Moussa Faki qui a été élu. Il était en lice contre quatre autres candidats.

Ministre des Affaires étrangères au Tchad depuis 2008, Moussa Faki Mahamat né le 21 juin 1960 faisait partie des favoris à la succession de la Sud-Africaine Nkosazana Dlamini-Zuma. Le Sénégalais Abdoulaye Bathily et la Kényane Amina Mohamed faisaient eux aussi figure de favoris. Malgré l’absence de consensus sur une candidature unique en Afrique Centrale, 39 des 54 chefs d’États africains ont décidé de porter le tchadien à la tête de la CUA.

Juriste de formation, il est titulaire d’une licence et d’un DESS en droit public obtenus à l’université Marien Ngouabi de Brazzaville. En 1992, commence sa longue carrière politique. Jusqu’à 1997, il sera passé par, la Commission électorale nationale indépendante où il occupait la fonction de Grand Rapporteur général, le ministère du plan et aussi le ministère des Postes et des Télécommunications où il était Directeur général. Il devient Directeur du Cabinet civil du Président Idriss Deby en 1999 jusqu’en 2002 où il devient ministre des Travaux publics et des Transports. De juin 2003 à février 2005 il est Premier ministre, Chef du Gouvernement avant d’être nommé en 2008, ministre des Affaires étrangères.

Sur le plan international, il a œuvré pour l’entrée du Tchad en tant que membre non permanent au Conseil de Sécurité des Nations Unies. Il a joué un grand rôle dans l’accession du Tchad à la Présidence tournante de l’UA en 2016. Il a donc été nommé par la suite Président du conseil exécutif de l’Union africaine et dans le cadre de la lutte contre Boko-Haram, la force mixte multinationale (FMM) dans le bassin du Lac Tchad a été mise en place.

Sous son impulsion, la FMM a obtenu un mandat de l’UA. Il a mené les travaux sur la charte de Lomé et de la décision de Kigali sur le financement de l’UA. Sa connaissance de grands dossiers lui donne l’expertise nécessaire et sa longévité lui a aussi permis d’apprendre aux côtés de Jean Ping et de Nkosazana Dlamini-Zuma.

Moussa Faki Mahamat, un panafricain

Le nouveau président de la commission de l’Union africaine se positionne comme un panafricain, qui compte faire entendre la voix de l’Afrique dans le concert des nations. D’ailleurs, dans une interview accordée à Jeune Afrique, le quinquagénaire tchadien déclarait  « le Tchad est mon village, l’Afrique est mon pays ». Son discours à ce  propos est étoffé par de nombreuses actions à son actif, ou simplement qu’il a eu à soutenir.

Estimant que, l’instabilité et l’absence de paix sont de sérieux freins aux ambitions africaines, il s’est employé dans de nombreuses missions de  paix ou des interventions militaires de soutien à des pays africains faisant face aux agressions par les milices religieuses et terroristes.

On lui connait d’ailleurs une grande implication dans les négociations ayant abouti à l’Accord d’Addis-Abeba pour le retour de la paix au Soudan du Sud en sa qualité de membre du Groupe de cinq de l’IGAD Plus (Afrique du Sud, Algérie, Nigéria, Rwanda et Tchad) , dans les pourparlers inter maliens sous l’égide de l’Algérie ayant abouti à l’Accord d’Alger pour la paix au Mali , en tant que représentant du Tchad , ainsi que la mise en place de la Force mixte multinationale de lutte contre Boko Haram dans le bassin du Lac-Tchad et son opérationnalisation .

Interrogé à  propos des interventions du Tchad dans la sous-région, il a intimé qu’il considérait  l’intervention du Tchad, comme une obligation et a ajouté  « C’est un devoir de solidarité ».

Le développement et la sécurité, comme axe de sa politique.

Dans sa vision de l’Afrique dans l’avenir, l’ancien ministre tchadien met l’accent sur deux aspects primordiaux à savoir le développement et la sécurité, qui vont de pair selon lui. Dans son programme il déclarait à ce sujet « L’expérience personnelle […], ajoutée à celle de mon pays, m’ont convaincu que tous les rêves que nous

pouvons légitimement nourrir pour notre continent et pour ses peuples demeurent des chimères tant que la paix, la stabilité et la sécurité n’auront pas définitivement prévalu ».

De manière plus explicite, les points d’ancrage de la vision de Moussa Faki sont :

  • Faire de la sécurité et stabilité, une exigence, avec comme objectif de faire taire les armes d’ici 2020.
  • Revigorer la jeunesse africaine , en prenant en compte ses besoins en matière de liberté, de modernité, de changement, d’éducation, de santé, d’emploi, et d’épanouissement physique, moral  et intellectuel .
  • Rehausser la femme en Afrique en ancrant le modèle démocratique  et des valeurs  de liberté, d’égalité, d’équité et de justice, qui s’opposerait à toutes formes de marginalisation et d’oppression de la gent féminine Africaine
  • renforcer la Gouvernance par la lutte pour une gouvernance démocratique et économique, tenant compte des réalités et des besoins des populations, et lutter contre la gabegie, l’enrichissement illicite et la corruption
  • placer l’environnement et le problème de migration au cœur des préoccupations par la mise en place des stratégies visant à faire respecter les engagements internationaux pour l’environnement et trouver des politiques régionales pour limiter considérablement les flux migratoires.
  • Un partenariat dynamique et égalitaire entre les pays africains et leurs partenaires internationaux
  • Rénover l’Union africaine, des points de vue administratifs et programmatiques et de ses processus décisionnels.
  • Dans son programme , Moussa Faki Mahamat conclut en disant « C’est à une prise en charge de nous-mêmes que je voudrais, avec le soutien de tous, inspirer et animer avec détermination  le renouveau tant souhaité de l’Union africaine. »

    Silver Agondjo et John Nzenze, http://africapostnews.com

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31 janvier 2017

Ibrahim Assane Mayaki : « Le Nepad pourrait devenir le PNUD africain »

NEPAD.jpgÀ la tête du Nepad depuis 2009, le Nigérien Ibrahim Assane Mayaki évoque avec Jeune Afrique l'évolution de cette institution et le défi du financement de l'organisation panafricaine.

Ibrahim Assane Mayaki, 65 ans, a été nommé en 2009 à la tête du Nouveau partenariat pour le développement de l’Afrique (Nepad). Ancien ministre des Affaires étrangères (1996-1997) et ancien Premier ministre du Niger (1997-2000), il s’est attelé à réformer cette institution qui a fêté ses 15 ans en 2016, et à l’intégrer au sein de l’Union africaine (UA).

Né en 2001 de la fusion du plan Omega, porté par le président sénégalais Abdoulaye Wade, et du Millennium African Plan de trois de ses homologues, le Sud-Africain Thabo Mbeki, le Nigérian Olusegun Obasanjo et l’Algérien Abdelaziz Bouteflika, l’organisation regroupe aujourd’hui 20 pays. Longtemps critiqué pour son inefficacité et son manque de communication, le Nepad pourrait devenir une véritable agence de développement africaine.

Le projet muri de longue date fait partie de la grande réforme de l’UA qui sera présentée lors de la retraite des présidents africains, ce dimanche soir à Addis-Abeba, veille de l’ouverture du 28e sommet de l’institution.

L’une de vos missions était d’intégrer le Nepad à l’Union africaine. Où en êtes-vous ?

L’intégration a été finalisée puisque que j’ai moi-même un statut de commissaire. J’ai un contrat signé par le président de la Commission. Tous nos systèmes sont ceux de l’Union africaine. Notre budget est adopté par la Commission. Du point de vue administratif et technique, cette intégration est faite.

Vous appelez aussi de vos vœux l’élargissement des compétences du Nepad, afin d’en faire une agence africaine de développement…

Tout ceci est intégré au projet de réforme de l’UA, supervisé par le président Kagame et qui sera soumis aux chefs d’État lors de leur retraite, ce soir. Si cette agence de développement se met en place, ce sera comme le Programme des Nations unies pour le développement (Pnud). Cela permettra une cohérence entre la fonction stratégique de la commission de l’UA et l’exécution prise en charge par cette agence de déploiement.

Cette grande réforme dont tout le monde parle, et dont le Nepad fait partie, aura-t-elle l’adhésion des chefs d’Etat ?

Je suis confiant, puisque ce sont ces mêmes chefs d’État qui ont demandé à ce que cette réforme ait lieu. Ensuite, le président Kagame ne l’a pas faite seul. Il a monté un comité qui représentait tout le continent, toutes les spécialités, il a fait des consultations très larges, il a créé les bases d’un consensus.

L’un des points essentiels, qui aura un impact sur le budget de la future agence de développement, est le futur mode de financement de l’organisation. La solution proposée, à savoir taxer les importations de tout le continent à hauteur de 0,2%, est-elle la bonne ?

Le grand avantage de cette formule est qu’elle a été éprouvée au niveau de la Cedeao. La formule a fait l’objet de quelques débats, puisqu’il y a quelques pays qui ont basé leur économie sur des zones duty free, mais les ministres des Finances ont finalement abouti à un accord pour sa mise en œuvre. Cela triplera les ressources de l’Union africaine. Le Nepad pourra être doté d’un budget plus important, pour nos programmes d’infrastructures, d’agricultures, ou liés au changement climatique.

L’UA a-t-elle les capacités d’absorber cette future manne financière ?

La gestion sera bien sûr un défi. Mais faites confiance aux ambassadeurs en poste à Addis-Abeba et au Conseil exécutif pour mettre la pression sur la Commission afin que cet argent ne soit pas gaspillé. La capacité d’absorption de l’UA devra être l’une des priorités du prochain président de la Commission. Il faudra que les dépenses correspondent à des résultats, qu’il soient quantifiables et visibles.

Votre pays, le Niger, a mis en place un Comité d’orientation stratégique pour le programme électronucléaire (Cospen). L’idée serait de produire de l’énergie nucléaire civil d’ici 2030.  Est-ce une bonne chose ?

Cela ne ferait pas sens qu’on n’y réfléchisse pas. Les Sud-Africains l’ont déjà fait. Nous avons la matière première : cela fait presque 50 ans que l’on produit du yellow cake (combustible nucléaire, ndlr) pour l’exportation. Nous avons notre coopération avec Areva, des ingénieurs formés de puis trente ans… On peut donc envisager un processus supervisé par l’AIEA qui nous amènerait vers une production pacifique et civile.

Votre deuxième mandat à la tête du Nepad se termine cette année. Quelle sera la suite ?

Mon mandat ne se terminera pas tout à fait à la date prévue, car les réformes en cours nécessiteront certainement une période de transition. Mais ce sont les chefs d’Etat qui décideront si c’est moi qui la mène.

Vous serez de nouveau candidat ?

Non, deux mandats sont largement suffisants.

Que ferez-vous ensuite ? Pensez-vous refaire de la politique au Niger ?

Non, pas du tout ! Je prendrai ma retraite et je m’occuperai de mes petits enfants !

Michael Pauron  & Vincent Duhem

12:36 Publié dans Economie, Intégration Africaine | Lien permanent | Commentaires (0) | |  Facebook | | | Pin it! |